Langoustines

Dans un grand faitout  » genre marmite à  pot au feu  » je mets un fond d’eau chaude du robinet (4 à  5 cm) et 2 poignées de gros sel. Je verse 3 à  4 kg de langoustines bien fraîches  » les vraies, celles pêchées du jour par les côtiers – et je rajoute un peu de gros sel. Je fais chauffer et au bout de 3 minutes, l’eau remonte bien car les langoustines rendent de l’eau. Je passe et je sers avec de la mayonnaise. Pour moi l’essentiel, c’est de ne jamais les recouvrir d’eau pour la cuisson. C’est l’eau qui remonte et qui les cuit pratiquement à  la vapeur. Quand elles sont bien fraîches, je mets rien de plus sinon ça donne un goà’t qui n’est plus celui de la langoustine.

Quand elles sont glacées, qu’elles viennent des hauturiers de la Mer Celtique, elles ont tendance à  devenir molles. Je rajoute une giclée de vinaigre dans l’eau, ça les affermit et ça change pas le goà’t. Et je laisse même pas 2 mn à  la cuisson. Celles-là , on peut les cuisiner en sauce.

Les galathées, y en a de moins en moins. Elles se conservent moins bien, elles noircissent plus facilement. Pour la cuisson, c’est le même principe mais, là , l’eau ne remonte pas à  la surface. Il ne faut pas laisser plus de 3 minutes non plus. Le goà’t est un peu plus sucré, je les préfère aux langoustines même s’il y a peu à  manger.

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Gestion collective : la langoustine du Golfe de Gascogne – les Prud’homies méditerranéennes de pêcheurs

Conscience d’un territoire : l’Eldorado a des limites

« Quand le jardin est petit, il vaut mieux s’organiser ‘
« Mieux vaut faire un petit baquet tous les jours qu’un gros et plus rien après ‘

Avec la modernisation des flottilles, l’Atlantique découvre ce que la Méditerranée sait depuis plus de 1000 ans, de par l’étroitesse de son plateau continental et le faible niveau d’abondance des ressources marines qui en découle.

Avant on disait : « Quand y aura plus à  pêcher ici, on ira là  ‘. Aujourd’hui, y a plus un centimètre carré de non exploité, c’est un champs qu’on doit gérer et cultiver. Depuis 10 ans, on a conscience qu’on a fait le tour… La ressource naturelle, on doit la gérer collectivement et intelligemment surtout.

Retour sur la communauté de pêcheurs, son identité artisanale :

Sur la langoustine du Golfe, on n’a pas trop de concurrence, on peut s’entendre entre nous. Sur les autres espèces, il faut gérer avec les flottilles espagnoles, écossaises, hollandaises… Mais il faut réserver les 200 milles nautiques aux artisans. Il y a, à  20 milles de nos côtes, des 80-100m de long qui pêchent en un jour ce que les artisans ne pêchent même pas en une année

Tous les pêcheurs d’une zone adhèrent obligatoirement à  la prud’homie qui gère le territoire. Il nous faut une certaine égalité des chances dans ce petit jardin.

Des règles collectives pour accorder les hommes et la nature :

* Accès aux ressources : gestion par métier (licences) ou de territoire (droits d’usage)

Avec les licences, toutes les techniques sont bien encadrées, avec des mesures précises. Plus de 3000 licences organisent la pêche en Bretagne et 250 permis de pêche spéciaux (PPS) structurent la pêche de la langoustine sur les vasières du Golfe entre Penmarch et Oléron (bateau ≤ 20m, langoustine ≥ 9 cm, interdiction des 3 funes en Bretagne).

