Un sens collectif pour une pêche écologique

Ce qui frappe d’abord quand on arrive au petit port de l’Ayrolle à  Gruissan, c’est la diversité des âges des pêcheurs : il y a des jeunes, des moins jeunes et ceux qui sont entre les deux. Dans les magasins à  filets, sur le quai, ou à  bord d’un « bétou ‘ chacun prépare son matériel pour caler un filet de poste au barrage : une capéchade ou montage traditionnel de 3 nasses (pantanes, trabaques ou verveux) au bout d’une paradière (filet vertical qui fait mur) pour piéger les anguilles et les poissons.

Accompagnée de François Marty, une des personnalités de la communauté des pêcheurs, l’accueil est chaleureux. Les pêcheurs découvrent « L’encre de mer ‘, heureux que l’on parle de leur corporation. Entre rire et colère, l’on sent la force du groupe et sa non-reconnaissance par les instances chargées de la gestion des pêches aux niveaux régional, national et européen.

Personne ne prend vraiment la peine de parler de la Prud’homie tant son fonctionnement est intégré à  la vie des pêcheurs. C’est en Prud’homie que se distribuent les postes de pêche, que s’organisent les « barrages communautaires ‘ qui permettront de travailler sur de vastes étendues si soumises aux variations climatiques, que se règle toute chose relative au métier. Et le métier, là -bas, c’est une vie et la place de chacun dans le village.

Au Port de l’Ayrolle, il y a 10 pêcheurs avec les mêmes barques, des bétous de 6m de long environ, 9,9 cv. Pas besoin de puissance, c’est pas utile, ça alourdit le bateau et l’arrière. Parfois, la profondeur est de 50/60 cm On passe quelquefois dans 10 cm d’eau ; même dans peu d’eau, tu as du poisson !


Une polyvalence nécessaire
: « Actuellement nous sommes une trentaine de pêcheurs. Pas tous les pêcheurs de Gruissan pêchent à  l’anguille avec les capéchades, d’autres font l’amaïrage – un filet maillant de 2 fois 400 m qu’on cale en escargot et qu’on laisse pêcher toute la nuit pour les crabes, les mulets, les loups, les dorades, les muges- la battude, une nappe simple avec laquelle on encercle une petite zone et on fait du bruit pour faire emmailler le poisson, le tellinier pour les tenilles (tellines), le masclaou, une pêche des loups à  l’hameçon. Certains font exclusivement le travail en mer, avec des trémails (pour les turbots, soles…) et des nappes simples qui, selon la taille des mailles, piègent le bar, le maquereau, le pageot, le marbré

Il faut que les mecs puissent se reporter sur une autre espèce quand celle qu’ils visent commence à  chuter ou qu’une autre s’avère plus intéressante. Si t’as une avarie sur un bateau, le temps de changer le moteur, d’avoir le crédit et de tout avoir remis à  jour, t’en as pour 2 à  3 mois. Qu’est-ce que tu fais pendant ce temps-là  ? Si t’as de la trésorerie, tu montes du filet, tu carènes le bateau mais si tu rates une bonne saison, déjà  tu fais la tête ; si tu gagnes rien, tu refais la tête, tu es en train de te ré-endetter et tu peux pas te reporter sur la telline, ou la palourde, tu es coincé

La polyvalence, c’est la seule pêche écologique. Si l’on pêche qu’une seule espèce, on peut faire beaucoup de mal.

Les barrages : Nos étangs sont grands, peu profonds, avec des vents et des courants violents et fréquents. Le barrage permet de retenir et concentrer les poissons pour mieux pêcher. Il se fait à  un endroit large parce que le courant est le moins fort, les filets peuvent tenir. On cale quelquefois vers le grau pour attraper des grosses anguilles mais s’il y a une renverse du nord, on ne retrouve plus rien. La pêche est focalisée sur le mois de novembre, période de dévalaison des anguilles matures alors que celle-ci peut se prolonger sur les mois d’hiver dans des étangs plus profonds. Un barrage c’est 3km600 de filets en fond, plus les capéchades en amont avec lesquelles on pêche les poissons stoppés par la muraille. Chacun se retrouve donc avec 11 filets au minimum au barrage.

On divise le barrage en portions de 30 à  40 m. Chaque portion a un nom (le sécant, le paré, la canalis) comme dans les champs où tu trouves « le coin du Papy ‘ Le nom correspond quelquefois à  des gens, des situations, des lieux (un trou, un sec). En fait il y a des lieux dans la mer ! Les portions sont tirées au sort parce qu’il y a 4 ou 5 endroits super bons, et d’autres mauvais. Mais les mauvais doivent être barrés quand même ! Si ton poste est très mauvais, tu ne cales pas ta capéchade, seulement le fond. Certains endroits demandent beaucoup de travail et rapportent beaucoup ou rien ! C’est le problème des algues et de tout ce qui circule avec des forts coups de vent. Les emplacements sont balisés par des roseaux. Quelquefois, on se trompe, alors ça devient un peu cloche-merle

Chacun est censé entretenir à  son profit mais aussi au profit des voisins. Celui dont le filet part, il crée un grand trou ; ce courant, le poisson le sent et se sauve au détriment de tout le monde. Si le trou se fait par hasard, il n’y a pas de punition. On nomme des gens, en général 3 dont 1 prud’homme, qui sont responsables de la pêcherie et chargés de surveiller.

Si tu as un poste où les loups risquent de passer quand il fait froid (comme un canalis, un creux), au mois de décembre tu mets de grosses pantanes parce que tu peux prendre 100 kg de loups. Si tu mets une toute petite pantane qui va prendre 10 kg d’anguilles, ça ne marchera pas pour les loups. On n’a pas toujours le filet idéal mais on fait, au mieux, en fonction du poste. C’est un choix quasi-journalier pour chaque pêcheur.

Même quand un barrage est complet, 50% des anguilles passent par-dessus, par-dessous, dans un trou Seules les pêcheries automatiques en ferraille peuvent prétendre arrêter vraiment le poisson. Et les crabes ! Y en a qui grimpent le long du filet et qui redescendent de l’autre côté. Les mazerous (anguilles matures) n’ont pas le même comportement que les anguilles vertes. Autant les anguilles vertes se tiennent près du fond, autant les mazerous montent vers le haut et migrent facilement, soit sur le fort vent du nord, soit sur le redoux derrière le fort vent du nord. A ce moment-là  tu as forcément de l’eau très haute qui facilite le passage par-dessus les filets.

Autour des années 98, le nombre de pêcheurs d’anguilles dans la Prud’homie avait fortement diminué et s’est posée la question de savoir combien de barrages l’on pouvait encore entretenir correctement. On a supprimé 2 barrages (étangs des Goules et de Campignol) qui étaient en amont, au profit des 2 en aval (étangs de l’Ayrolle et de Gruissan), et on a du inventer une nouvelle manière de gérer l’étang. Aux Goules, on a dit : « C’est simple, on supprime le barrage et on mettra deux filets pendant 2 mois de l’année seulement (oct-nov) ensuite on laissera tranquille ‘. Campignol, il y avait un autre barrage, on a dit : 4 mois (oct-nov et avril-mai) avec un maillage de 8 mm de côté. La raison du maillage était qu’on y pêchait trop de toutes petites anguilles. On a fait cet effort tout seul, sans demander de subventions à  personne pour agrandir le maillage. Notre objectif était de pêcher des anguilles plus grandes, plus adultes et qui donc pèsent plus.

