Une expérience menée avec les pêcheurs

Une expérience menée avec les pêcheurs

Les petits métiers qui travaillent autour de la Réserve de Cap Couronne trouvent leur compte, un peu en quantité, surtout en taille. Quelques années en arrière j’étais réticent mais je ne le suis plus. Le résultat est flagrant par rapport à  l’autre côté du Cap. Les calmars sont de plus en plus nombreux et restent de plus en plus longtemps, à  croire qu’ils sont attirés. Est-ce l’effet réserve, un phénomène cyclique ?

Cette réserve, on y a tellement travaillé. On a fixé les limites géographiques : à  150 m du bord pour laisser tranquille le pêcheur à  la ligne et pour que les petits bateaux puissent caler à  ras de terre par mauvais temps. On a participé aux pêches expérimentales. C’est un peu notre projet aussi, on voulait être dans tous les coups. On voulait pas d’une appropriation par une entité extérieure. On voulait une gestion générale. Dans toutes les réunions, l’avis des pêcheurs est pris en compte. On a aujourd’hui une bonne vue sur l’évolution du stock d’oursins, ça marche. Les pêcheurs du port de Carro accueillent les classes mer -1500 enfants y passent – c’est quelque chose que l’on met en avant, nous ne sommes pas que des prédateurs. Sur l’impact des chaînes de mouillages, c’est venu de l’observation des pêcheurs professionnels en plongée.

C’est une expérience qui a évolué dans le temps, et puis on a une relation privilégiée avec Fred, le Directeur. On a travaillé plus sur le relationnel que fait le forcing avec affichage dans la presse.

Un modèle transposable de négociation

Cette expérience nous a servi pour travailler avec le Port Autonome. On met tous nos problèmes sur la table :
– Un parc marin ? Ok
– à‡a nous lève du territoire ? Ok
– Qu’est-ce qu’on va y gagner ?

Le Port Autonome a du s’agrandir. Malgré tout, en 5 ans, on est passé d’une zone d’exploitation de 3000 ha à  6000 ha : on récolte des moules, des praires, des palourdes, des clovisses en travaillant intelligemment « avec un pétrolier sur la tête ‘. On a 50 autorisations dans le Golfe de Fos, à  côté de la réserve. Cet agrément que nous avons négocié avec le Port, on y est arrivé grâce à  l’expérience des négociations avec le Parc Marin. Le Port s’agrandit en nous incluant et en nous aidant : on a pu dévier légèrement le trajet des navires pour préserver une zone de pêche. Après 8 jours de mer, les bateaux sont pas à  5 mn près et pour nous c’est important. C’est un partenariat avec une convention de bonne conduite. Le Comité local, la Prud’homie, les Affaires Maritimes et le Port Autonome sont co-signataires.

Nous siégeons aussi dans le Comité de suivi de dragage : 16 millions de m3 de dragage pour agrandir les darses On a fixé ensemble la zone des rejets et prévu l’indemnisation de dégâts éventuels aux chaluts. C’est un exemple de gestion concertée.

William Tillet, Prud’homme et
Président du Comité Local des Pêches de Martigues

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Le Parc Marin de la Côte Bleue : un cheminement réussi

« La réserve de Carry le Rouet a été créée, par un arrêté de cantonnement, en décembre 1982. L’idée de réserve n’était absolument pas comprise à  l’époque, sauf des pêcheurs professionnels. Ils ont toujours joué le jeu, lors des renouvellements de la réserve en 1985, en 1989 et ce sont eux qui ont proposé une deuxième réserve à  La Couronne. Elle a vu le jour en 1996. à‡a a été un peu un pari sur l’avenir car on augmentait le territoire sans avoir vraiment les moyens de le gérer.

En 1984, on a mis en place la première classe de mer du Rove, avec des bénévoles intéressés par les aspects pédagogiques du milieu marin. A partir de 1985, on travaillait avec des petits contrats qui permettaient de rémunérer un animateur pendant 3 à  4 mois Aujourd’hui, le Parc accueille annuellement 600 élèves pour des stages de 5 jours, et 250 enfants pour des animations ponctuelles.