La licence, peut-être en Atlantique ça marche mais l’Atlantique est vaste et a des marées, les pêcheurs peuvent se spécialiser dans des métiers et des ressources spécifiques. Montagnes sous-marines ou lagunes, et biodiversité : en Méditerranée, les petits métiers côtiers polyvalents doivent pouvoir exercer plusieurs techniques dans la même journée, changer d’un jour à  l’autre, s’adapter en fonction des saisons, de la météo. Les opportunités ne sont pas si grandes. Chaque métier est réglementé techniquement et par des droits d’usage limités dans le temps et dans l’espace. S’il y a concurrence sur un espace ou une ressource, la prud’homie attribue des postes de pêche par tirage au sort. Quand c’est possible, un tour de rôle répartit les chances… Certains métiers (pêche à  pied des palourdes, petite drague) ou certaines zones abritées, on se les garde pour les jours d’intempéries. C’est la poire pour la soif.

* Préserver le renouvellement : répartir la pression dans le temps et
dans l’espace, protéger les juvéniles et certaines frayères

Les Organisations de Producteurs gèrent maintenant les rythmes de capture afin de ne pas dépasser des quotas globaux annuels. « Trier au fond plutôt que sur le pont ‘ : un panneau de maille carrée fixé sur le chalut laisse échapper 40% à  50% de petits merluchons qui fréquentent les vasières : une innovation élaborée, testée et imposée par la profession en réponse à  une proposition européenne (suicidaire pour la pêche à  la langoustine) d’élargir à  100 mm la maille des culs de chaluts. L’échappement des petites langoustines, à  l’aide d’une grille, est en cours de perfectionnement.

La multiplicité des engins et des techniques sélectives et leur permutation « laissent reposer les fonds et les espèces alternativement ‘. Les tailles minimales des mailles et des hameçons comme la protection des moutons (arrêt de la pêche sur certaines frayères) complètent le dispositif.

* Veille sur les innovations technologiques et les conditions de rentabilité

Notre objectif est d’installer des jeunes sur des bateaux dits génériques L’idée est qu’on les fasse en série, qu’ils ne coà’tent pas trop cher (puissance limitée, peu de consommation de gas-oil) pour que le nouveau propriétaire ne soit pas incité à  développer un effort trop important sur la ressource pour rentabiliser des prêts et couvrir ses coà’ts.

Par la règlementation, on fixe les bases de la compétition entre les pêcheurs. Les prud’hommes surveillent les changements techniques et prennent des mesures de précaution : « Ce métier-là , on se l’est interdit ‘. Sinon, c’est un peu comme si pour travailler un même jardin, certains avaient un tracteur et d’autres une pelle.

Projet atlantique de labellisation, démarche-qualité varoise, ces produits se doivent d’être valorisés en tant qu’issus de terroirs spécifiques et de pratiques de capture respectueuses des hommes et de l’environnement.

L’accès au métier de pêcheur

* La transmission d’une culture, d’un art de vivre plutôt qu’un barrage à  l’entrée, scolaire ou financier

Aux jeunes, il faut leur transmettre le sens et le goà’t du métier, la culture qui va avec ; ça s’apprend surtout en mer Avec la formation actuelle, ils vont faire que des capitaines au long cours ! C’est un gros problème pour l’avenir La formation doit être adaptée à  nos petits métiers.

Certains aujourd’hui seraient prêts à  acheter des jours de mer. L’argent prend alors le dessus, c’est à  celui qui peut investir, on rentre dans une spirale On n’est pas là  pour faire de l’argent sur la ressource, il faut pas qu’on devienne esclave de notre métier.

* Des partenaires à  la gestion

Les détenteurs de bateaux génériques signent une charte de bonne gestion dans laquelle ils s’engagent à  respecter les règlements mis en place par la Commission langoustine et à  participer à  la mise au point des nouveaux dispositifs.

Nous cherchons constamment à  préserver la qualité de nos territoires littoraux et effectuons, de fait, un travail de veille écologique.

