Langouste au four

Je coupe la langouste en deux, entre les 2 yeux. Dans un bol, je mets un bon carré de beurre à  peine fondu (au micro-ondes par exemple) avec du sel, du poivre, une gousse d’ail écrasée, 10 feuilles de basilic ciselées, le jus d’un citron additionné d’un peu de zeste. Je recouvre les deux parts de langoustes de la moitié de cette sauce et je passe au four 7 mn (200°C). Puis, je les ressorts, les enduis à  nouveau avec le restant de la sauce, et finis la cuisson au four 7 mn de plus. C’est facile et excellent !

* Jean-Michel Cei est patron pêcheur et prud’homme de Sanary sur mer

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Pêche des langoustes au thys à  Sanary

Les thys, ou sujetières, sont des trémails à  mailles très claires (des gros carreaux) d’1m50 de haut. En général, on cale 2 jeux de 10 pièces de filet (de 100 m de long chacune) dans des fonds de 90 à  150 m. On travaille sur des fonds durs à  langoustes. Les filets restent 2 à  3 nuits, en principe. Si on sait qu’il y a du poisson, on ne laisse que 2 nuits. Après, cela dépend aussi de la météo. Au-dessus de force 5, cela devient embêtant, la langouste risque de s’abîmer. Quand le bateau se dresse avec la vague, cela tire sur le filet, on risque de casser 2, 3 pattes Si elle est mal emmaillée, on la casse en 2. On essaie d’éviter.

Un filet que l’on perd, on l’égrapigne. Si on ne le récupère pas, c’est qu’on nous l’a volé. Ce sont des cargos qui nous coupent les signaux quelquefois. Avec les cônes radars, c’est déjà  beaucoup mieux. Au Cap Sicié, les cargos passent à  un demi-mille de la côte. Ils suivent la ligne de fonds des 100 m. Ils passeraient un demi-mille en dehors (au large), en suivant la ligne de fonds des 500 m, ils ne gêneraient personne. Un jeu de thys, avec le montage, revient à  1500 euros (120 à  150 euros la pièce), alors on préfère le récupérer

Y a des roches à  langoustes, et des roches à  poissons. Quand il y a une roche et que je sais qu’il y a des langoustes, je vais faire 1 ou 2 calées puis je vais les laisser. Il faut varier pour que les zones se refassent. à‡a dépend, le pêcheur, comment il travaille. S’il prend tout, l’année d’après il n’y a plus rien, la roche est morte.

Pour la langouste rouge, on commence fin avril – ou même en mai si on pêche par ailleurs. Elle commence à  nager au printemps, alors que la rose on peut la pêcher toute l’année. A la belle saison, on travaille régulièrement jusqu’en septembre. La demande suit, nous avons notre clientèle. A l’automne, c’est la période de frai. Si on veut retrouver des langoustes plus tard, il faut les laisser pondre C’est la logique, comme de rejeter les femelles grainées et celles de petite taille. Ce serait bien de re-consigner ces usages dans les règlements prud’homaux pour les jeunes qui arrivent à  la pêche.

Avec les langoustes, on prend quelques gros poissons : baudroie (lotte), raie, chapon, badasque, saint-pierre, moustelle, quelquefois un congre, une araignée Parfois, à  Noêl, on pêche la langouste rose pour le marché, on la trouve à  partir de 300 m de fond, avec le même filet.

Le courant varie tous les jours. S’il est trop fort, on ramasse beaucoup de cochonneries : bouteilles, ferrailles, pierres ce qu’il y a au fond. Cela dépend des temps perturbés, des coups de vent d’est. Cela fait 2 mois que l’on a des séries de courant abominables. On a eu la totale cette année : le vent, le froid, le courant Nos jours de sortie sont de 10 jours en janvier, 3 jours en février et là , événement, on vient de faire 7 jours d’afilée en mars. 119 coups de vent depuis le début de l’année, donc plusieurs par jour !

A Sanary, nous sommes 2 bateaux à  faire ce métier régulièrement. J’ai un bateau de 6 m (45 cv) pour la petite pêche côtière. C’est un patron pêcheur retraité qui le mène. Il sort quand il veut. C’est surtout pour la vente, pour diversifier les apports. Sur le quai, c’est mon frère qui fait la vente.