A partir de 1984 on charge plus la charrette. Il faut construire un programme européen avec l’Office régional de la mer pour immerger des récifs artificiels au large de Sausset et du Rove, et mettre, à  la demande des petits métiers, des obstacles au chalutage (des récifs immergés en radiales) pour protéger la réserve de Carry et certaines zones littorales (moins d’1/4 de mille de la côte).

Y a rien eu de facile. On gomme souvent tous ces aspects de terrain : les difficultés administratives pour avoir l’autorisation d’immerger de nouveaux récifs, trouver les financements France Télécom nous a aidés car l’entreprise souhaitait protéger ses câbles sous-marins de la Couronne Vieille’.

« Le mouillage des bouées de balisage des 300 m, c’était franchement et de très loin la première atteinte aux herbiers de posidonies de la Côte Bleue. Avec le système proposé par le Parc marin aux communes, à  prix égal, il n’y a plus que l’impact du corps-mort sur le fond. Il n’y a plus de chaîne qui tourne avec le vent, le courant, qui pilonne et abrase l’herbier On compte 5 à  10 m² d’herbiers détruits autour du corps-mort pour chaque bouée. Quand on pense au nombre de bouées posées chaque année sur le littoral et au fait qu’elles ne sont jamais exactement à  la même place

J’ai longtemps été le seul permanent avec l’appui temporaire de CDD (contrats à  durée déterminée) et d’objecteurs de conscience. Du point de vue de l’emploi, la situation a évolué en 1998 avec les emploi-jeunes. On a pu créer 3 postes pendant 5 ans plus un poste saisonnier pour la surveillance. à‡a a pris de l’élan à  ce moment-là . Depuis la charge de travail n’arrête pas d’évoluer. Nous avons actuellement 5 permanents à  plein temps, dont 4 plongeurs professionnels, plus un demi-poste de secrétariat.

Les élus et les maires ont voulu qu’on fasse évoluer le statut associatif du Parc marin en un syndicat mixte comprenant 5 communes, la Région et le Département. Il fallait trouver des statuts qui conviennent à  tout le monde tout en gardant la représentation des pêcheurs professionnels. Le syndicat mixte est une forme officielle de coopération entre les collectivités qui se dotent de moyens financiers plus importants et plus stables pour gérer un secteur maritime.

Aujourd’hui, la structure est nettement plus stable et reconnue. Pendant des années, je craignais que tout cela s’arrête si je lâchais. Ce n’est plus une affaire de personne maintenant. Personnellement, je peux regretter parfois d’aller moins sous, et sur l’eau mais c’est une évolution nécessaire. à‡a me soulage de voir qu’il y a un fonctionnement, que je peux m’absenter, prendre des vacances

Enfant, mes parents avaient un cabanon aux Laurons, à  l’extrémité Ouest de la Côte Bleue, dans le Golfe de Fos. J’ai vu construire les usines et massacrer ce littoral. Mon père s’est interrompu pendant des années de chasser les muges et les loups qui avaient trop souvent le goà’t de « mazout ‘. Heureusement, la qualité de l’eau s’est considérablement améliorée dans les années quatre-vingt, et depuis 1993 le Parc Marin s’est étendu jusque là -bas ‘

Mon souhait : faire avancer ces idées de pêche durable, de gestion intégrée à  l’échelon des prud’homies, de mise à  disposition d’outils pour pérenniser les petits métiers de la pêche sur le littoral

Frédéric Bachet, Directeur du Parc Marin de la Côte Bleue

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Récifs artificiels : principal champ de récif artificiel en Région PACA avec l’immersion de 326 modules de protection et de 3000 m3 de récifs artificiels de production. Si les premiers permettent de réduire le chalutage dans la zone des 3 milles, les seconds, placés sur des fonds sableux dépourvus de roches et d’herbiers de posidonies favorisent la fixation et le développement d’espèces marines.