Un statut de « laboratoire ‘ pour construire l’avenir

C’est une pêcherie expérimentale, un banc d’essai avant la Mer Celtique ! C’est sà’r que l’on n’aurait pas fait tout ça, on aurait déjà  des quotas individuels transférables, une façon de transférer peu à  peu la capture d’une ressource commune aux grands armements industriels

Rares sont les expériences de gestion collective encore à  l’œuvre. La nôtre a fait ses preuves mais notre avenir passe par la reconnaissance de notre mode de gestion territorial au lieu d’une gestion par métier. Concrètement il s’agit de valider nos principes prud’homaux et leurs applications locales, en lieu et place de mesures européennes généralistes qui condamnent nos métiers (thonaille, gangui, battude trémaillée..), et d’un permis national pour la puissance des moteurs (PME) destiné à  réduire les pêcheries pléthoriques alors que le renouvellement de notre profession est menacé. En bref, que l’on nous accorde un statut de « laboratoire ‘, ce que nous sommes.

Un engagement professionnel à  soutenir

Le secteur des ressources humaines dédiées à  la bonne gestion du golfe est insuffisant. Les bonnes volontés sont réparties le long des 400, 500 km de côtes, c’est jamais facile à  manager Il y a des intérêts contradictoires, ça hurle de partout, on arrive à  trouver des solutions après des heures de réunion mais nous ne sommes pas assez nombreux.

Fortes de leur culture héritée, les prud’homies sortent de 40 années de résistance face à  une politique productiviste : l’institution a été désavouée par sa tutelle étatique et doublée d’un système de représentation peu adapté aux petits métiers de Méditerranée (secteur sans tradition syndicale, identité fondée sur les communautés artisanales de pêcheurs). Seule l’articulation de ces deux systèmes, demandée par les prud’homies, permettra une représentation effective de la gestion prud’homale aux niveaux étatique et européen

Soutenir l’embellie était plus facile que de gérer la pénurie.
Le travail des organisations professionnelles est stressant aujourd’hui.
Renverser la colère en créativité est épuisant parfois.

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Chalutier-langoustinier et langoustines

Cinq heures trente du matin, dans le village endormi palpitent les eaux du port. Le long des quais s’éclairent les petits chalutiers. Arrivés les premiers, après quelques enjambées de lisses des navires accouplés, les deux matelots montent à  bord, allument le moteur. Un bref salut au patron qui s’installe, largage des amarres et nos deux hommes s’engouffrent au fond de leurs couchettes. Chambrée lambrissée au creux de cette coque d’acier – réminiscence des traditionnels lits bretons derrière leurs portes fermées – certains ont installé un petit rideau devant leur couche ajustée. Lecture allongée, fin de nuit recouvrée, ils s’en remettent à  l’homme là -haut qui perce la nuit sous les feux du chenal, trace sa route à  force d’écran radar et GPS.

L’aube pointe sous la grisaille, les fonds attendus approchent – coup de klaxon – à  peine enclenchée la mise à  l’eau des panneaux, l’équipage est paré, botté, ganté, cuirassé, ceinturé d’un couteau, d’une aumônière de navettes à  ramender les chaluts. L’attaque commence, dans un cliquetis de chaînes et le tournoiement des deux enrouleurs – énormes – au-dessus de leurs têtes, nos marins, de leurs gestes précis, rapides, valsent malgré le tangage : arrimer le filet, assurer le bon déroulement des manoeuvres lancé par le jeu des manettes, là -haut sur la passerelle.

Entrecoupé de brefs cris pour lancer et stopper les machines, l’on croirait à  un ballet de trapézistes englués sur leurs ponts mouvants et glissants. L’eau glacée gicle à  leurs pieds tandis que les forces mécaniques décuplées les frôlent à  tout moment. Une forte vague et les voilà  trempés ! Qu’importe, les funes sont à  l’eau. Sus au casse-croà’te dans le carré – minime – la chaleur des cigarettes, l’odeur du café et les exploits olympiques des sportifs, les vrais, ceux de la télé !