Simultanément on a aussi interdit la pêche dans les gaçots, les touts petits étangs où l’on met 1 ou 2 capéchades, ils sont très vaseux mais ils servent de refuge à  la toute petite anguille, celle qui est entre l’allumette et le stylo bille. Dans les canaux, on cale chacun un filet avec un roulement hebdomadaire des postes. La saison est de 6 mois (oct-avril).

Du 15 octobre au 1er mai, certaines zones sont libres, une grande zone au milieu de l’étang est complètement libre, on l’appelle les « vacants ‘. Par contre le nombre de filets que l’on y met est limité à  6 par personne et la maille minimale de la maître (pentane principale, face à  la paradière) est de 8 mm.

Il y a des pancartes sur chaque ensemble de filets afin que l’on sache à  qui il appartient. Si on cale côte à  côte, il faut garder 100 m entre chaque filet. Si on cale « cap à  cap ‘ on ne garde que 20 m de distance car la pêche de l’un ne gêne pas la pêche de l’autre. Après le 1er décembre, on peut caler avec diverses orientations. Avant cela, on met tous les filets dans le même axe de manière à  ce que les poissons qui descendent aillent au barrage. Sinon le barrage devient inutile. Autant le supprimer.

Si on a les mêmes droits, on n’a pas la même capacité à  travailler : nettoyer régulièrement, enlever les crabes, les algues, vérifier que le filet assole bien Les résultats vont de 1 à  2. Y a une part de hasard, une part de travail et une part de connaissances dans le montage du filet, la manière de l’installer

Comme les étangs sont peu profonds, avec la chaleur, les anguilles sont susceptibles d’attraper une maladie qui s’appelle la peste rouge, ou la queue rouge. Cette maladie peut les tuer dans la nuit, à  l’intérieur des nasses. Comme on vend les anguilles vivantes, il est stupide d’aller tuer du poisson pour le plaisir. A partir des années 50-55, on a décidé de suspendre la pêche des anguilles au filet, du 1er mai au 15 sept. C’est un repos biologique

Toute personne qui veut avoir accès à  la pêche à  l’anguille dans Campignol ou aux Goules, qui sont les zones les plus riches, doit prendre place dans un barrage communautaire. Pour avoir accès au barrage, il faut être inscrit à  la Prud’homie et enrôlé au moins 9 mois dans l’année. Pour pouvoir s’inscrire, il faut résider dans une des communes de la Prud’homie depuis un an. L’idée est que les gens ne cumulent pas les meilleurs postes des différentes prud’homies. Par contre, les pêcheurs étrangers à  la prud’homie ont droit à  une capéchade dans certaines zones et à  d’autres engins (trémail, battude…) Dans l’histoire, il y a des cas de détresse où la prud’homie a accepté de partager ses richesses et son territoire avec d’autres gens pour les aider. Cela a été le cas au début des années cinquante quand Leucate a accepté des pêcheurs de Bages dont l’étang avait gelé.

Les règlements, c’est le principe des grilles qui se superposent ; à  la fin tout le monde est coincé tellement y a de grilles, la lumière ne passe plus

On cale les barrages au 15 sept. pour les dorades. Un peu qu’elles sentent les eaux de la mer, elles sortent bien avant les anguilles. Les loups, c’est pas pareil, ils ont pas le même métabolisme, ils se reproduisent qu’à  la fin de l’hiver, ils sortent plus tard de l’étang, quand vraiment ils souffrent, qu’ils ont froid malgré leur couche de graisse. On prend le poisson quand il souffre

L’hiver, quand il y a un risque de gel, on lève les barrages et les filets. Au dégel, les morceaux de glace coupent les filets. Le matériel c’est pas grand-chose mais c’est le travail Une seule pantane, il faut plus d’une journée de travail de 8 à  9 h pour la découpe, le montage. Une capéchade complète, tu as plus de 6 jours de travail au minimum.

De novembre à  mars, la mer est dangereuse  » la mer de froid  » il y a souvent 300 à  500 m de houle sans même le vent du marin (vent d’est). Est-ce que cela vient de tempêtes en Sicile ?

On prend beaucoup de dorades depuis quelques temps, était-ce les filières à  moules en pleine mer qui les attirent ? On prend plus d’oursins, de gobies, les gros Par contre, les crabes diminuent, également les anémones, les joêls (athérines), les soles

Ceux qui attendent d’être inscrits à  la Prud’homie peuvent être matelot d’un patron pêcheur, celui-ci te montre le travail, les règles, y compris celles de l’institution prud’homale. Quand tu es matelot, tu as le droit d’assister aux réunions mais t’as pas le droit d’intervenir, ni de voter. En tant que retraités, on peut participer aux réunions mais on s’abstient dans les votes.
La grande difficulté pour un jeune c’est d’acheter un PME (permis de mise en exploitation). Ce système-là , on l’a pas inventé et profondément on n’est pas d’accord. C’est une entrave à  l’installation.

A Gruissan, il y a un groupe, c’est très fort. Même les jeunes d’aujourd’hui l’ont compris. Sans vie de groupe, sans règles collectives, sans cohésion, on ne pourrait pas former un barrage. La Prud’homie a fait construire les baraques à  filets et en organise l’usage. Elle gère les hangars, les places pour vendre au détail, la pompe à  essence détaxée Les aménagements dont les jeunes profitent aujourd’hui ont été mis en place par ma génération.

Avec François Marty, pêcheur à  Gruissan

Publié dans Gestion communautés pêcheurs | Commentaires fermés sur Un sens collectif pour une pêche écologique

Migration massive des poissons vers les pôles

Des scientifiques prédisent des déplacements importants de poissons vers les eaux froides de l’Océan Antarctique et de l’Océan Arctique (en rouge sur la carte). Une aubaine pour les pays nordiques. Un scénario catastrophe pour les pays tropicaux.

Au cours des 4 prochaines décennies, les modifications des températures et des courants dans les océans vont « forcer » des milliers d’espèces à  migrer vers les pôles, notamment le cabillaud, le hareng, la plie et la crevette. Les chercheurs estiment que les migrations se dérouleront à  raison de 44 à  79 km par décennie.