Rendements : dans la réserve du Cap Couronne, le rendement des pêches expérimentales, effectuées tous les 3 ans avec des trémails, a quadruplé. Les captures sont passées de 20 kg en 1995, avant la création de la réserve, à  91 kg en 2004. Le poids moyen individuel des poissons capturés a doublé : 216 g en 2004 contre 102 g en 1995.

Veille écologique :

– Suivi en routine des 2 réserves et de la colonisation sur les récifs, notamment à  l’aide de photos.
– 2 comptages annuels d’oursins, avant et après la saison de pêche, effectués sur 6 stations depuis 1994.
– Depuis 1992, une soixantaine de mérous capturés au filet par les professionnels ont été confiés vivants au parc marin pour être relâchés dans les réserves, certains après marquage.
– Observation des températures en profondeur dans les réserves : La Couronne (-17m), Carry (-11 et -23m). En été les coups de mistral peuvent provoquer des chutes de 10°C en l’espace de 24 heures (de 23° à  13° par exemple).
– Suivi du corail avec la Station Marine d’Endoume : 3 sites dans les réserves et un hors réserve.
– Suivi des herbiers de Posidonies : le long des 660 km de côtes rocheuses de la région PACA, le plateau continental jusqu’à  – 200 m est très étroit. La zone des petits fonds côtiers éclairés où peuvent se développer les herbiers de Posidonies s’étend sur une superficie de 31.000 ha, soit un carré théorique de 18 km de côté, soit encore une bande d’à  peine 480 m de largeur moyenne devant l’ensemble du littoral. C’est sur cet étroit linéaire que se concentre et s’intensifie la quasi-totalité des activités humaines : aménagement et urbanisation du littoral, ports de commerce, de pêche et de plaisance, rejets industriels et urbains, activités de loisirs (plaisance, pêche, plongée…) et une grande partie de la pêche professionnelle.

Dans les herbiers viennent se nourrir et se reproduire de nombreuses espèces, particulièrement les poissons. Une quantité importante de matière organique y est produite grâce à  l’énergie solaire. De là , les nutriments sont exportés vers les grands fonds non éclairés et quasi désertiques. Ainsi dans cet espace où se joue la plupart des mécanismes-clefs de l’écosystème méditerranéen, un effort de gestion apparaît comme prioritaire pour assurer le maintien et le développement des activités régionales.

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Comme des cheveux tirés en arrière…

Comme des cheveux tirés en arrière…

le soleil caresse son visage

qu’elle offre aux nues d’une douceur opaline.

Comme la clarté de son regard,

le refrain des vagues enamourées

berce ses oreilles libérées des mèches en bataille.

Loin du cri des enfants et des vaillants surfeurs,

dans l’immobilité du soleil qui décline

et des pierres qui s’érodent,

insérée là  dans ce tableau vivant,

elle en partage les instants

de ses yeux grand ouverts, confiants

à  l’aplomb du monde et de son front dégagé.

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Baudroie ou lotte : « C’est un poisson qui pêche à  la ligne… »

C’est un poisson qui pêche à  la ligne

Les Baudroies se tiennent sur les fonds meubles du plateau continental et se reproduisent entre septembre et mars. C’est la saison où on les capture plus facilement, par pleine lune ou lune descendante.

«On cale les “entremaoux ”([Trémails ou filets à  3 nappes superposées)] sur le matelas : sur la posidonie([Plante à  fleur qui constitue les herbiers)] . Après, elles s’alarguent et vont sur les pierres fouares([Les pierres au large)] . Là , tu cales tes sugetières (trémails à  langoustes) et tant tu prends une baudroie de 10, 12 ou 14 kg’.