Les apports peuvent varier entre 10 et 20 kg en moyenne (une trentaine de langoustes). C’est cyclique, l’année dernière, c’était une bonne année. On les vend directement, en moyenne à  60 euros du kg, et à  50 euros au mareyeur. Je peux les garder en vivier, elles tiennent sans problèmes- même 3 à  4 mois si on voulait !  » mais si on les garde 15 jours c’est le bout du monde. Quels que soient les apports, l’hiver, la vente n’est pas forte : un peu le week-end et les jours fériés, et quand il fait soleil ! Les jeunes ne viennent pas trop. Puis les clients regardent les prix sans faire attention à  la provenance, ou à  l’élevage. Il faudrait que l’on fasse plus de publicité.

Avant l’arrêt de la thonaille, on allait très peu à  la langouste – seulement quand il y avait la lune et que l’on ne pouvait pas caler la thonaille – et pour diversifier la vente. Et maintenant on s’est reporté sur la langouste, la dorade rose, le merlu. J’avais 2 marins, maintenant, j’ai 1 marin et 1 apprenti. A moyen terme, on va tout détruire si l’on ne peut pas pêcher le thon Cette année, ils proposent que l’on pêche notre quota à  la canne L’espadon, cela va être plus difficile ; il faut le prendre au palangre, c’est beaucoup plus de travail, il faut l’amorce, le bateau est équipé différemment

Est-ce qu’on a envie de se lancer là -dedans ? C’est un autre métier. Si l’on est seul à  pêcher, ça va mais, dès que les autres bateaux arrivent, les captures baissent Là , en voulant préserver les thons que va-t-il se passer ? Ils vont bouffer tous les anchois et les sardines. Les merlus et les autres espèces derrière vont chuter. Pour le thon, ils disent qu’il n’y en a plus mais ils regardent les zones de grande concentration. Ils ne savent pas qu’il y a des compagnes éparpillées un peu partout. On le voyait à  la thonaille. Si ce sont des classes d’âge qui manquent -car ils sont longs à  venir- pourquoi ne pas préserver les zones de frayère ? Interdiction de pêche des gros géniteurs. Même la pêche de loisirs au broumé cible les gros poissons de 100 kg Les petits sont en abondance phénoménale et on surpêche les gros avec des bateaux industriels Quand la ressource baisse, à  la pêche artisanale, on s’arrête de nous-mêmes parce que le métier n’est plus rentable.

La thonaille, je la fais depuis 1996. Quand on a commencé, il n’y avait pas beaucoup de bateaux et la pêche était beaucoup moins forte que maintenant. Avant cela, je pêchais les thons à  la canne, surtout le germon. Les thons rouges ont fait disparaître les germons  » nous, on le voit comme ça  » on prenait 40, 60, 150 germons à  la canne, et seulement quelques thons rouges. Maintenant, on ne prend plus de germons et il y a des thons de partout.

A bord du « Dragon ‘ (11 m, 287cv)
Entretien avec Jean-Michel Cei, patron pêcheur et premier Prud’homme de Sanary

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Du Pays de la Montagne Blanche au Sel de la Terre : Quand la vie renaît

Ce voyage au Liban dont nous avions repoussé l’issue en 1998, alors que la triste possibilité de perdre un être cher avait frappé à  la porte, nous l’attendions, sachant que nous devrions nous confronter aux traces refroidies de la guerre ou aux effets des horreurs « d’un plomb durci ‘ dans les chairs de femmes, d’enfants de Gaza.

Tyr: port nord. En arrière plan: le chantier de construction

Allez donc concevoir les images d’un film surréaliste « les voix de la mer ‘ quand celles de Gaza hantent votre imaginaire et vos nuits. Allez donc, auteur de Halieutica Phoenicia , retrouver les vestiges intacts de ce qui fut une grande civilisation maritime, dans un pays ravagé par 17 ans de guerres civiles et puis celle non moins terrible du sud Liban. Difficile ? Comment ne pas prendre part aux résistances, participer à  la construction d’espaces de solidarité autour d’un peuple à  l’abandon, sérialisé, muré et dont la terre, l’eau, le droit d’être et de se reconnaître dans un Etat est bafoué ? Cette tragédie ne pouvait pas ne pas être au cœur du Forum Social International de Beyrouth durant trois jours. Beyrouth, la meurtrie, Beyrouth, la reconstruite qui dans la diversité vraie crie à  travers sa jeunesse du « Baromètre ‘ sa soif de vie joyeuse, sa soif de paix, d’un futur du Liban ; Beyrouth, la vieille parisienne, Beyrouth où fut proclamée en 2002 l’Initiative Arabe de Paix avec Israêl.