Publié dans Evolution climatique | Commentaires fermés sur Migration massive des poissons vers les pôles

Il y a près de 6 ans, première table ronde réunissant pêcheurs, environnementalistes, politiques, administratifs et scientifiques sur la gestion des pêches

Table ronde sur la gestion des pêches et les potentialités d’amélioration dans le cadre des journées de la Fondation Nicolas Hulot La Seyne sur mer

Une première qui réunit autour de la même table des acteurs de la pêche (prud’hommes, délégués aux comités des pêches, pêcheurs, Secrétaire du Forum Mondial des pêcheurs et travailleurs de la pêche), des représentants des collectivités locales (Région PACA), des environnementalistes (WWF France, Fondation Nicolas Hulot), des scientifiques (Ifremer Sète) et des administratifs (Affaires Maritimes Toulon)

Le secteur de la petite pêche artisanale doit tenir compte des donnes suivantes :

* Le métier de pêcheur est en pleine mutation, le métier à  venir est à  inventer et aura un rôle important à  jouer dans la gestion littorale et dans la gestion de la ressource,

* Les aménagements littoraux sont tels dans la zone méditerranéenne qu’ils devraient donner lieu à  un schéma ou plan général d’aménagement qui permettrait de répartir les différents types d’activités,

* Il faut faire avec la situation politique conjoncturelle et organiser des actions concertées, notamment dans le cadre des propositions de la Politique Commune des Pêches.

——————————————————————————-

Après un tour de table des participants, le débat porte sur les points suivants. Voir le compte-rendu de la réunion dans le dossier téléchargeable.

– L’outil prud’homal pour la gestion des pêches et du territoire

– L’idée des prud’homies à  la base est d’avoir tous le même outil de travail, ce qui ne veut pas dire les mêmes résultats. Ne vous trompez pas, ce n’est pas du communisme ! On a le même maillage pour pas que l’autre prenne des saint pierre de petite taille et qu’il les prenne avant. Quand un pêcheur pêche, il enlève du poisson dans un environnement et il l’enlève aux autres aussi. Il y a donc une règle à  établir entre hommes et une règle à  établir avec l’environnement C’est un affrontement territorial. De là , la nécessité de règles prud’homales pour établir un tour de rôle.

Côté pratique, on s’est aperçu qu’en décembre, janvier, février, on pêchait des poissons de petite taille. Donc on s’est interdit de pêcher dans les étangs à  cette période. On a mis ensuite des limites à  chacun : tel filet de telle maille. Et pour ne pas se battre sur les zones de pêche, on a tiré au sort tout le tour de l’étang avec permutation des places tous les 3 jours pour égaliser les chances… Tout est cadré. C’est à  qui aura le meilleur montage, sera là  le jour où la pêche est la meilleure… Les résultats vont de 1 à  3 en fonction des connaissances et du travail… C’est un système non égalitaire mais équitable par concertation. On ne part donc pas de la ressource et de la quantité de pêcheurs mais de la rivalité des pêcheurs et on cherche à  la modérer au travers d’outils, de manière à  protéger l’environnement . Les premières attentions du pêcheur portent sur la qualité, la couleur de l’eau… On a un oeil de veille en permanence sur la taille des poissons, la qualité de la mer… Quand il faut décider de l’interdiction d’une pêche dans la prud’homie, on fait une réunion et le lendemain c’est appliqué, sans délai. Malheureusement, nous sommes très peu suivis par l’administration, les « grandes ‘ idées actuelles étant : la liberté de travailler où l’on veut, avec une licence ou un quota. Le système prud’homal qui peut fonctionner un peu partout, quelque soit le nom, est contrecarré par un autre système. Et dans le cumul des réglementations, c’est la réglementation prud’homale qui est la première à  sauter.

Par ailleurs, il y a un contrôle prud’homal. Les prud’hommes sont assermentés et ont le droit de constater les délits, ont un pouvoir de police et de jugement. Chez nous, ça fonctionne par système de pression ou effectivement.

– Gestion du littoral et organisations professionnelles

– On propose autre chose, par les prud’homies et les comités régionaux : une gestion réelle de la ressource par métier et par zone effectuée dans le cadre prud’homal. Un peu comme la gestion par les licences en Atlantique mais réalisée ici par les prud’homies. Cette gestion est faite à  partir du bas et non du haut. Nous sommes à  peu près tous sur le même rail aujourd’hui

La Prud’homie de Palavas fait à  peu près une vingtaine de km, de la Grande Motte à  Frontignan, avec 6500 ha d’étangs très peu profonds. On a une pêche côtière et une pêche en étangs importantes. On fait des tirages au sort chaque année pour la pêche en étangs, pour que ce ne soit pas toujours les mêmes qui aient les bons emplacements. La prud’homie organise et contrôle la pêche dans les étangs et les canaux.

Nous sommes à  côté d’une urbanisation importante avec la capitale régionale qui est Montpellier. On a une pollution importante. On a travaillé – et c’est un long combat – sur la question du retraitement des eaux usées et de leur qualité. On a aussi le problème du comblement de ces étangs parce que la pression foncière est importante, notamment sur le littoral. Les élus n’imaginent le développement économique qu’à  partir du tourisme et donc de la construction immobilière, sans penser au développement durable. A Palavas, nous avons une association de défense de l’environnement qui regroupe des prud’hommes. On s’est opposé à  la Mairie de Palavas, à  propos d’un comblement d’étang pour la construction d’un lotissement. Le Maire s’est retourné contre l’association en tant que telle et contre les personnes individuelles qui la composent. Il demande 2 millions de frs de dédommagement pour la Sté qui n’a pu construire ces lotissements qu’avec du retard. Nous demandions l’application de la Loi Littorale. Nous sommes poursuivis pour « abus du droit d’ester en justice ‘… Il y a vraiment un problème de pression foncière sur le littoral et sur les étangs. La volonté politique est de les combler et non de les entretenir. Là  où la profession s’étiole, il y a des problèmes de survie qui se posent…

– C’est exemplaire de toute la situation littorale méditerranéenne : des poignées de pêcheurs éparpillés qui dénoncent en leurs lieux des actions… A Bruxelles, je ne pense pas qu’ils aient conscience de cela s’il n’y a pas un appui des environnementalistes sur ces questions.

– Sur la prud’homie de St Raphaêl, on est en train de mettre en place un cantonnement de pêche ; c’est une réserve de pêche interdite à  toute prédation humaine. Cela devrait voir le jour avant la fin de l’année.

– Atlantique : gestion par les licences

Il y a des licences par métier et par zone (filet, bolinche, coquilles, chalut, palangre…) gérés par les comités des pêches (10 CLPEM en Bretagne). Pour la pêche à  la langoustine, c’est un Permis de Pêche Spécial. C’est un moyen de sanctionner par le retrait de licence. En tout, nous avons 2660 licences qui vont encore augmenter dans les mois à  venir. Quand il y a constatation d’infractions, le Comité régional des pêches se porte partie-civile…

– La question des compétences territoriales

– Au large des côtes méditerranéennes, à  12 milles les eaux sont internationales.

– De la frontière italienne à  La Ciotat, on est entre 1, 3 ou 5 milles de la côte sur des fonds de 2000m. Il n’y a pas de plateau continental, comme sur la majeure partie de la Corse et là , la prud’homie, peut gérer la totalité des eaux de pêche. Là  où il y a des unités de pêche plus importantes, c’est là  où il y a un plateau continental. On trouve ça à  Bastia et un peu sur la côte orientale de la Corse, et dans le Languedoc Roussillon, sur tout le Golfe du Lion…
Ensuite, il y a ce qui sort complètement du système qui est la pêche du thon, ou autres. Ne parlons pas des thonailleurs qui sont de petits navires…

– Sur quelles bases construire une gestion des pêches et son architecture ?