Les mots de Clairin* : «Ca se prend aussi au palangre mais ce poisson, il bouge pas, il se met dans son trou, il pêche à  la ligne, il a une ligne sur la tête. Il se fait flotter ça devant et quand il y a un petit poisson qui vient voir ce que c’est, il le bouffe. C’est un poisson qui pêche à  la ligne ! Il peut bouger, il nage mais c’est un poisson balourd dans l’eau. C’est pas un poisson rapide. Il a un trait, il va sauter mais après c’est comme les rascasses, ça bouge pas trop dans l’eau. La baudroie ça m’est eu arrivé d’en prendre au palangre mais il faut que l’appât lui tombe devant, alors tant elle le prend. Et puis alors dès fois tu arrives pas à  la sortir. Tu fais péter.


* Clairin Deïnès, ancien pêcheur du Brusc

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Baudroie ou lotte

Baudroie grillée : La queue de baudroie est ouverte en deux dans sa longueur, macérée dans du citron et de l’huile d’olive, et grillée de chaque côté.

Baudroie pochée : Elle est plongée dans un court-bouillon d’eau salée. Arrêtez le feu dès que l’eau frémit sinon votre poisson perdra tout à  trac forme et saveur. Servez avec un filet d’huile d’olive ou une sauce.gribiche. Pour celle-ci, mélanger un oeuf dur (ou même mollet) écrasé avec une vinaigrette, quelques câtres, des cornichons en rondelles et du persil hâché.

Baudroie rôtie : Piquée d’ail, salée, poivrée et arrosée d’huile d’olive, la baudroie est rôtie au four.

Joues de baudroie : «On retire la peau et la joue apparaît. Après, avec l’opinel, on s’appuie sur un cartilage et on suit la cavité osseuse pour dégager la joue. Avec une grosse baudroie, on obtient des petits steaks sympathiques que l’on cuisine à  la poêle avec une persillade. on peut aussi les faire paner ou les faire revenir avec de l’oignon et une sauce tomate pour manger avec des pâtes
‘.

Pain de baudroie : Faites un coulis avec 1 oignon blanc et une gousse d’ail émincés revenus dans l’huile, ½ kg de tomates pelées et coupées, 2 poivrons rouges pelés, épépinés et coupés en dés. Cuisez le tout 20mn. Faîtes pocher 700 g de baudroie dans un court-bouillon d’eau salée, agrémenté si vous le désirez d’échalote, persil, thym, laurier, poivre. Retirez les filets de poisson. Battez 6 œufs avec du sel, du poivre, du curry et une branche de basilic et mélangez-les au coulis. Dans un moule à  cake beurré, alternez la moitié du coulis, les filets de poissons et l’autre moitié du coulis. Cuisez au four, au bain-marie, therm. 5/6 (150°C) environ ¾ d’heure. Servez froid avec une salade et de la mayonnaise.

Baudroie en brochettes([Recette de Sophie H. Marty)] : Coupez votre poisson en dés que vous enfilez sur des piques en alternant avec des morceaux de poivron cru de différentes couleurs, d’oignon cru, de petit-salé fumé et de tomates cerises. Les faire mariner une demi-heure dans un mélange : citron – huile d’olive – sel – poivres mélangés – marjolaine (origan). Les faire griller quelques minutes sur la braise ou sous la salamandre du four en les tournant.


Le foie de baudroie c’est le foie gras de la mer : dénervé et juste poêlé ou mi-cuit.

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L’embornier et le congre

Le congre, il se prend tout seul quand il veut

Prédateur vorace, le congre chasse de nuit poissons, crustacés et poulpes. C’est en venant dévorer une prise dans le filet qu’il se fait prendre quelquefois. Tournant alors sur lui-même et dans tous les sens pour se dégager il enroule les mailles. Démêler une torque([Torque ou touarque : toile entortillée autour d’une bouillie de chair mâchée et d’arrêtes)] de fiella relève parfois du cauchemar.

Le congre noir (Bec fin) vit dans les petits fonds rocheux, les enrochements des digues. Le congre blanc (Commun) affectionne les épaves, la vase et les éboulis rocheux des grands fonds jusqu’à  300m.