Deux heures de pause avant la mise à  bord : le « virage de la pochée ‘. Drôle d’amas d’anneaux, lièges, cordages et fanfreluches, savant ajustement de filets et de mailles, mêlé de grilles plastiques et autres dispositifs : l’échappatoire des petites langoustines, le sas de sortie des merlus immatures. En bon ordre, tout cela devra reprendre sa place, sagement, autour de ces grandes roues avant de découvrir, d’un coup de ganse dénouée – enfin à  « l’ouverture des lignières qui scellent le cul du chalut ‘ – la pêche du trait et la promesse du gain. Jet puissant qui se déverse tout soudain, glisse, s’étale, frétille, s’échappe…
Le temps de saisir les caisses percées et nos hommes à  genoux plongent des deux bras dans cette étrange faune luisante. A une vitesse vertigineuse, les mains fouissent, saisissent et trient deux tailles de langoustines, lottes, merlus, lieux jaunes, soles et cardines, tous de belle prestance. Rapidement les congres – féroces – sont écartés.

Leurs rangées de dents, telles des limes tournoient jusqu’a scier leurs proies. Sous la pression du jet, crabes et tourteaux retrouvent, par le dalot ouvert, le goà’t du large suivis des mal-aimés de nos palais ignares : les savoureux chinchards, les valeureux maquereaux et les modestes congres dont les tranches grillées raviraient même les plus gourmets. Pas le temps de s’apitoyer sur nos bouderies citadines – se souvient-on que jusqu’à  mi-vingtième la lotte était bien méprisée et la langoustine peu choyée ? – D’une lame aiguisée remontant du ventre aux branchies, des mains expertes retirent les viscères, rincent et engrangent le butin sous le pont.

Tour de manège toutes les deux, trois heures jusqu’à  la débarq’ en criée, en fin d’après-midi. Relais des bras tendus sur le quai : passation de l’or rose, la « demoiselle bigoudène et sa cour d’argent ‘. La journée est finie, demain elle démarre à  quat’…

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Droits de pêche : Attention ! Une petite décision peut cacher un grand bouleversement

Payer pour pêcher : un transfert du droit de pêche vers l’industrie

Introduire la monétarisation de droits de pêche individuels ne constitue aucune garantie de « bonne gestion de la ressource et de l’environnement ‘ par une flottille industrielle (dé-territorialisée), juste une modification dans les calculs de rentabilité du fait de ce surcoà’t . Par contre, l’armement industriel a une plus grande capacité financière pour intégrer ce surcoà’t et capitaliser des droits de pêche. Dans un contexte de raréfaction des ressources et des zones de pêche disponibles, cette mesure a donc pour effet de concentrer les droits de pêche dans les mains des armateurs industriels au détriment des pêcheurs artisans.

Une gestion collective, au cas par cas, plutôt qu’une allocation nationale

En pratique, les exploitants des grands métiers, moins « adaptables ‘ que ceux des petits métiers, cherchent à  gérer leur activité avec une certaine « visibilité ‘, d’où l’idée de répartir, annuellement ou saisonnièrement, des quotas de façon individuelle. Cette mesure de répartition, prise collectivement et ajustée périodiquement au sein d’une Organisation de Producteurs, a un autre sens que l’institution nationale de quotas individuels qui, comme les Permis de Mise en Exploitation (PME) individuels, accordés pour la puissance des moteurs et le tonnage des bateaux, glisseront, dans un contexte de rareté, vers un marchandage de ces droits et une concentration du secteur.

Une position collective à  soutenir

Cette prise de position collective n’est pas facile dans une situation où les lobbies industriels sont forts et où les nombreux professionnels qui arrivent en fin de carrière voient d’un bon œil le fait de profiter gracieusement d’un droit qu’ils monnaieront avec la cession de leur navire. Cette redistribution, par les pouvoirs publics, d’un bien commun au profit de l’industrie, et avec des conséquences dommageables pour la ressource et l’environnement maritimes doit faire l’objet d’un large débat public dans la mesure où elle nous concerne tous, en tant que citoyen et contribuable.