– Ce qui est fantastique c’est qu’une fois les problèmes traités et réglés au niveau local par les prud’hommes avec leur téléphone, on n’en entend plus parler. Effet négatif c’est que l’existence du problème, la manière dont il a été résolu, n’est visible par personne.

– Bruxelles met tout de suite l’accent sur la contrainte… Vouloir absolument diminuer sur une méthode de pêche c’est déjà  une décision qui peut être déconnectée de la réalité. Je prends l’exemple du gangui que l’on va encadrer. Dans notre proposition, on met un numerus clausus en partant du nombre de navires existant…. Alors que si on dit aux pêcheurs : « Dans vos déclarations de capture, on pourra peut-être lire une évolution très favorable qui permettra d’augmenter la pêcherie de quelques navires, ça mobilise les gens et ça dynamise le métier ‘. Mais cette proposition est irrecevable actuellement…

– De même qu’il n’y a pas de seuil minimal local des flottilles dans le cadre général de réduction des flottilles (POP).

– Le problème du gangui est un problème politique comme pour la thonaille, les filets dérivants… On a fait toutes les démonstrations scientifiques possibles et imaginables, la volonté est politique.

– Le débat de fond porte sur la volonté de Bruxelles : pêcher les quotas avec de nombreux petits navires ou avec 3 navires C’est un débat de fond, un choix politique…

– un choix de société… Parce qu’en définitive, il faut satisfaire le marché…

– En général, les dispositions des prud’homies étaient plus restrictives que la loi. Maintenant, la loi est devenue tellement dure que les prud’homies essaient d’assouplir leurs mesures…

– Quand la compétition est forte du fait du nombre de pêcheurs, la prud’homie fonctionne bien et prend du poids.

– Plus la prud’homie est forte, plus les concertations sont fréquentes et moins les difficultés sont grandes. Le contrôle extérieur est d’autant plus facile que les pêcheurs s’auto-contrôlent. Les deux sont nécessairement complémentaires.

– Dans le sens de l’auto-contrôle, il y a un exemple à  citer, celui de la Charte signée avec le Parc National de Port-Cros. Au début, le Parc voulait limiter le nombre de pêcheurs. On a dit : « Non, on ne limite pas le nombre de pêcheurs, on met un règlement de pêche et en fonction de cela qu’il y en ait 10, 15, 20 ou 25, ils pourront puiser dans la ressource sans dommage pour la ressource ‘. Ils ont fini par accepter. La première année, il y avait 10 pêcheurs. Maintenant il y en a 25. La fréquentation n’est pas plus forte pour autant. Principe de précaution : pour aller là , il faut demander… Pas de débordement au niveau fréquentation mais, dès qu’il y a eu plus de 15 pêcheurs, s’est mis en place un système d’autodiscipline. Dès qu’un pêcheur ne respectait pas la Charte, il se faisait tomber dessus par les autres. La réglementation prud’homale n’a de vigueur qu’à  partir du moment où il y a un certain nombre de pêcheurs. La gestion, c’est aussi d’avoir plus de pêcheurs car ainsi il y a un autocontrôle. La compétition fait la gestion.

– Quand une prud’homie fonctionne avec un auto-contrôle, il n’y a pas d’accidents, pas d’ennuis, pas de bruit. Quand ça marche, on n’en parle pas.

– Nécessité d’une approche transversale du fait de l’importance des projets territoriaux

– En PACA au moins, c’est indispensable d’intégrer la gestion de la pêcherie dans une approche transversale, et peut-être territoriale, pour 2 raisons :
d’une part, il y a une forte interdépendance de la pêche et des autres activités, d’autre part, à  très court terme la totalité du littoral sera couverte par des projets de territoire. Aujourd’hui, plus de la moitié est déjà  couverte et fonctionne plus ou moins bien (Parc régional de Camargue qui a une compétence jusqu’à  30 milles en mer, GIP sur l’Etang de Berre, Parc Marin de la Côte Bleue, GIP des Calanques avec une compétence en mer, projet en rade de Marseille piloté par la Commune et le CLP, Contrat de Baie de la rade de Toulon, projet à  La Ciotat, Observatoire du littoral des Maures, Parc de Port-Cros, projets de Contrats de Baie à  Cannes et à  Nice…)

Ce n’est plus par le biais d’une réglementation que sont régulés les usages mais par le biais d’une charte. L’approche à  la fois contractuelle, territoriale et multi-usages va peut-être prendre le pas.

– Question des moyens dont disposent les organisations professionnelles

– On demande aux pêcheurs de faire un travail de gestion et il faudrait qu’ils soient rémunérés comme un vrai travail et non par des subventions accordées, plus ou moins, selon les années. Si les pêcheurs s’arrêtent de travailler pour discuter autour d’une table d’un plan de gestion, ce temps doit être rémunéré.

– Question de la représentation française à  l’UE

La représentation professionnelle française en Méditerranée date du Moyen-âge. Lors de la réunion à  Bruxelles, on a vu l’importance des délégations grecques, espagnoles, italiennes…

– Vers un désengagement de l’Etat ?

– Il ne faut pas attendre de l’Etat et de l’Europe qu’ils mettent les moyens en place pour gérer le littoral, ça n’a jamais été fait et ça ne le sera pas. Déjà , les moyens de police sont limites. Tout ce qui est la gestion de projets, ce sont des structures de gestion qui sont toutes portées par les collectivités locales à  l’exception du Parc de Port-Cros qui est national. Ce sont les collectivités locales, en association avec les partenaires professionnels, qui vont gérer le littoral de plus en plus. Aujourd’hui, c’est plus de 60% du littoral PACA qui est concerné par ces projets, demain ce sera 100%. Et c’est cette structure de gestion-là  qui doit se doter des moyens de police.

Pour la bande côtière, je ne vois pas d’autres alternatives à  ce que la pêche s’implique fortement dans des projets de territoire. De toutes façons, ils se feront car c’est la nécessité pour la pêche mais aussi pour l’économie touristique, pour l’environnement en général, pour toutes les activités. Il y a une telle pression sur le littoral avec des enjeux économiques et écologiques immenses. C’est différent pour le Golfe du Lion. Je parle pour PACA…

– Nécessité d’une cohérence entre des actions locales et celles de plus grande envergure pour une représentation à  l’UE

Est-ce que ce serait possible de créer une coordination pour un développement durable de la pêche en Méditerranée ou quelque chose comme cela ? Tous ceux qui voudraient en faire partie le pourraient : prud’homies, comités locaux, régionaux, individus… avec un tarif adapté aux structures et aux individus. Il faudrait avoir un secrétaire financé avec des aides de l’Etat.