Au moment de la maturation sexuelle, entre 5 et 15 ans, le squelette se décalcifie, les dents tombent et ces adultes meurent après le frai. Celui-ci a lieu en été, en eau profonde, et la femelle pond entre 3 et 8 millions d’œufs.

Les larves, transparentes et pélagiques restent entre 100 et 200m de profondeur pendant 1 à  2 ans. Après leur métamorphose, elles gagnent les eaux côtières peu profondes.

Les congres se capturent, par sourd de lune([Nuits d’obscur car le congre craint la lumière et la lune)], à  la palangre armée d’un fil costaud et de gros hameçons, au trémail([Filet à  3 nappes superposées pour les poissons de fond. La battude est souvent trémaillée, elle se compose d’une nappel simple qui affleure et d’un trémail à  sa base)], à  la battude trémaillée ou encore dans une nasse : l’embornier.

L’embornier

Les mots de Clairin* : «On a le jambin ou l’embornier, une nasse exprès pour le congre, une nasse d’1m à  1m50 de long pour 50cm de diamètre. On esque ce panier avec du poulpe que l’on a fait un peu brusqué (brà’lé). Rien que l’odeur Le congre, il marche à  l’odeur. Tu le laisses toute la nuit avec du poulpe amarré entre 2 bâtons. Tu le mets de manière que le congre ne peut pas l’attraper ou s’il essaie, il rentre la queue. Car tant qu’il a un bout de queue dehors, il ressort, il fait marche arrière. Il y a un filet devant l’entrée, un filet qui fait bourse et qui s’écrase en venant dedans. Alors à  l’intérieur, il est très aplati. Le congre, il trouve pas la place pour pouvoir passer. Mais s’il y a laissé la queue, il fait marche arrière et il ressort. Et il rentre que s’il est obligé. Lui, il le sait qu’il a une queue mais quand il peut pas attraper l’esque, tant dès fois il se laisse aller et il rentre. La murène, c’est un peu comme ça aussi mais en principe les murènes sont un peu moins grosses, quoiqu’il y en a de belles. Et puis alors la murène, c’est combatif. On cale pour les congres mais le congre, il a peur de la murène. Si dans le panier, il rentre une petite murène, le congre il rentre plus. Ca fait que tu n’en prends jamais !

* Clairin Deïnès, ancien pêcheur du Brusc

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Congres : comment les distinguer ?

Conger conger (Famille des Congridés)*

Le congre commun a le dos gris plus ou moins foncé ; sa nageoire dorsale commence à  l’extrémité de la nageoire pectorale et ses yeux sont assez petits. (Taille max : 3 m Prof. : 0-300m)

Le congre bec fin (Gnatophis mystax) a le dos brunâtre et la queue noirâtre ; sa nageoire dorsale commence à  mi-longueur de la nageoire pectorale et ses yeux sont assez grands. (Taille max : 60cm)

Le congre des Baléares(Ariosoma balearicum) est gris-brun plus ou moins doré ; sa nageoire dorsale commence à  la base des pectorales et ses yeux sont grands et rapprochés. (Taille max : 50 cm)

L’anguilles (Anguilla anguilla), à  l’inverse des congres, a la mâchoire inférieure saillante. La nageoire dorsale commence loin de la nageoire pectorale et le dos est noirâtre. (Taille max : 1,5m)

* Cf. Patrick Louisy – Guide d’identification des poissons marins – Europe et Méditerranée – Editions Ulmer 2002

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Battude trémaillée et oblade

C’est un poisson qui ressemble au sar et qui a ses titres de noblesse

L’oblade vit en bancs, toujours en mouvement entre le fond et la surface selon l’heure et la saison. Elle fréquente les fonds rocheux, les herbiers littoraux et s’alargue([ Prendre le large)] en hiver. Très vorace, elle mange des algues, des invertébrés et des larves, elle chasse fréquemment à  l’aube ou au crépuscule.

