
Pierre Mollo, l’un des piliers de l’équipe de l’Encre de mer, nous a quittés hier. Et pourtant son visage s’immisce dans mes pensées chaque fois que le plancton se présente à mon esprit, et c’est souvent depuis que je sais, grâce à lui, que la javel ou n’importe quel produit toxique, domestique ou non, se retrouve dans la mer et détruit des colonies, que le printemps est favorable à un bloom planctonique, qu’un relâcher brutal de barrage d’eau douce peut être fatal à cette mini-faune ou mini-flore, que le mélange de la terre, du soleil et des eaux lui est profondément favorable, que ces boues gluantes sur les cordages des bateaux du port recèlent des formes miroitantes.
Comment oublier les images sur l’écran, ou au microscope, de cet univers voilé, rempli de formes mirifiques dignes des meilleurs joailliers, et d’êtres cocasses qui, par myriades, peuplent notre élément liquide ?
Scientifique, conteur et passionné, à combien de personnes as-tu fait découvrir ce monde de diatomées (celles que tu préférais je crois), de coccolites, de copépodes et autres larves de mollusques, crustacés, poissons ou étoiles de mer … ?
Que ton public soit adulte ou juvénile, qu’il soit composé de scientifiques, de gens de métiers comme les pêcheurs, les ostréiculteurs, les paludiers, d’artistes (photographes, peintres, musiciens…) ou simplement de vacanciers, tu fascinais tout le monde. C’était toujours enchanteur d’organiser une conférence plancton avec toi. Tout le monde en ressortait heureux, avec des étoiles de mer plein les yeux !
Au-delà de tes talents, nombreux, de ton insatiable curiosité, de ta passion menée de bout en bout sans jamais abandonner quoi que ce soit – quand ça bloquait quelque part, tu essayais autre chose, sans relâche… Au-delà de tes connaissances vertigineuses, de ton expérience éprouvée dans différentes régions de France et du monde, il y avait la simplicité avec laquelle tu abordais les gens, ton humilité devant les gens de métiers, ton honnêteté et ta franchise, ton humour, ta légèreté, et surtout ta capacité à donner tout ce que tu pouvais pour faire avancer le savoir, l’ouverture, l’amitié, la bonne humeur.
Tu répondais aux demandes des uns et des autres, faisant dans la semaine des copies de films ou de photos, partageant ton carnet d’adresse, ou plutôt des liens que tu tissais avec les uns et les autres, dans un domaine aussi vaste que la mer. Rarement, j’ai croisé quelqu’un d’aussi « collectif ».
Merci Pierre d’avoir été ainsi, j’ai été vraiment heureuse, comme beaucoup j’imagine, d’avoir fait un bout de route avec toi. Merci à ta famille qui t’a épaulé dans ton parcours aventureux. Dans l’infini des étoiles ou du plancton, je me plais à penser que nous restons unis.
Elisabeth tempier