Candide avait enregistré avec optimisme la renaissance des contacts, des relations diplomatiques avec la Syrie marquées par le respect mutuel. 2009 doit être pour le Liban, qui fut pendant 30 ans le théâtre de conflits de logiques externes, l’an I d’un retour à  la paix, à  la convivialité civile, à  la renaissance de la tolérance solidaire.

Lecteur, soit ! Cela est très politique, mais il faut bien saisir qu’un voyage comme celui-là  engage par trop et qu’avant d’évoquer le sel d’une terre méditerranéenne – celui de la petite pêche au Liban – il convient de comprendre le poids de surdéterminations qui en ont trop longtemps conditionné l’existence.

Il n’était pas simple de voyager là -bas, pour exposer une stratégie de développement alternatif de la pêche côtière méditerranéenne, quand les armes de destruction les plus barbares brà’lent et déchirent la chair de tout un peuple à  quelques 300 km de l’endroit où l’on cherche à  dessiner l’horizon d’un futur, un futur digne et viable pour ceux dont les pratiques et les riches relations à  l’univers marin se sont développées il y a plus de 3000 ans Comment se rendre au sud-Liban, terre d’élection du Hizbullah, terre de « l’Islam intégriste ‘ ? Qui eut pu m’empêcher de contempler les vestiges de Tyr « celle si parfaite de beauté ‘, « toi dont le territoire est au cœur des mers ‘, dont « tes constructeurs ont achevé la beauté ‘ ?

Non seulement je vis Tyr, son port nord aux soubassements phéniciens, mais j’y passais un des plus beaux moments de ma vie d’anthropologue avec Khalil et Quassam, après avoir consacré près de 30 ans d’une vie à  comprendre les cultures maritimes méditerranéennes, leurs pratiques et leur histoire dans la très longue durée.

Dès son ouverture le 16 Janvier, le Forum International réunissait au Palais de l’UNESCO plus de mille participants dont un ancien secrétaire d’Etat de Carter, d’anciens ministres du Liban, de l’Egypte et de l’Iran, des représentants de Palestine et du Hizbullah, de mouvements de résistance de la société civile de l’Asie du sud-est, de l’Europe et de tous ceux qui construisent le socialisme démocratique en Amérique du Sud, mes amis de la « sinistra euro-mediterranea ‘, ceux qui furent mes professeurs au cours de mes études Il était clair dès lors qu’il s’agissait d’un évènement retentissant, et pas seulement pour le Proche et le Moyen Orient. Aljazeera organisa l’atelier des médias. Plus de 20 télévisions arabes étaient présentes. Ce riche événement, remarquablement organisé, j’eus le bonheur d’y participer grâce à  Leila, « la dame de Beyrouth ‘, comme on le dit dans l’antique sagesse des premiers états-cités de la côte syro-palestinienne. Beyrut c’est aussi en phénicien le puits, la source.

Agée,de plus de 90 ans, cette vieille  dame de Canan aura vu

Durant trois jours se mit en place un immense chantier d’élaboration d’une solidarité internationale, d’une économie alternative des communautés, capables de faire face aux effets d’un mode de production capitaliste en crise, impuissant à  répondre au sauvetage de la planète, aux urgences sociales, à  la lutte contre la misère. Ce fut aussi le chantier de la construction d’une méso-région méditerranéenne, basée sur une égale dignité au sein des peuples et des cultures. Avec ses quelques 250.000 petits pêcheurs, beaucoup découvrirent dans l’atelier qui leur fut partiellement consacré, et qui comptait près de 200 participants, l’intérêt que représente ce secteur. Plus qu’une activité économique, il s’agit d’un cheminement stratégique d’une morphologie sociale dans la reconstruction des écosystèmes marins, d’une inventivité et d’une capacité culturelle à  répondre au capitalisme halieutique. Furent présentés les principaux points de la charte élaborée par le Forum de la société civile à  Bangkok en octobre 2008 – lors de la Conférence Globale sur les pêches à  petite échelle organisée par la FAO.

Restait à  l’anthropologue quelques jours pour visiter des communautés de pêcheurs, établir des contacts, procéder à  un premier relevé, s’imprégner comme une éponge d’images, de mots, de manières d’être. Deux voyages au sud eurent lieu dont l’un jusqu’à  la frontière avec Israêl. Je découvris la beauté d’une moyenne montagne aux nombreuses terrasses bien construites, aux villages chiites rebâtis, surpris de voir autant de riches et larges demeures. La guerre s’est retirée. Je suis frappé de ce que l’économie paysanne du sud-Liban m’apparait plus riche que celle de la Calabre de l’Aspromonte que je connais si bien.