Anciennement, on la pêchait à  la canne, en matinée et dans l’écume, après l’avoir attirée en “broumégeant” c’est à  dire en jetant une pâte odorante (broumé) à  la mer. On la piège aux battudes toute l’année et surtout au printemps lors du frai, à  l’automne et les nuits de demi-lune. Quand elle nage, elle se prend parfois dans un trémail([Filet de 3 nappes superposées, calé au fond de l’eau)] à  grandes mailles.

La battude trémaillée

Ce filet a dans sa partie supérieure une nappe simple et à  sa base un trémail constitué de 3 nappes superposées. Comme il joint le fond à  la surface, sa hauteur (10/40m) dépend des zones travaillées. D’une longueur de 200 à  300m environ, il est calé en forme de point d’interrogation pour dérouter les poissons et les pousser à  s’emmailler. Le pêcheur recherche des fonds d’herbiers où il ne dérive pas et ne s’accroche pas mais aussi des zones où les poissons ont leur façon de passer. Habituellement, il est mis à  l’eau pour la nuit.

Les mots de Clairin* : «Le poisson quand il frappe dans un filet qui fait mur, il a tendance à  descendre. Même s’il ne se prend pas dans la maille de la nappe parce qu’il est trop gros ou qu’il cherche à  s’échapper, il descend “s’embourser” dans le trémail. En bas la baille est la même qu’en haut alors il ne pourrait pas se prendre s’il ne rentre pas la tête dans la maille. Mais s’il continue à  pousser, il va passer le filet dans les grandes mailles qui peuvent faire 20, même 40 cm de côté. Alors en poussant là -dedans, il fait une bourse et il s’enferme dans cette bourse puis il se met à  tourner, puis il la tord et il ferme la bourse. Des fois, il crève le filet et il s’en va. Des fois, il reste.’

* Clairin Deïnès, ancien pêcheur du Brusc

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Langoustines

Dans un grand faitout  » genre marmite à  pot au feu  » je mets un fond d’eau chaude du robinet (4 à  5 cm) et 2 poignées de gros sel. Je verse 3 à  4 kg de langoustines bien fraîches  » les vraies, celles pêchées du jour par les côtiers – et je rajoute un peu de gros sel. Je fais chauffer et au bout de 3 minutes, l’eau remonte bien car les langoustines rendent de l’eau. Je passe et je sers avec de la mayonnaise. Pour moi l’essentiel, c’est de ne jamais les recouvrir d’eau pour la cuisson. C’est l’eau qui remonte et qui les cuit pratiquement à  la vapeur. Quand elles sont bien fraîches, je mets rien de plus sinon ça donne un goà’t qui n’est plus celui de la langoustine.

Quand elles sont glacées, qu’elles viennent des hauturiers de la Mer Celtique, elles ont tendance à  devenir molles. Je rajoute une giclée de vinaigre dans l’eau, ça les affermit et ça change pas le goà’t. Et je laisse même pas 2 mn à  la cuisson. Celles-là , on peut les cuisiner en sauce.

Les galathées, y en a de moins en moins. Elles se conservent moins bien, elles noircissent plus facilement. Pour la cuisson, c’est le même principe mais, là , l’eau ne remonte pas à  la surface. Il ne faut pas laisser plus de 3 minutes non plus. Le goà’t est un peu plus sucré, je les préfère aux langoustines même s’il y a peu à  manger.

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Gestion collective : la langoustine du Golfe de Gascogne – les Prud’homies méditerranéennes de pêcheurs

Conscience d’un territoire : l’Eldorado a des limites

« Quand le jardin est petit, il vaut mieux s’organiser ‘
« Mieux vaut faire un petit baquet tous les jours qu’un gros et plus rien après ‘

Avec la modernisation des flottilles, l’Atlantique découvre ce que la Méditerranée sait depuis plus de 1000 ans, de par l’étroitesse de son plateau continental et le faible niveau d’abondance des ressources marines qui en découle.