– Les grands bateaux dans la rade d’hyères : les limites des systèmes de gestion face à  la pression d’intérêts économiques

– La rade d’Hyères est un vrai contre-exemple. Là , il y a le Parc national de Port-Cros, plus les 3 caps qui sont propriété du Conservatoire du littoral, l’étang des Pesquiers avec les Salins du Midi, Natura 2000, la pêche, la plaisance et ensuite cette fameuse affaire de gros navires qui viennent mouiller… L’enjeu économique n’a plus rien de durable. La durabilité, on s’assoit dessus… Dans la rade d’Hyères, Bruxelles veut interdire la dizaine de ganguis qui y travaillent pour « sauver l’herbier ‘. Dans le même temps, il y a 40 escales de navires de 80 – 100 – 120 m qui vont faire des trous grands comme l’ensemble des tables dans l’herbier, soit 40 trous. Et ce depuis 4 ans, soit 160 trous… Dans toute la zone, on aura créé un beau trou à  la place de l’herbier mais cela on n’en parle pas car cela se passe sous la mer. Plus les rejets de ces navires… On se triture les méninges pour essayer de gagner du terrain par petits bouts et à  côté de cela il y a d’énormes machines qui viennent balayer nos efforts et qui continuent le développement non-durable. Que fait-on ? Pourtant, autour, il y a tous les acteurs concernés par l’environnement. Au mois de juillet, on attend les mesures techniques : « raison politique ‘. Peut-être nous supprimera t-on les ganguis : 15 bateaux. Après tout le monde continuera à  faire n’importe quoi sans plus personne pour dénoncer. L’anarchie totale…

Une piste pourrait être un article du Droit français, du Code civil qui prévoit que quand quelqu’un cause une déprédation et qu’il cause un tort à  quelqu’un, il a obligation de réparation. S’il y a une menace pour la Chambre de commerce de payer une indemnisation énorme, elle arrêtera le processus. Encore faut-il avoir les moyens de payer un avocat… Nous n’avons pas les moyens de le faire. Cela montre les disproportions totales entre les mesures que l’on peut prendre contre un corps de métier donné (pêcheurs, loueur de pédalos…) et ceux qui viennent de l’extérieur, avec des systèmes internationaux, et qui balaient toutes les questions sans que personne ne dise rien. C’est un vrai pouvoir démobilisateur.

– Dans la rade d’Hyères, il y a des bateaux qui mouillent à  Port-Cros, d’autres à  Porquerolles et ils passent d’une île à  l’autre. Ils jettent tous leurs poubelles que les ganguis récupèrent. S’il n’y avait pas de ganguis dans la rade, on pourrait aller de Porquerolles à  Port-Cros à  pied !

– Les maîtres-mots : coordination – information – représentation – légitimité

– j’essaye de faire une synthèse avec les points importants : coordination, information, représentation, légitimité… Avez-vous un site web, un courriel pour faire circuler l’information ? Ne serait-ce pas le moment d’organiser la circulation de l’information, vous cotiser pour mettre en place ce site web et ce courriel ? A partir de cette information, c’est une force qui peut grandir.

– Le système français de centralisation déresponsabilise les gens au niveau de la base. à‡a devient impossible pour un petit groupe d’individus de lutter face à  la machine centrale. Ce rôle dominant de l’Etat n’existe pas dans les autres pays méditerranéens. Ce qui m’étonne c’est que les gens qui représentent l’Etat disent : « Non, l’Etat n’a rien à  voir dans la gestion des pêches, on n’a plus de moyens et nos budgets sont coupés ‘.

– Dans ma vision du fonctionnement français, c’est l’Etat qui a un rôle dominant et la responsabilité. Ce qui explique pourquoi vous n’avez pas d’organisation… Par le passé, c’était l’Etat qui prenait les décisions, les réglementations… Alors, comme disait un vieux pêcheur québécois : « Si on s’organise pas, on va se faire organiser ! ‘ c’est ce qui est en train de vous arriver. C’est essentiel qu’à  court terme vous montiez une structure de représentation pour Bruxelles, c’est vital et inévitable. Le gouvernement français devrait appuyer cela, c’est une responsabilité nationale. Le système d’organisation est très découpé en France avec les comités locaux (10 en Bretagne), les prud’homies (33 en Méditerranée)… Il n’y a pas de structure qui regroupe cela de façon efficace et les comités comprennent l’ensemble de la structure (mareyeurs, OP, cultures marines…), ce qui affaiblit la structure de représentation des pêcheurs.

– Je me souviendrai toujours de la réunion à  laquelle j’ai participé avec vous au Ministère, où l’on avait rencontré la Chef de Cabinet. C’était une grosse délégation des prud’homies – les bretons étaient présents – on était une quinzaine autour de la table. On a soumis un projet, le projet pilote sur la mise en valeur des prud’homies comme formule de l’avenir. Il n’y a même pas eu un accusé de réception de ce projet du Ministère ! Chez nous, une chose comme cela serait inacceptable.

– la non-concertation est à  tous les niveaux : entre les pêcheurs mais aussi entre les différents acteurs (régions, Affaires maritimes, organisations non gouvernementales, Ifremer..). Chacun est un peu sur la réserve et se sent attaqué souvent sur les différentes questions. On devrait plutôt mettre en commun les idées qui sont là , échanger plus souvent…

– Les prud’hommes n’ont aucun moyen de travailler et souvent, même, paient de leurs deniers. Toute la pêche, ici, fonctionne comme cela. Quand j’ai rencontré les dirigeants des syndicats italiens, je pensais rencontrer des pêcheurs. Non, ce sont des anthropologues, des économistes, des universitaires qui sont employés et qui ont derrière eux des bureaux et des milliers de gens qui cotisent.

– L’on pourrait mettre en place un échange entre les observations que font les professionnels tous les jours sur le terrain, et Ifremer. Même si ce n’est pas traité, aujourd’hui, sur le plan scientifique mais dans 5 ans…

Publié dans La prud'homie | Commentaires fermés sur Il y a près de 6 ans, première table ronde réunissant pêcheurs, environnementalistes, politiques, administratifs et scientifiques sur la gestion des pêches

Pour nourrir l’humanité, il suffirait de moins gaspiller

Chaque jour, la planète se peuple de 200 000 nouvelles bouches à  nourrir. D’ici à  2050, la population mondiale devrait atteindre 9,2 milliards d’individus contre 6,7 milliards aujourd’hui. La réponse la plus courante à  ce défi est de dire qu’il faudra augmenter la production alimentaire mondiale de 50 % d’ici là .

Ce n’est pas celle que retient le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) dans son rapport consacré à  la crise alimentaire, publié mardi 17 février à  l’occasion de sa réunion annuelle à  Nairobi. Pour sortir du piège de besoins alimentaires croissants, l’organisation privilégie le recyclage des millions de tonnes d’aliments aujourd’hui perdus ou gaspillés, et affirme qu’une meilleure efficacité de la chaîne de production alimentaire permettrait à  elle seule de nourrir le surcroît de population attendu à  l’horizon 2050. « Cette voie a jusqu’à  présent été très peu explorée alors qu’elle aurait de plus l’avantage de réduire la pression sur les terres fertiles et de limiter la déforestation », déplore le PNUE.