Débat à  la prud’homie autour du paiement d’un droit de pêche à  une société de pêche en rivière pour permettre aux professionnels d’y travailler : instinctivement les pêcheurs perçoivent que cette décision transformerait radicalement leurs droits d’usage :

– « Ce serait bien la première fois qu’on paierait pour pêcher !
– Nous qui y travaillons régulièrement, nous pouvons reverser une part de nos revenus
– Ceux qui vont payer vont se croire propriétaires, les autres ne pourront plus y aller.
– Faut bien voir qu’à  cet endroit on peut pas être plus de 2 ou 3, ou alors on videra la zone.
– Oui mais ce n’est pas nominatif. On doit pouvoir y aller si on en a besoin et c’est à  la prud’homie à  organiser les postes.
– La prud’homie pourrait participer au ré-alevinage au nom de la communauté plutôt que de s’engager dans des droits de pêche individuels, et cela rentrerait dans le cadre de notre gestion environnementale ‘

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Partage de compétences et de dynamiques : « De la tontine à  la banque »

« Les banquiers considéraient que le milieu de la pêche était trop pauvre avec trop de risques. Les expériences précédentes ont fini par des clashs. Si le ratio de contentieux est trop important, le banquier se retire et c’est foutu pour 10 ans. Notre rôle a été de créer une relation de confiance entre le client et le banquier. Aujourd’hui, la preuve est faite que ces femmes peuvent emprunter, rembourser et même thésauriser.

C’est une politique des petits pas nécessaires. Si on brutalise quelqu’un, la porte se ferme de suite. Y a toute une culture à  propos de l’argent prêté pour faire marcher les petites entreprises. Si la femme achète les chaussures des enfants avec l’argent du prêt, ça ne va pas. L’entreprise qui confond le porte-monnaie et le tiroir caisse se casse la gueule.

Pourquoi 20 femmes ? Parce que j’avais des sous pour garantir 20, c’est tout. C’est une anomalie flagrante que ce soit nous qui garantissions. On n’a pas à  faire le boulot du banquier, prendre les risques sans les bénéfices. On peut aider, ouvrir les portes par nos relations dans la pêche

Le contrat était parfaitement cadré. Il faut voir que le banquier ne dérape pas et il faut expliquer aux femmes qu’elles doivent respecter strictement le contrat. L’objectif pour nous est de nous retirer quand on a réussi à  créer un lien entre le banquier et les femmes sénégalaises. C’est une affaire à  sénégaliser ‘

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Casiers et homards en Acadie

25 août, 5 heures du matin, 5° C : l’été ne fut pas bien long au Nouveau Brunswick, Province maritime du Canada.

Sur le Marie J., bateau de 43 pieds (13m11), 350 force (350 cv ou 261 KW) et 20 ans d’âge, Alcide, le père, et Stéphane son fils pêchent le homard depuis plusieurs générations. Ciel noir scintillant, mer hachée, parsemée de points lumineux. Le Détroit de Northumberland fait environ 12 milles de large à  hauteur de Saint Edouard de Kent. Le bateau file sur la zone de pêche, à  mi-chemin entre l’àŽle du Prince Edouard et la côte :

On est raide au milieu.

A bord, l’on se réfugie à  l’abri du vent, dans le coin cabine. Le temps de s’équiper sérieusement – pulls, cirés, gants, capuche – et l’on tente d’échanger malgré les accents, les prononciations, les expressions, les termes de pêche : petits dessins, on change les phrases, l’écriture découvre les mots et leurs origines.

La capture du homard est très réglementée. Elle dure 10 semaines et 6 jours étagés tout au long de la côte : ici, c’est du 9 aoà’t au 10 octobre. De mi-mai à  début juillet, c’est la saison du gaspareau (Alosa pseudoharengus) pris au filet fixe dans la rivière Miramichi, grosse comme un fleuve français.

Du 15 octobre jusqu’aux glaces, c’est la pêche de l’éperlan avec des pièges (assemblages de verveux). Certains pêcheurs, équipés de motoneige, scie mécanique et ouvrages continuent la pêche en hiver. Les autres bénéficient du chômage et profitent de ce temps pour préparer les cages, peinturer les bouées :

Les filets, les trap-net et box-net, mon père les broche à  la main.

Les cages à  homards sont montées avec du bois, du grillage, de la corde plombée, et lestées de ciment. Les bouées sont peintes aux couleurs de l’armement : les nôtres sont jaune citron traversées d’une bande noire.