Me restent en mémoire, les rires, la joie, les questions de ces enfants d’une école située à  quelques centaines de mètres de la frontière. Jour et nuit, l’armée israélienne observe les mouvements de la vie d’un peuple de paysans dont les champs sont remplis de bombes mortelles à  fragmentation.

Les patrouilles de la FINUL sont présentes et c’est bien ainsi. Je croiserai à  l’aéroport le contingent français rentrant après quatre mois de mission. Aucun évènement difficile ou douloureux n’était à  déplorer. Aucun problème avec les villageois non plus.

Mais la pêche de Tyr, que pense-t-elle de tout ceci ? Sa voix sera réservée. Elle vit, et comme toute communauté de petite pêche traditionnelle, avec son territoire, ses instruments (palangres, trémail, nasses) et la négociation réussie de ses produits. Khalil en défendra magnifiquement l’existence au siège du syndicat dans le vieux port de Soà’r (Tyr) aux soubassements phéniciens. Si le siège est délabré, je me sentirai accueilli comme dans une belle demeure et j’aurai la bonne surprise d’apprendre que la World Bank ne parviendra pas à  mettre la main dessus pour ses projets. La plage de Tyr, zone protégée, est une plage magnifique. C’est là  que l’on vient de Beyrouth pour passer entre amis, entre parents, entre amants un beau moment. C’est là  qu’en territoire Hizbullah on vient déguster le poisson.

Si la biodiversité marine au Liban est moins riche qu’ailleurs (330 espèces pour 660 en mer d’Alboran), l’étalage des poissonniers du vieux suq est bien garni. Ce sont les rougets qui manquent, le merlan, les éponges. Les côtes ont été détruites durant la deuxième guerre du Liban par les pollutions pétrolières. Le pompage de ces nappes et le nettoyage a été assuré sur la base de fonds américains.

David pêche et vend les poissons.  Jeanne d'arc cuisine et tient leur restaurant.

Les problèmes auxquels fait face la communauté de 450 pêcheurs – incluant une centaine d’origine palestinienne et qui grossit l’été de 200 jeunes saisonniers – sont ceux de la pêche hautement destructrice à  la dynamite mais aussi au lamparo, et des restrictions territoriales imposées par la patrouille de la FINUL au large. L’Etat renaissant n’est pas en mesure de faire respecter les règles sur le maillage (l’œil du filet), la chasse sous-marine, l’interdiction de la dynamite, la pêche à  l’électricité ou au poison : le lenet. Les anciens sheikh ou rais à  Byblos ne sont plus là  pour faire respecter ce qui est appelé le code de la mer : zeynad al-bahr. Le centre de pêche de Batrun a procédé au repeuplement d’espèces telles que le mérou noir et le poisson « chalumeau ‘ à  Jbail (Byblos). La préoccupation, au nord comme au sud, porte sur la croissance démesurée d’une espèce venimeuse, dangereuse, celle d’un poisson qui gonfle : monfakh, des « bêtes poissons ‘ nous dira Roger « qui ont des dents terribles et qui se mangent entre elles ‘. Rare il y a plus de 30 ans, l’espèce s’est multipliée dans un écosystème marin en proie à  l’agression de l’ordure pétrolière

L’espace vital de la petite pêche ne paraît pas menacé à  Tyr, Saida ou Tripoli. Il se réduit toutefois à  Byblos où, durant la saison touristique, de plus en plus de pêcheurs appelés « les chauffeurs ‘ pratiquent l’art du promène c. La question du port revient souvent – une vraie nécessité tant l’été il est encombré – mais qui pourrait bien se solder à  terme par l’exclusion de quelques vrais 50 pêcheurs parce que les emplacements deviennent trop chers. En somme, une affaire bien connue en Europe, en PACA (Provence-Alpes-Côte d’Azur), en Sicile, comme à  Malte. Le littoral est avant tout question de business.

La petite pêche libanaise a su soutenir l’art de ses charpentiers de marine palestiniens ou chrétiens qui continue de construire des embarcations de 5 à  8 m avec une forme ancienne (le quart de lune ou ruba), si courante encore dans le centre-est de la Méditerranée. Avec ces quelques 1500 petits pêcheurs, 4.500 t de produits pêchés, un écosystème riche – particulièrement en thonidés, requins, raies – et ses traditions de pêche à  la palangre de 150 gros hameçons (sharaq), elle va recevoir prochainement des preuves de solidarité de pêcheurs grecs, chypriotes, égyptiens, tunisiens, syriens

Byblos: le célèbre temple aux Obélisques. (2000 a.c.)