CONCURRENCE POUR LES TERRES

Le rapport cite en rafale des exemples qui, s’ils ne sont pas tous nouveaux, illustrent bien la faiblesse de beaucoup d’agricultures de pays du Sud, exposées aux pestes végétales, aux médiocres moyens de stockage, au manque de transport… mais aussi le gaspillage de nos sociétés d’abondance. Au Royaume-Uni, un tiers de la nourriture achetée n’est pas consommé et, aux Etats-Unis, les pertes observées au niveau des différents systèmes de distribution sont estimées à  environ 100 milliards de dollars par an. A titre de comparaison, les besoins du Programme alimentaire mondial, qui vient au secours des populations souffrant de la faim, se sont élevés à  3,5 milliards de dollars (2,77 milliards d’euros) en 2008.

Au total, près de la moitié de la production alimentaire mondiale est aujourd’hui perdue, mise de côté parce qu’elle ne correspond pas à  des normes de marchés ou gaspillée lors de la consommation. Le PNUE relève ainsi que 30 millions de tonnes de poisson sont rejetées à  la mer chaque année. Des volumes qui suffiraient, selon l’organisation, à  assurer la moitié des besoins supplémentaires de pêche d’ici à  2050 pour maintenir le niveau de consommation de poisson par habitant au niveau actuel.

Le PNUE plaide par ailleurs pour que la valorisation de ces « déchets » serve à  nourrir le bétail, afin qu’une part croissante de la production mondiale de céréales ne finisse pas dans l’alimentation animale. Un tiers des céréales y est aujourd’hui destiné, 50 % le seront d’ici à  2050 si les tendances se poursuivent. Cela pourrait avoir des conséquences graves sur l’approvisionnement des populations dont, rappelle l’organisation, l’apport calorique journalier dépend en moyenne pour moitié des céréales.

Mais le rapport ne s’arrête pas là . Il suggère aussi que le recyclage des déchets soit orienté vers la production d’agrocarburants afin de limiter, là  encore, la concurrence pour l’exploitation des terres à  l’origine de la flambée des prix et de la crise alimentaire.
Laurence Caramel
Article paru dans l’édition du 19.02.09.

Publié dans Pêche: Gestion, Politique | Commentaires fermés sur Pour nourrir l’humanité, il suffirait de moins gaspiller

Impact des techniques de pêche sur l’environnement en Méditerranée

Publié dans Techniques de pêche... | Commentaires fermés sur Impact des techniques de pêche sur l’environnement en Méditerranée

A propos des quotas individuels « administrés » que la France met en place, voir le bilan désastreux des QIT (quotas individuels transférables) en Islande…

L’allocation « administrative » des quotas individuels ne fait guère illusion. Que ce soit les licences de pêche (expérimentées pour le chalutage en Méditerranée dans les années 75) ou les Permis de Mise en Exploitation pour la puissance et le tonnage des bateaux, ces deux systèmes administratifs d’allocation individualisée de droits de pêche ont engendré un renchérissement du coà’t des bateaux, soit en fait une monératisation du droit de pêche et une concentration de la flottille. Comment se sont construits des bateaux de 40 m en Méditerranée dans le cadre des mesures européennes de restriction des flottilles, si ce n’est en cassant des petits bateaux pour en faire des gros… S’il ne s’agit que d’une simple mesure de répartition annuelle ou saisonnière des quotas effectuée au cas par cas par les OP pour améliorer la gestion des bateaux, on comprend mal la nécessité d’un arrêté et d’une note ministériels.

Ci-après un bref panorama relayé par aquablog

– L’échec de la gestion de la ressource par les QIT

En 1983, l’Islande met en place un premier système de gestion par quota qui maintient les captures entre 300 000 et 400 000 tonnes. En 1991, le pays adopte les QIT et depuis les captures montrent une forte tendance à  la baisse. Elles sont passées de plus de 300 000 tonnes en 1991, à  près de 200 000 tonnes en 2000 puis 130 000 tonnes (+ 30 000 tonnes de « cadeaux ») en 2009.

– Avec les QIT, disparition des communautés littorales et des pêcheurs artisanaux

Les QIT ont eu une incidence énorme sur l’économie des pêches avec la concentration de l’activité autour de quelques grands armements.

Reprenons les constats socio-économiques de l’halieute, Jean-Michel le RY :

* le système des QIT  » vendus aux enchères  » a entraîné une spéculation folle entre armateurs, soutenus à  fond par leurs banques (dont on a parlé quelque peu ces mois derniers !),

*
le système des quotas ne fonctionnant pas  » captures régulièrement en baisse  » les armateurs ne pouvaient pas rentabiliser l’achat surévalué de leurs QIT,

*
certains choisissaient la fuite en avant en continuant à  s’endetter pour acheter des QIT supplémentaires, au nom du principe « et s’il n’en reste qu’un ‘,

*
d’autres ne trouvaient une solution que dans la fraude : entre poisson entier, mis en filets, « flaqué ‘, congelé, salé, séché, exporté sous un autre nomtous les moyens étaient bons pour pêcher plus que les quantités autorisées et paraître respecter les limites établies pour le cabillaud,

*
par ailleurs, le système de vente des QIT était un système « à  cliquet ‘ qui permettait à  un armateur industriel d’acheter des QIT de la pêche artisanale, mais pas l’inversede ce fait, de plus en plus de pêcheurs artisans devenaient salariés des armements de pêche industrielle ou quittaient le métier.

Des villages côtiers et isolés se sont vidés complètement de leurs habitants qui, autrefois, ne vivaient que de la pêche artisanale.

Devant l’ampleur du phénomène, et ne trouvant aucun soutien dans leur propre pays, deux pêcheurs sont allés devant le Comité des Nations Unies aux droits de l’homme pour faire valoir leurs droits ancestraux en matière de pêche (Source : Fishupdate)…

Avec la crise financière et économique islandaise, il est probable que des scandales vont être mis à  jour comme celui des quotas islandais « hypothéqués outremer »

Il semble que, suite à  la faillite de la banque Glitnir en Islande, des quotas de pêche, évalués à  161 millions d’US$ et 241 millions d’US$ et appartenant à  de grandes compagnies islandaises, aient été donnés en hypothèque à  des banques étrangères. Or, d’après la loi islandaise, un étranger ne peut pas posséder de quotas de pêche islandais. Si la propriété d’un quota de pêche tombe dans des mains étrangères, le propriétaire n’a pas le droit de pêcher dans les eaux islandaises et doit revendre son quota dans un délai de 12 mois.