Sur zone, alors que le jour se lève, commence un ballet surprenant. Au rythme des chansons acadiennes que le haut-parleur diffuse à  fond, Alcide, le père, fonce sur les deux bouées droit devant, débraye, saisit l’une des bouées, passe la corde dans la poulie du treuil hydraulique qu’il enclenche. Le bateau tourne et vire autour de la cage qui remonte : un poids de 110/120 livres qu’il fait pivoter sur le plat-bord.

Alcide ouvre la cage, saisit les homards et crabes tandis que son fils Stéphane remplace la boête par de la fraîche : des morceaux faisandés de maquereaux, achetés à  la conserverie et salés maison, du crabe frais, écrasé au fur et à  mesure des prises par le broyeur sur le pont. Juste le temps de mesurer la taille de certaines bêtes, Alcide embraye, vire et reprend de la vitesse, Stéphane ferme la cage et recule vers l’arrière. Légère décélération : d’un geste du bras, loin de la corde entassée qui va bientôt se dévider à  toute allure dans l’eau sombre et glacée, la cage est poussée à  l’eau. Le bateau repart à  fond jusqu’à  la bouée suivante.

En mesure avec les banjos, les violons, les harmonicas et percussions, Stéphane prépare l’amorce pour la cage suivante, présente son dos aux vagues qui éclatent, saisit la cage à  son tour, réarme en nourriture le compartiment du milieu. Qu’est-ce qui pousse les homards à  s’engager sur les côtés, là  d’où ils ne pourront plus sortir ?

Les sous-tailles (≤ 2 pouces ou 50,8 mm), les femelles grainées et celles de grande taille (≥ 114 mm) repartent à  l’eau. Les contrôles en mer et à  terre sont stricts. A la clé : cour de justice, amende, et report de la pêche d’un couple de jours ou d’une semaine après les autres :

On n’a pas l’choa avec les lois ; la pêche, ça diminue.

Des fois, la cage est prise, on la perd. On a trouvé des cages
de 1 an avec des gros homards de 6 kg qui avaient mangé
les p’tits.

– Pourquoi vous laissez les petits homards dans les cages ?

– Les grosses morues peuvent les manger le temps qu’ils regagnent le fond. Là , ils s’échappent des cages au fond. Il y a un passage pour les p’tits homards.

Calées en lignes du nord au sud, nos cages s’entrecroisent parfois avec celles des confrères. Elles sont facilement repérées sur le « plotter ‘ (traceur graphique). Au total, pas moins de 250 cages visitées et recalées en l’espace de 7 à  8 heures. Entre deux rangées, les pêcheurs soufflent un peu, le temps de boire, ôter un pull, et surtout finir de mesurer les homards et bloquer leurs redoutables pinces à  l’aide d’une élastique :

La coopérative paie 25 cents de plus la livre quand il y a l’élastique, c’est pas une grosse affaire.

Des homards bleus ?
J’en ai pogné un une fois.
Il était de la couleur du pont. C’est rare.

On fait 12000 livres environ de homards dans la saison. Les prix sont
de 5,5 dollars canadiens la livre pour les petits et 6,5 dollars pour les gros.

11 heures : la température est belle à  c’t’heure.
La pêche, j’aime ça ; fo qu’t’aime l’eau.

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Chaudrée

Sur une assiette, je répartis 1 kilo environ de fruits de mer (pétoncles, crevettes) et de morceaux de poissons à  chair ferme (morue fraîche, soles) que je fais regorger avec du sel pendant 20 mn. Dans une marmite, je prépare un fond d’oignon revenu à  l’huile, je rajoute 4 pommes de terre, 4 carottes et 2 branches de céleri, le tout coupé en petits dés. Je sale, poivre et couvre d’eau. Quand c’est presque cuit, je verse les fruits de mer et morceaux de poissons. Je fais pocher sans bouillir et assaisonne avec du poivre de Cayenne, un peu de thym et du paprika. Quand c’est cuit, j’ajoute ¼ de litre de lait et ¼ de litre de crème liquide pour faire une soupe onctueuse. Tu peux réchauffer mais sans faire bouillir, et servir avec un peu de persil ciselé. à‡a fait joli.