Ce qui fut le premier germe d’une riche civilisation maritime va se reconstruire, se réinventer dans de nouvelles formes pour réimposer son code de conduite, respectueux à  l’endroit de la prodigalité marine. Ce qui a été semé un beau jour de juillet à  Ognina en 2001 pour se poursuivre à  Messolonghi en 2004, puis à  Sitges en 2007 va prendre corps , croître, se bâtir à  l’image d’Europe , tel le bateau phénicien que l’on reconstruit à  Tyr.

Opposons à  l’Europe du capital halieutique avec ses quotas individuels transférables, édifiée à  coups de mépris de la force d’être de la petite pêche méditerranéenne, une vraie vision et pratique alternative, multiculturelle, fraternelle, respectueuse dans les faits de ce que la chose halieutique méditerranéenne a toujours offert aux hommes depuis si longtemps et que ceux, excellents producteurs de pourpre, comprirent si bien à  Byblos, Sarafand, Sidon, Tyr, Mothié, Carthage…mais aussi dans le détroit de Skylla (Scylla).

Serge Collet, 28.02.2009 , Hambourg
http : //www.sergecollet.de

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Une très vieille aventure

Lequel d’entre nous n’a jamais imaginé, sur la trace des écrits de Jules Verne ou Robert Merle, se retrouver sur une belle île déserte (enfin pas forcément déserte) et tenter de survivre avec ce que la nature propose en s’aidant de quelques moyens rudimentaires et de brèves connaissances scientifiques

Ce rêve a pris la forme d’une curieuse expérience. En voici l’histoire :

Nouvellement arrivé à  Châteauneuf les Martigues, ma passion pour l’étude de la préhistoire m’a conduit au site de la « Font aux pigeons ‘ fouillé en 1979 par mon ami Jean Courtin, archéologue et directeur de recherches au CNRS, et en 1950 par M. Escalon de Fronton, directeur des antiquités préhistoriques.

Captivé par le « Mésolithique castelnovien ‘, me voilà  donc transporté 8000 ans en arrière, au « Grand abri ‘, assis, vêtu de peaux tannées à  l’ocre et tenant à  la main une coquille de moule crantée, auprès d’un bon repas fait d’escargots, de lièvre, et de daurades grillées

Mais comment ont-ils pu pêcher tant de daurades dont les fouilles témoignent ? Voilà  une énigme intéressante pour un homo sapiens de l’ère industrielle

Pour pêcher de la dorade il y a 8000 ans, il faut tout d’abord se rendre au bord de la mer, soit une heure de marche au travers de la chaîne de la Nerthe. A la fin des temps glaciaires, la mer n’est pas remontée assez haut pour franchir la Passe de Caronte, et l’Etang (de Berre) ou les marais de la plaine au Nord ne sont pas encore saumâtres. Il faut utiliser du fil, des hameçons, des cordes, une pirogue monoxyle , peut être des torches pour pêcher de nuit à  la foêne ou au harpon

Pendant une année, je vais, sous le contrôle scientifique de Jean Courtin, reconstituer tous les outils qui ont pu servir à  ces captures de poissons de mer. L’idée maîtresse c’est que les moules crantées ont pu permettre de carder des fibres végétales (lin sauvage, orties, genêt d’Espagne) préalablement rouies et teillées ; tout cela pour faire des fils et des cordes. De tâtonnements en échecs, de succès en désillusions, le travail avance lentement avec quelques émanations malodorantes (le rouissage des fibres dégage des odeurs de pourriture) ; l’objectif étant de ne recourir qu’à  des matériaux et des techniques pré-historiquement avérées.

Afin de retrouver une ichtyofaune la plus proche possible de ce qu’elle pouvait être au Mésolithique, et sur les conseils des services archéologiques de la Ville des Martigues, je sollicite auprès du « Parc Marin de la côte bleue ‘ l’autorisation de tester mon matériel en zone protégée.

Reste à  prévoir le savoir-faire La technique et le matériel patiemment élaborés sont présentés aux pêcheurs professionnels de Carro qui délèguent l’un d’entre eux, Claude Fasciola, pour me venir en aide dans cette expérimentation.