(Source : Fishing News International, février 2009 / revue de presse du Collectif Pêche et Développement)

FEROE, ISLANDE : Deux modèles de gestion opposés, l’un marche et l’autre pas

« Les Islandais disent qu’ils en sont arrivés à  vendre le poisson qui est encore dans la mer. C’est une privatisation déguisée de la ressource. Il faut pêcher le quota avant de pouvoir pêcher le poisson, c’est tout un monde financier à  appréhender…

L’instauration de la politique des QIT a eu l’effet d’une bombe’…

Dans un article du Collectif Pêche et Développement, l’on peut voir que les àŽles Féroé ont du faire face à  un effondrement de captures de morues (entre 1988 et 1995) suite à  la mise en oeuvre d’une gestion par TAC et quotas. Une gestion alternative basée sur des jours de mer et des mesures de gestion territoriale (restriction des zones chalutables, etc…) avec des ajustements en fonction de l’évolution des débarquements rencontre de bons résultats. « Ce qui est déterminant, ce n’est pas le nombre de géniteurs, mais l’alimentation disponible… La sélectivité à  outrance et la surprotection des juvéniles a deux défauts majeurs. Elle cible la pêche sur les gros sujets, éliminant les meilleurs géniteurs, elle protège des juvéniles qui se concurrencent pour la nourriture disponible et s’affaiblissent. Il faut donc renoncer à  établir des quotas dans ce cas, ils sont contreproductifs »

* Un rapport récent publié par l’Université de Californie en avril 2008 vient conforter cette analyse : «La pêche, normalement, capture les individus les plus vieux, les plus gros des espèces cibles et les règlements imposent souvent des tailles minimales pour protéger les individus les plus jeunes et les plus petits. Ce type de réglementation est tout à  fait erroné. ‘ Pr. Sugika (FN, 25 avril 2008).

Voir les documents de Jean-Michel Le Ry sur le site du Comité Local des Pêches du Guilvinec ou en téléchargement ci-dessous :

Bilan des QIT en Islande par Jean-Michel Le Ry

Juvéniles ou géniteurs par Jean-Michel Le Ry

Publié dans Analyses | Commentaires fermés sur A propos des quotas individuels « administrés » que la France met en place, voir le bilan désastreux des QIT (quotas individuels transférables) en Islande…

Actualités du 9 au 13 février 2009

France : L’approche européenne des zones Natura 2000 commentée au Guilvinec

Lors de la dernière réunion de la Commission Langoustine, le Comité local des pêches du Guilvinec s’est penché sur le « Référentiel technico-économique de mesures de gestion des activités de pêche professionnelle dans les sites Natura 2000 », projet de réforme du contrôle des pêches européens que nous avons déjà  évoqué dans les « Actualités du 2 au 6 février ». S’il devait se transformer en règlement européen, le Comité des pêches maritimes du Guilvinec (directement concerné par le Parc Marin d’Iroise, la zone Natura 2000 dite des « Roches de Penmarc’h », mais également par les zones connexes dites des « Glénan » et de « Trévignon ») deviendrait de facto adversaire de la mise en place des zones Natura 2000 dont il accepte aujourd’hui d’être l’opérateur en liaison étroite avec la DIREN. Le gouvernement doit bien réfléchir avant d’accepter le texte européen en l’état.

Source : Fanny Brun, Collectif Pêche & Développement
Commission langoustine du CLPMEM du Guilvinec,
17 janvier 2009

France : 178 sorties de flotte en 2008

Ce n’est pas un décompte définitif puisque certains dossiers n’ont pas encore été liquidés. Mais on peut avoir une première idée du résultat des différents plans de sortie de flotte (PSF) en 2008. 178 navires auraient été concernés. Rapporté à  une flottille d’environ 5000 navires, cela équivaut à  un dégraissage de l’ordre de 3,5 % en un an. Pour l’anchois, 17 navires sont concernés, mais ce sont les pêcheurs de cabillaud qui fournissent le gros du bataillon (45 navires). De loin, c’est la Normandie qui paie le plus lourd tribut dans cette catégorie avec 32 navires. Le plan anguille fait le plein avec 51 unités. En Méditerranée, le plan merlu touche 12 navires et le plan thonaille 7 unités.

Source : Philippe Urvois,
Le Marin, 6 février 2009

France : Quotas individuels, l’expérience est lancée

Une note de service de la direction des pêches, datée du 16 janvier, précise les espèces et les zones pour lesquelles vont être expérimentés les quotas individuels administrés. Cette phase de tests va être menée conformément aux souhaits du gouvernement, formulés en octobre 2008, malgré les réticences de la plupart des professionnels, qui veulent préserver une gestion collective de la ressource. Les stocks retenus sont les suivants : Grenadier de roche, Langoustine, Lieu noir, Lingue bleue, Sabre et Sole, sur certaines zones. La date d’application est immédiate. « Les patrons langoustiniers ont peur d’aller, à  terme, vers des quotas individuels transférables ».

Source : Philippe Urvois,
Le Marin, 6 février 2009

France : La Scapêche teste le casier à  partir d’un ancien chalutier

Fini le chalutage pour le Zubernoa. La refonte en caseyeur de ce hauturier de 24 m, appartenant à  la filiale d’Intermarché Scapêche, a démarré en décembre. Le Zubernoa sera exploité en copropriété avec deux jeunes patrons du nord Bretagne qui détiendront 35 % du bateau. Cette association permettra à  la Scapêche d’acquérir du savoir-faire dans le métier du casier. L’armement opère cette diversification en synergie avec une autre filiale du groupe des Mousquetaires, les Viviers de la Méloine. Cet établissement, spécialisé sur les crustacés, doit consolider ses approvisionnements. Or, la flottille des caseyeurs est vieillissante et le métier n’attire plus guère. Les Viviers de la Méloine ont, d’autre part, perdu un de leurs fournisseurs réguliers en 2007 avec le naufrage tragique du Sokalique.

Source : Frank Jourdain,
Le Marin, 6 février 2009

Sénégal – Guinée Bissau, mer commune : 200 millions pour évaluer les ressources halieutiques

Le Sénégal et la Guinée Bissau renforcent leur coopération grâce à  l’Espagne. Les deux pays ont bénéficié d’un financement de 200 millions du gouvernement espagnol pour évaluer le potentiel halieutique de la zone maritime commune du Sénégal et de la Guinée. L’Agence de gestion et de coopération (AGC), créée en 1993 par les deux pays, a procédé ce samedi 7 février à  la cérémonie de lancement du projet.

Source : Awa Diédhiou,
Press Afrik, 7 février 2009

Des pêcheurs indonésiens sauvent 198 « boat people » au large d’Aceh

Les secours indonésiens ont récupéré le 10 février des « boat people » venant de Birmanie dérivant à  bord de bateaux en bois au large d’Aceh après 21 jours de mer. Certains étaient dans un état critique. Les 198 hommes avaient été trouvés par des pêcheurs locaux, 22 de leurs camarades étaient morts en mer et ils fuyaient la Birmanie de peur d’y être tués par l’armée. Ils étaient partis à  8 ou 9 bateaux, mais un seul a été retrouvé. Le 7 janvier, un groupe de 193 Rohingyas, ethnie musulmane du nord ouest de la Birmanie, avait également été retrouvé en mer.