Avant on disait : « Quand y aura plus à  pêcher ici, on ira là  ‘. Aujourd’hui, y a plus un centimètre carré de non exploité, c’est un champs qu’on doit gérer et cultiver. Depuis 10 ans, on a conscience qu’on a fait le tour… La ressource naturelle, on doit la gérer collectivement et intelligemment surtout.

Retour sur la communauté de pêcheurs, son identité artisanale :

Sur la langoustine du Golfe, on n’a pas trop de concurrence, on peut s’entendre entre nous. Sur les autres espèces, il faut gérer avec les flottilles espagnoles, écossaises, hollandaises… Mais il faut réserver les 200 milles nautiques aux artisans. Il y a, à  20 milles de nos côtes, des 80-100m de long qui pêchent en un jour ce que les artisans ne pêchent même pas en une année

Tous les pêcheurs d’une zone adhèrent obligatoirement à  la prud’homie qui gère le territoire. Il nous faut une certaine égalité des chances dans ce petit jardin.

Des règles collectives pour accorder les hommes et la nature :

* Accès aux ressources : gestion par métier (licences) ou de territoire (droits d’usage)

Avec les licences, toutes les techniques sont bien encadrées, avec des mesures précises. Plus de 3000 licences organisent la pêche en Bretagne et 250 permis de pêche spéciaux (PPS) structurent la pêche de la langoustine sur les vasières du Golfe entre Penmarch et Oléron (bateau ≤ 20m, langoustine ≥ 9 cm, interdiction des 3 funes en Bretagne).

La licence, peut-être en Atlantique ça marche mais l’Atlantique est vaste et a des marées, les pêcheurs peuvent se spécialiser dans des métiers et des ressources spécifiques. Montagnes sous-marines ou lagunes, et biodiversité : en Méditerranée, les petits métiers côtiers polyvalents doivent pouvoir exercer plusieurs techniques dans la même journée, changer d’un jour à  l’autre, s’adapter en fonction des saisons, de la météo. Les opportunités ne sont pas si grandes. Chaque métier est réglementé techniquement et par des droits d’usage limités dans le temps et dans l’espace. S’il y a concurrence sur un espace ou une ressource, la prud’homie attribue des postes de pêche par tirage au sort. Quand c’est possible, un tour de rôle répartit les chances… Certains métiers (pêche à  pied des palourdes, petite drague) ou certaines zones abritées, on se les garde pour les jours d’intempéries. C’est la poire pour la soif.

* Préserver le renouvellement : répartir la pression dans le temps et
dans l’espace, protéger les juvéniles et certaines frayères

Les Organisations de Producteurs gèrent maintenant les rythmes de capture afin de ne pas dépasser des quotas globaux annuels. « Trier au fond plutôt que sur le pont ‘ : un panneau de maille carrée fixé sur le chalut laisse échapper 40% à  50% de petits merluchons qui fréquentent les vasières : une innovation élaborée, testée et imposée par la profession en réponse à  une proposition européenne (suicidaire pour la pêche à  la langoustine) d’élargir à  100 mm la maille des culs de chaluts. L’échappement des petites langoustines, à  l’aide d’une grille, est en cours de perfectionnement.

La multiplicité des engins et des techniques sélectives et leur permutation « laissent reposer les fonds et les espèces alternativement ‘. Les tailles minimales des mailles et des hameçons comme la protection des moutons (arrêt de la pêche sur certaines frayères) complètent le dispositif.

* Veille sur les innovations technologiques et les conditions de rentabilité

Notre objectif est d’installer des jeunes sur des bateaux dits génériques L’idée est qu’on les fasse en série, qu’ils ne coà’tent pas trop cher (puissance limitée, peu de consommation de gas-oil) pour que le nouveau propriétaire ne soit pas incité à  développer un effort trop important sur la ressource pour rentabiliser des prêts et couvrir ses coà’ts.