Le lundi 13 octobre, Claude, le patron-pêcheur m’embarque avec Taïs, mon bouvier bernois, sur le « SANCHRIST ‘. A la sortie de l’Anse du Verdon nous mouillons vers 18h un palangre de 100 m de long fabriqué avec une corde à  trois torons en lin (diamètre : 2,8 mm). Tous les deux mètres sont fixées des brassoles (cordelettes) en lin ou en boyaux de caprins (de 6/10ème ou 8/10ème) sur lesquels sont montés des hameçons bi-pointes en os de lièvre, boutoir de sanglier ou bois de cerf. Calé à  une douzaine de mètres de profondeur, l’engin est lesté de pierres calcaires. Pour ce premier test, nous sommes hors de la réserve.

Dès l’aube, nous nous retrouvons toute une équipe, prête à  embarquer, pour suivre l’opération en cours : F. Bachet, directeur et plongeur du Parc marin de la Côte Bleue, mes amis de « silex fac-similé ‘, G. Chabriére et C. Trubert, M. Lancestre, journaliste de La Provence, notre capitaine Claude, Taïs et moi.

Au petit matin les couleurs du soleil percent la brume, éclairent en rose la côte qui défile sur notre gauche. Arrivés en vue des bouées, notre plongeur s’équipe, s’immerge avec une caméra. La tension monte d’un cran, plus personne ne parle, tous les yeux sont fixés sur les bulles qui arrivent en surface Du fond, sombre, nous parvient la lueur d’un flash ! Et dans les secondes qui suivent la mer bouillonne, Frédéric Bachet émerge avec, de sa main tendue, le signe de la victoire, il enlève son embout et nous dit : « Il y en a deux au fond ! Des grosses ! J’y retourne, attendez pour remonter le palangre ‘. A bord c’est l’explosion ! Les cris s’entendent au travers des âges jusqu’aux oreilles de nos ancêtres du « Grand abri ‘, occupés à  manger loups et daurades. Jean Courtin a trouvé les restes de leurs repas au milieu des moules crantées et des lames de silex, et nous venons de prouver comment ils avaient pu procéder pour se ravitailler. Mon premier coup de fil est pour lui, le second pour mon épouse qui a supporté pendant un an les odeurs nauséabondes et un mari absorbé dans ses travaux.

Nous sortons de l’eau deux belles daurades royales qui ont mordu à  l’appât constitué de morceaux de seiche et de pieds de coque. Le retour au port est triomphal et, comme il se doit, arrosé au champagne. Le travail n’est pas terminé, il reste à  publier le mode opératoire et les résultats de l’expérience.

L’aventure humaine commence parfois au fond de son lit, à  12ans, un livre à  la main ; c’est la mienne et je la souhaite à  tous, car elle est « trop ! ‘ comme disent mes petits enfants.

Toomaï

Pour en savoir plus sur les techniques de préparation des fils et cordes

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Bilan préoccupant pour les espèces protégées en France

La France dispose, pour la première fois, d’une photographie de l’état du vivant sur son territoire… tout au moins la part la plus remarquable et la plus rare de son riche patrimoine naturel. … »Il y a plus d’espèces végétales dans le département des Alpes-Maritimes que dans tout le Royaume-Uni »…

Environ 200 espèces animales et 100 espèces végétales protégées ont été étudiées, ainsi que 132 habitats naturels (lagunes côtières, prés salés, dunes, etc.) qui sont le support de la vie des espèces. ..

« Ce n’est pas un inventaire exhaustif, mais une évaluation des espèces protégées dans le cadre de la directive habitats, qui sont par définition rares ou menacées… »

Pour chaque espèce, quatre critères sont pris en compte : l’évolution de l’aire de répartition ; l’état des effectifs ; l’état des habitats de l’espèce ; ses perspectives futures….

Globalement, les espèces liées à  l’eau sont les plus mal en point. Les habitats côtiers et marins, les dunes, les tourbières et les habitats d’eau douce sont également dégradés.

Ce sont les activités agricoles et forestières qui contribuent le plus à  la perte de biodiversité… L’urbanisation et la fragmentation des habitats par les grandes infrastructures, …, constituent la deuxième grande menace.

L’enjeu est de préserver un patrimoine pour sa valeur propre – comme l’est le patrimoine historique -, mais aussi pour les services rendus à  l’humanité par les écosystèmes qui le composent…

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Les limites territoriales des Prud’homies en mer

Le décret de 1993 fixe les limites des Prud’homies à  terre mais qu’en est-il des limites entre les Prud’homies en mer, particulièrement quand la côte est découpée ? Les pêcheurs ne savent pas, parfois, dans quelles eaux ils
travaillent. Y a t-il une règle ou est-ce un accord entre les
prud’homies qu’il faut faire avaliser ?