Source : Dicky Kristanto, Reuters
Traduit de Samudra Alert News, 11 février 2009

Arrestation et détention de pêcheurs

De nombreuses communautés de pêcheurs à  travers le monde sont constamment confrontées à  ce problème. Des pêcheurs sont appréhendés pour présence non autorisée dans les eaux territoriales et la zone économique exclusive d’un autre pays. Ils étaient là  pour un certain nombre de raisons : accéder à  des lieux de pêche où ils avaient coutume d’aller, épuisement de la ressource dans leur pays d’origine, capacités accrues des flottilles de bateaux artisans qui débordent chez les voisins. Sur ce sujet, un site collecte des informations concernant 18 pays. Il renseigne aussi sur d’importants accords bilatéraux en matière de zones de pêche traditionnelles.

Source : Samudra n° 51, février 2009

Fanny Brun

Publié dans Actualités, Collectif Pêche et Développement | Commentaires fermés sur Actualités du 9 au 13 février 2009

Un cinquième des récifs coralliens a déjà  disparu, le reste est en grand danger

… L’Initiative internationale pour les récifs coralliens (ICRI) et l’Initiative française pour les récifs coralliens (Ifrecor) ont rendu public, mercredi 18 février, le bilan mondial de leur état. Ce travail, réalisé tous les quatre ans, mobilise quelque 400 chercheurs de 96 nationalités.

Selon leurs observations, le monde a définitivement perdu 19 % de ses récifs, 15 % risquent de disparaître dans les dix ou vingt prochaines années, et 20 % supplémentaires sont menacés de disparition dans les vingt à  quarante ans si rien ne change. Et ceci sans même tenir compte des effets du réchauffement climatique, qui constitue une menace pour la totalité de ces écosystèmes.

Les coraux abritent une vie foisonnante : un tiers des espèces marines décrites en dépendent. Leur survie est donc un enjeu pour la préservation de la biodiversité mondiale. Elle est aussi cruciale pour les 500 millions d’êtres humains qui en tirent leur alimentation. « Ils rendent d’autres services aux hommes, en protégeant les côtes contre les assauts de la mer, et en permettant le développement du tourisme », explique Bernard Salvat, le spécialiste des récifs coralliens qui représente la France à  l’ICRI. Selon une estimation du Programme des Nations unis pour l’environnement (PNUE), chaque kilomètre carré génère entre 81 000 et 488 000 euros de revenus.

Ces récifs subissent plusieurs types de pressions liées aux activités humaines et à  l’augmentation de la population. La principale cause de leur dégradation est la destruction du couvert végétal à  terre, qui, générant un afflux de particules dans les eaux, étouffe les coraux. Les polluants chimiques ou bactériologiques y aboutissent également.

La surpêche et l’utilisation de méthodes destructrices, comme la pêche au cyanure ou à  l’explosif, contribuent également largement à  leur mauvais état. Les récifs sont aussi détruits par la construction de ports ou de marinas, les prélèvements de sable pour le bâtiment, le piétinement des touristes…

Le réchauffement climatique, qui provoque leur blanchissement, constitue l’autre grande menace….

Publié dans Fonds marins | Commentaires fermés sur Un cinquième des récifs coralliens a déjà  disparu, le reste est en grand danger

Réforme des comités des pêches : quel lien entre l’Etat et l’échelon local ?

A propos du projet de réforme des comités des pêches, il n’est fait aucune mention de la gestion des pêches et des territoires réalisée sur chaque portion de littoral par les 120 prud’hommes nouvellement élus… A quand une articulation de l’Etat avec les gens de terrain et l’échelon local ?

Pour plus d’informations voir sur le site du Comité Local des Pêches du Guilvinec le tableau comparatif des mesures proposées et les réactions des Comités régionaux des pêches de Basse-Normandie, de Bretagne et du Comité local des pêches de Port-Vendres…

Publié dans La prud'homie | Commentaires fermés sur Réforme des comités des pêches : quel lien entre l’Etat et l’échelon local ?

Le code de bonne conduite censé promouvoir une pêche « responsable » n’est pas respecté

Faire appel à  la bonne volonté des Etats ne suffit pas pour limiter la surexploitation des océans. Telle est la conclusion d’une étude menée conjointement par des universités canadienne, brésilienne et le Fonds mondial pour la nature (WWF), publiée le 5 février dans un commentaire de la revue Nature. L’étude passe en revue les législations et les pratiques de pêche de 53 pays, responsables de 96 % des prises mondiales, et les met en regard du code de bonne conduite de l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO). Selon les estimations de la FAO, la moitié des stocks mondiaux est aujourd’hui exploitée au maximum de ses capacités, et 25 % sont surexploités.

Le code de bonne conduite, adopté en 1995 par 170 pays, visait à  promouvoir les pratiques de pêche « responsable » (lutte contre la surcapacité des flottes, respect d’aires marines protégées, soutien à  la pêche artisanale, interdiction des pratiques destructrices comme la dynamite ou les prises de juvéniles, etc.). L’objectif étant, tout en continuant l’exploitation commerciale, de préserver la capacité de reconstitution des stocks de poissons. Le code s’applique sur la base du volontariat.

DES NOTES INFÉRIEURES À 4/10

Selon l’étude, il est resté lettre morte. A partir de la littérature scientifique et d’enquêtes menées dans les pays, les auteurs ont élaboré une grille et attribué une note à  chacun en fonction de leur respect du code. Aucun ne décroche un « bon » score (supérieur à  7/10). En revanche, 53 % des pays ont des notes inférieures à 4.

Dans l’ensemble, les pays développés mettent davantage en oeuvre les bonnes pratiques que les pays en développement, mais des nuances apparaissent. De nombreux pays européens, dont la France, l’Espagne, l’Italie ou l’Irlande se voient attribuer des scores médiocres (de 4 à  5/10) bien qu’ils disposent de la stabilité politique et des moyens financiers nécessaires. En revanche, en tête du classement (plus de 6/10) figurent des pays riches (Norvège, Etats-Unis, Canada, Australie, Islande), mais aussi la Namibie et l’Afrique du Sud.

Certaines mesures sont particulièrement mal appliquées : 90 % des pays ne limitent pas la capacité de leur flotte de pêche, bien qu’il s’agisse du levier principal pour préserver la ressource. Seuls 15 % mettent en place des aires marines protégées. La majorité ne parvient pas à  limiter les rejets de poissons en mer, les prises accessoires, les prises de juvéniles… Les scores concernant la lutte contre la pêche illégale sont particulièrement bas.

« Le volontariat a sans doute été nécessaire pour obtenir l’accord des Etats lorsque le code a été mis au point, concluent les auteurs. Mais, depuis, les attitudes ont changé. Il existe aujourd’hui un consensus scientifique sur l’impact écologique de la surpêche, et les risques qu’elle comporte pour la sécurité alimentaire. » Ils appellent de leurs voeux la création d’un régime international contraignant.

Pour plus de détails, voir le site de la FAO

Publié dans Dans la presse | Commentaires fermés sur Le code de bonne conduite censé promouvoir une pêche « responsable » n’est pas respecté