Par la règlementation, on fixe les bases de la compétition entre les pêcheurs. Les prud’hommes surveillent les changements techniques et prennent des mesures de précaution : « Ce métier-là , on se l’est interdit ‘. Sinon, c’est un peu comme si pour travailler un même jardin, certains avaient un tracteur et d’autres une pelle.

Projet atlantique de labellisation, démarche-qualité varoise, ces produits se doivent d’être valorisés en tant qu’issus de terroirs spécifiques et de pratiques de capture respectueuses des hommes et de l’environnement.

L’accès au métier de pêcheur

* La transmission d’une culture, d’un art de vivre plutôt qu’un barrage à  l’entrée, scolaire ou financier

Aux jeunes, il faut leur transmettre le sens et le goà’t du métier, la culture qui va avec ; ça s’apprend surtout en mer Avec la formation actuelle, ils vont faire que des capitaines au long cours ! C’est un gros problème pour l’avenir La formation doit être adaptée à  nos petits métiers.

Certains aujourd’hui seraient prêts à  acheter des jours de mer. L’argent prend alors le dessus, c’est à  celui qui peut investir, on rentre dans une spirale On n’est pas là  pour faire de l’argent sur la ressource, il faut pas qu’on devienne esclave de notre métier.

* Des partenaires à  la gestion

Les détenteurs de bateaux génériques signent une charte de bonne gestion dans laquelle ils s’engagent à  respecter les règlements mis en place par la Commission langoustine et à  participer à  la mise au point des nouveaux dispositifs.

Nous cherchons constamment à  préserver la qualité de nos territoires littoraux et effectuons, de fait, un travail de veille écologique.

Un statut de « laboratoire ‘ pour construire l’avenir

C’est une pêcherie expérimentale, un banc d’essai avant la Mer Celtique ! C’est sà’r que l’on n’aurait pas fait tout ça, on aurait déjà  des quotas individuels transférables, une façon de transférer peu à  peu la capture d’une ressource commune aux grands armements industriels

Rares sont les expériences de gestion collective encore à  l’œuvre. La nôtre a fait ses preuves mais notre avenir passe par la reconnaissance de notre mode de gestion territorial au lieu d’une gestion par métier. Concrètement il s’agit de valider nos principes prud’homaux et leurs applications locales, en lieu et place de mesures européennes généralistes qui condamnent nos métiers (thonaille, gangui, battude trémaillée..), et d’un permis national pour la puissance des moteurs (PME) destiné à  réduire les pêcheries pléthoriques alors que le renouvellement de notre profession est menacé. En bref, que l’on nous accorde un statut de « laboratoire ‘, ce que nous sommes.

Un engagement professionnel à  soutenir

Le secteur des ressources humaines dédiées à  la bonne gestion du golfe est insuffisant. Les bonnes volontés sont réparties le long des 400, 500 km de côtes, c’est jamais facile à  manager Il y a des intérêts contradictoires, ça hurle de partout, on arrive à  trouver des solutions après des heures de réunion mais nous ne sommes pas assez nombreux.

Fortes de leur culture héritée, les prud’homies sortent de 40 années de résistance face à  une politique productiviste : l’institution a été désavouée par sa tutelle étatique et doublée d’un système de représentation peu adapté aux petits métiers de Méditerranée (secteur sans tradition syndicale, identité fondée sur les communautés artisanales de pêcheurs). Seule l’articulation de ces deux systèmes, demandée par les prud’homies, permettra une représentation effective de la gestion prud’homale aux niveaux étatique et européen

Soutenir l’embellie était plus facile que de gérer la pénurie.
Le travail des organisations professionnelles est stressant aujourd’hui.
Renverser la colère en créativité est épuisant parfois.

Publié dans Gestion communautés pêcheurs | Commentaires fermés sur Gestion collective : la langoustine du Golfe de Gascogne – les Prud’homies méditerranéennes de pêcheurs