Ci-après, les réponses de Sébastien Mabile, consultant en droit :

Sur les délimitations de frontières maritimes, il n’y a pas de règle
générale même si 80% des accords internationaux retiennent la règle de
l’équidistance
: on prend deux points de chaque côté et à  la même
distance de la frontière terrestre, et l’on établit une ligne vers le
large qui sera toujours à  distance égale des points retenus de part et
d’autre de la frontière. C’est une opération complexe qui donne souvent
lieu à  un arbitrage international pour les frontières maritimes des
Etats. De nombreuses frontières ne sont d’ailleurs pas encore définies.
Il existe une autre règle, celle de l’équité, qui consiste à  prendre en
compte des critères plus subjectifs, tels que les stocks de pêche, la
richesse des sous sols etc pour tracer une frontière qui sera équitable
pour les deux parties. Entre prud’homies, un accord qui ferait référence
à  une carte marine annexée à  l’accord sur laquelle est tracée la
frontière admise par les prud’hommes devrait suffire (en retenant par
exemple la méthode de l’équidistance).

Décret 93-56 du 15 janvier 1993 fixant les limites territoriales des Prud’homies en Méditerranée

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A toujours choisir les gros, les populations de poissons dégénèrent

Une nouvelle étude concernant la dynamique des populations et l’impact des captures sur la ressource confirme notre article du mercredi 21 janvier 2009 : «Gestion des pêcheries : Que les fonctionnaires se désintoxiquent de la «juvénilomanie ‘. David Conover, un biologiste marin de l’Université de Stony Brook dans l’état de New York, et ses collègues montrent qu’en ne pêchant que les gros poissons, la population dégénère, du fait que les individus au capacité génétique inférieure sont protégés par la réglementation !

Pour lire l’article en entier

Sur le même sujet, voir document de Jean-Michel Le Ry
Juvéniles ou géniteurs

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Enfin une vidéo sur la thonaille !

Le film a été tourné par Télé Monté Carlo sur « l’Orchidée », avec Jean-Claude Bourgault et Aline Espana, patrons-pêcheurs à  Port de Bouc. C’était en 2001, au moment de l’expérimentation des « répulsifs » pour éloigner les dauphins.

Voir la vidéo

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On s’est tellement régalé avec cette bonite, d’y penser me réjouit encore…

Pour une jolie bonite de 2 kg, fraîchement pêchée, il faut un gros oignon, un gros citron, quelques brins de fenouil et de l’huile d’olive nécessairement. Un morceau de céleri-rave pour l’accompagnement.

Sur un lit d’oignons émincés, je pose la bonite – vidée, rincée et essuyée – et lui insère quelques brins de fenouil dans les entrailles. J’arrose largement d’huile d’olive, je sale et poivre, et je parsème de rondelles de citron. La cuisson se fait à  four modérée (4 à  5). Pour éviter que les oignons ne se désèchent trop, j’arrose d’huile d’olive en cours de cuisson.

Quand le poisson est cuit, je verse le fond de cuisson avec oignons et citrons dans un bol, et j’allonge cette mixture d’une rasade d’huile d’olive fraîche. Je sers le poisson avec un peu de cèleri-rave râpé, le tout arrosé largement de sauce.

A la dégustation, les filets s’effeuillent et leur saveur charnue se marie bien avec le citron et l’oignon confits, et le petit goà’t de fraîcheur du céleri-rave cru.

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Actualités du 2-6 mars 2009

France : Pêche durable, charte entre le Comité des pêches et le centre Nausicaa

Le centre de la Mer Nausicaa de Boulogne-sur-mer et le comité national des pêches (CNPMEM) ont signé jeudi une charte de coopération pour bannir une pêche illégale, promouvoir une pêche responsable et encourager une consommation durable des produits de la mer. Les deux organismes vont unir leurs efforts notamment pour attirer l’attention des pêcheurs mais aussi du grand public sur les enjeux de la pêche et de la consommation durables des ressources marines. Pour les pêcheurs, il s’agira, par exemple, de les faire participer via leurs comités locaux et avec l’aide des scientifiques, à  la gestion des ressources. Pour les consommateurs, la charte prévoit une « information massive sur le choix des espèces, leur provenance et leur saisonnalité ».

Source : AFP, 26 février 2009

France : Réforme des comités des pêches, quel lien entre l’Etat et la gestion locale de la pêche et des territoires ?