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Homard à l’acadienne

Homard à l’acadienne

Dans une marmite, je fais bouillir de l’eau vraiment salée, avec du gros sel, comme pour les pâtes. Quand ça commence à  bouillir, je plonge les homards la tête la première, malheureusement A partir du moment où l’eau recommence à  bouillir, je calcule 15 à  18 mn en fonction de la taille des homards. Je les sors et les mets sur le dos, les pattes en l’air. Tu peux les manger chaud – moi j’aime pas trop  » ou froid avec une salade de pommes de terre. Les québécois rajoutent de la mayonnaise ou du beurre à  l’ail.

Pour la salade de pommes de terre, j’écrase un peu les pommes de terre bouillies et je les mélange avec du céleri branche, de l’oignon et des œufs durs coupés en petits morceaux. J’assaisonne avec une sauce blanche composée d’ail, huile, vinaigre, yogourt, mayonnaise, moutarde, sel et poivre.

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C’est un goéland qui m’avait pris en affection quoi…

C’est un goéland qui m’avait pris en affection quoi. Chaque fois qu’il me voyait arriver sur le Rouvelon([Petit îlot situé entre les îles des Embiez et du Rouveau, en face du Brusc)] là , pof, à  bord. Et puis il venait pêcher, il venait tirer les filets avec moi. Des fois le soir il venait les caler quand ça lui plaisait mais surtout le matin parce que le matin y avait du poisson. Alors je montais un poisson blanc une bogue : c’était pour lui ! Et il le savait. On partait comme ça et je lui parlais, je lui parlais, il me répondait. Alors, il se mettait à  côté de la roulette, là  – du guindeau qui tire le filet – et il regardait le fond, il regardait monter le poisson. Quand y en avait… il savait que c’était pour lui. Les rascasses, il les voulait pas, lui, ça pique ! Une bogue, une bogue ravel([Pageaot acarné)] , un petit sévereau([Chinchard)], il savait que je les lui donnerai. Alors, il m’en parlait déjà  ! Et puis il me marquait les gros aussi. Les gros, quand ils décollaient d’en-bas, lui, il les voyait. A 20 m sous l’eau, ils y voient ces oiseaux – même plus – et moi j’y vois pas.

Un jour, c’était l’époque des baudroies Té pof,
_ – « cha, cha, cha ‘ qu’il me dit.
_ Il me dit qu’il y en a un qui décolle du fond. Trente secondes après, il me dit :
_ – « cha, cha, cha ‘
_ alors je lui dis :
_ – « Mais tu me l’as déjà  dit ! ‘
_ Alors méchamment, il me dit :
_ – « cha, cha, cha, cha, cha, cha ‘.
_ Bien entendu il y en avait un sur la roue… et 10 m plus loin y en avait un autre de baudroie([La baudroie (ou lotte) est au masculin en provençal)] ! L’air de dire : « Moi, j’ai pas besoin de lunettes pour y voir au fond ! ‘ Mais les baudroies c’était pas pour lui, il le savait, il les touchait pas, il touchait pas le poisson, ni rien du tout. à‡a faisait plaisir et puis quand il en avait marre, qu’il avait bien mangé, tant des fois il restait, des fois il partait parce qu’il avait à  faire.