Nous étudions le projet de réforme des organisations professionnelles de la pêche et constatons que celui-ci ne prend pas en compte la situation méditerranéenne, soit 85% de petits métiers répartis sur plus de 2 000 km de côtes (Corse incluse) et représentés par 120 prud’hommes pêcheurs nouvellement élus et ce, par un système d’élection directe tout à  fait démocratique. La présence en tous les points du littoral de marins habitués à  la gestion des pêches et des territoires est un point fort de notre gestion littorale. La création d’aires marines protégées, dont certaines datent de plus de 20 ans, ne s’est faite qu’avec la participation des prud’homies de pêche. Enfin, du fait de notre expérience millénaire de la pêche nous avons su garder bon nombre de petits-métiers relativement sélectifs et dont l’intensité de capture est limitée. Ainsi, nous vous demandons d’intégrer les Prud’hommes dans la réforme de l’organisation professionnelle de la pêche afin d’assurer une cohérence entre notre gestion au niveau local, et les décisions prises aux niveaux national et européen.

Source : Extraits de la lettre du Collectif de Prud’homies de Méditerranée au Ministre de la pêche,
27 février 2009

Espagne – Algérie : L’armateur de pêche Aresa s’installe à  Alger

Le groupe espagnol nautique Aresa, dont les bateaux de pêche sillonnent depuis vingt ans les côtes algériennes, s’installe à  Alger à  travers un bureau de la société de droit algérien «Sermar’ (Service maritime). L’activité du bureau d’Alger se résume en trois étapes. Le service après-vente, c’est-à -dire la maintenance, l’entretien… L’activité qui couvrirait tous les pays d’Afrique du Nord, le carénage, ou la mise en cale sèche pour entretien ou la réparation, et enfin le chantier naval proprement dit pour la construction d’embarcations neuves. Le groupe a affirmé son intention d’investir aussi le secteur de l’aquaculture avec la construction de bassins et de fermes aquacoles, créneau porteur en Algérie où des efforts particuliers sont développés dans ce sens pour atteindre, entre autres, le ratio onusien de consommation de poissons en Algérie.

Source : Abdelkrim Amarni,
L’Expression, 5 mars 2009

Barheïn : Les pêcheurs demandent une rediscussion du projet Vision 2030

Les pêcheurs souhaitent que les ports et les pêcheries soient tenus en dehors des plans d’aménagement côtier prévus par le projet « Economic vision 2030 ». Ils affirment que les aménagements de grande ampleur prévus risquent de détruire leurs moyens de subsistence et une source de nourriture durable pour le pays. 1 700 pêcheurs ont lancé une grève nationale illimitée. Ils signalent que les aménagements côtiers les ont privés de près de 80 % de leurs revenus ces 5 dernières années. Ils réclament des compensations.

Source : Basma Mohammed, GDN
Traduit de Samudra Alert News, 3 mars 2009

Philippines : Une nouvelle réserve dans le nord d’Iloilo

Une nouvelle réserve marine vient d’être définie aux Philippines au nord d’Iloilo. Une zone tampon, où la pêche traditionnelle sera autorisée, sera délimitée autour de la réserve.

Source : Florence F. Hibionada, The News Today
Traduit de Samudra Alert News, 4 mars 2009

Echos du COFI, 28ème session à  Rome 4-6 mars 2009

Le COFI (Comité des pêches de la FAO) se réunit à  Rome du 4 au 6 mars 2009. En parallèle à  cette manifestation quelques ateliers sont organisés, dont celui sur les droits humains dans la pêche artisanale, organisé par ICSF le 4 mars, suite aux ateliers de Bangkok.

Source : Fanny Brun, Collectif Pêche & Développement

La FAO provoque un tollé avec un appel à  plus d’aquaculture

Les Ong environnementalistes ont réagit violemment à  l’annonce d’une recommandation de la FAO incitant à  augmenter fortement les élevages de produits de la mer pour compenser la baisse des produits sauvages et satisfaire les besoins de consommation.

Source : Frank Pope, Times Online
Traduit de Samudra Alert News, 3 mars 2009

La pêche en mer, le métier le plus dangereux du monde

24 000 personnes meurent chaque année en mer sur un total de 15 millions de travailleurs engagés à  plein temps dans la pêche en mer. La FAO met en cause principalement la chasse aux économies et le mauvais état de nombre d’embarcations. Les pêcheries les plus dangereuses sont situées dans le nord-est du Pacifique, l’Atlantique nord et la mer du nord.

Source : morningstaronline.co.uk
Traduit de Samudra Alert News, 4 mars 2009

Fanny Brun

Publié dans Actualités, Collectif Pêche et Développement | Commentaires fermés sur Actualités du 2-6 mars 2009