Un jour, j’ai resté… – je sais pas si j’étais malade – j’ai resté longtemps d’aller à  la mer, longtemps ça veut dire 2 mois, 3 mois… Et pof, quand j’arrive sur le Rouvelon, là … je pensais plus à  mon oiseau. Pof à  bord et puis pof, pof, pof, pof ! Quatre autour du bateau, des petits ! Ils risquaient pas de monter à  bord, ils avaient peur. Et lui, il leur parlait, c’était sa famille, il venait me présenter sa famille. Ils étaient quatre qu’ils sont pas encore blancs, ils ont le duvet marron. Ils voulaient un peu s’approcher, j’avais pas de poissons à  leur donner, ni rien du tout, mais ils voulaient un peu s’approcher du bateau mais on sentait une réticence. _ Lui il leur disait :
_ – « Mais non, c’est pas pareil que les autres, ça c’est un bonnard ! C’est un ami de la maison et vous risquez rien, vous pouvez rester ‘
Et puis, ils ont resté… parce que moi je faisais route ; doucement, doucement, j’allais au large. Au bout d’un moment, il me dit :
_ – « Maintenant tu as vu ma famille, je m’en vais ‘
et tout le monde est parti ! à‡a s’apprivoise facilement… Et tant qu’il était, y avait personne qui serait venu à  bord, il se faisait respecter. C’est le seul que j’ai eu comme ça, y en a qui venaient pas loin, qui me regardaient travailler mais ils venaient pas à  bord. à‡ui-là  il avait eu le culot une fois, et puis il était venu et on avait parlé comme ça. Y a un certain quelque chose dans la voix, une certaine intonation… On se comprend pas – je peux pas vous dire qu’il comprenait ce que j’ui disais mais ça se sent – Voilà . Il s’était mis en confiance avec moi. Tu as des intonations dans la voix que toi-même tu ne maîtrises pas… Quand tu parles à  un chien, à  un cheval, c’est pareil.

Clairin Deïnès,
_ ancien pêcheur du Brusc

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Trémails et dentis dans les Cyclades

6 HEURES, PORT DE NAOUSSA A PAROS,

PETITE ÎLE GRECQUE DES CYCLADES

A l’ombre de la nuit, le vent pénètre entre les murs blanchis des maisons endormies. Dans l’antre du port, quelques grappes d’hommes rejoignent les bateaux – sardiniers et grandes barcasses chaloupées – paroles brèves, regards surpris de notre présence.

Notre patron monte à  bord, met en marche, nous invite à  franchir le quai de marbre. Paros en regorge sous les épineux, cistes, genévriers, verdure sèche clairsemée de caillasses  » gneiss ou mécashiste  » agrémentée d’oliviers, de petits pins, parfois de tamaris et de pitos dont les fleurs au soleil embaument. Des galets blancs et polis, veinés de gris, vert ou rose, aux blocs rugueux arrachés des collines, nos pieds foulent allègrement cette matière si précieuse aux mains des sculpteurs.

Le Soultana glisse le long du franc-bord des senneurs, remarquables par leurs canots porte lampes, juchés au-dessus du pont, et leur empilement de caissettes en bois clair. Dès la digue franchie, les vagues s’annoncent rapides, creuses, face à  la proue. Nous rejoignons l’arrière abrité par la petite cabine, assises de chaque côté de la barre, magnifique ouvrage de charpenterie. Le patron négocie habilement le passage de cette longue coque de 13 m entre les masses d’eau hachées. Le soleil se lève, rose entre les îles. Christos, le matelot, se prépare.

Nous bifurquons à  l’abri d’un îlot. Dans la passe rocheuse l’oscillation s’amenuise. Nos deux marins scrutent l’horizon à  la recherche d’un drapeau noir, couché par le vent, caché par les vagues. Au rythme régulier des 3 roues conjuguées, le trémail jaune doré sort de l’eau, tiré par des mains habituées. Contre balancier du corps. Par brassées successives, le filet scintillant sous les premiers rayons illumine la blancheur immaculée du pont. Peu d’animaux aquatiques, suite au mouvement nocturne : pageot, sévereau, rascasse, une cigale Une drôle d’étoile suivie d’une petite langouste regagnent les fonds sitôt démaillées.

L’eau afflue vers la côte et nous pousse à  regagner l’amarre. Sur la colline se découpe le village serti de bleu azur, tout est calme encore. Au détour d’une ruelle une dizaine de pêcheurs retraités, attablés dans leur taverne, nous accueille d’un bon sourire, d’une tasse de thé. La sortie prévue est remise, le vent souffle trop fort pour leurs petites embarcations.

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