Les étangs palavasiens : un territoire prud’homal à  gérer

« Y a 200 ans en arrière, Palavas était pas créé et le Lez était pas canalisé. Un coup il se déversait au bout de l’Etang du Prévost, un coup il se déversait vers la Campagne St Maurice. Il chassait comme ça suivant la force qu’il avait. Son lit était là  où il est canalisé. Quand y avait la crue, il se déversait sur les côtés. Donc un kilomètre de chaque côté, un truc large. Ici, ceux qui venaient, c’était les pêcheurs de Sète parce qu’ils trouvaient que ces étangs étaient poissonneux. Ils venaient l’été ou l’automne pour pêcher là . Ils faisaient les cabanes au bord du Lez. Et quand y avait la crue, le Lez il chassait et foutait toutes les cabanes en l’air. Il fallait qu’ils reconstruisent toutes les cabanes. Quand ils ont été plus nombreux, ils ont construits des cabanes en dur et ils ont canalisé le Lez. Palavas n’existait pas qu’on y pêchait déjà  !

Pendant des années, la station d’épuration de Montpellier était dépassée, la pollution arrivait dans les étangs par la rivière du Lez. Les ulves se sont développées. C’est une algue que quand il fait chaud elle se décompose rapidement et ça fait des malaïgues [1] généralisées. Il a fallu se battre. La nouvelle station avec un émissaire en mer a été ouverte en 2006. La prud’homie a été favorable à  l’émissaire en mer à  condition qu’il y ait un traitement supplémentaire par bio-filtration, ce qui s’est fait. C’est un acquis important. On demande également un contrôle automatique en continu, avec des prélèvements toutes les heures sur les matières organiques en suspension.

Il y a moins d’ulves qu’avant. A la place, il y a des algues comme du crin, elles se décomposent moins vite et résistent mieux à  la chaleur. Comme ça fout pas le feu à  l’étang, y a moins de malaïgues et ça te fait moins pêcher. Mais moi je dis : sur le long terme, on va s’y retrouver.

Avant même que la station fonctionne, on n’avait déjà  plus les ulves. Rien que de savoir que les papiers allaient être signés pour la station, ça allait déjà  mieux dans l’étang ! L’étang, il commençait à  frémir déjà  !

C’est un pêcheur, il avait mis des barres en travers, il faisait sécher les filets dessus. Il a enlevé les barres en travers et il a laissé ça planté parce que c’était dur. Alors les cascails lui ont poussé autour. C’est « Ficopomatus enigmaticus ‘, là  t’es renseigné ! C’est des mattes de calcaires qui ont la forme de tubes, que dedans il y a un vers. A force, ça fait des récifs, des murs et tu perds de la surface d’étang. C’est du à  la mauvaise qualité de l’eau

La vie dans les étangs dépend de la circulation de l’eau, les étangs se comblent et devraient être dragués, tout comme les roubines : les communications entre les marais et les étangs.

Dans l’Etang de l’Or qui est plus saumâtre que les autres mais qui connaît des pics de salinité dévastateurs pour les espèces, il faudrait installer des vannes à  partir du Canal du Bas-Rhône pour déverser de l’eau douce à  la saison chaude.

Il y a aussi la question de la propriété des étangs. On s’est battu pour essayer de récupérer le droit de pêche dans un étang qui était racheté par le Conservatoire du Littoral. Il faudrait faire valoir nos usages sur certains étangs privés

Les pêcheurs se sont opposés aux projets de comblements et de lotissements des étangs par la Commune. Sur l’un des projets, nous avons perdu, l’association a été attaquée à  titre collectif et 5 membres du conseil d’administration (dont 2 prud’hommes) ont été attaqués à  titre individuel pour « abus d’ester en justice ‘. Nous avons été condamnés à  payer 2 millions de frs. Depuis, l’amende a été réduite à‡a crée un précédent. Sur d’autres projets, on a pu empêcher ou limiter l’urbanisation.

Nous, on souhaite des buses sous les voies pour faire communiquer les trous d’eau avec les étangs. à‡a sert aussi en cas de crues et d’inondations. L’eau ne s’étale plus si on construit. »

Jean-Pierre Molle, patron pêcheur Premier Prud’homme de Palavas


Complément d’informations :

Formation des étangs : Après la dernière glaciation (il y a 6000 ans) le niveau de la mer monte. L’apport d’alluvions des fleuves et des galets refoulés par la mer forme le lido. Au 16ème siècle, une seule lagune s’étend d’Agde à  l’embouchure du Rhône. Au 17ème les baies se ferment en arrière du lido. Au 18ème, le canal du Rhône à  Sète coupe les lagunes sur toutes leurs longueurs. L’urbanisation des bassins versants poursuit la modification de ces étangs.

Des milieux riches, fragiles et menacés : Ces étangs sont riches  » les milieux lagunaires produisent trois fois plus que la forêt tropicale  » et étendues (3700 ha). Réceptacles des bassins versants (480.000 habitants entre Sète et Montpellier) et de faible profondeur (70 cm en moyenne), ils sont très fragiles. Adossés à  un cordon littoral voué aux fonctions balnéaires et résidentielles, ils sont soumis à  la pression grandissante de l’urbanisation.

Des risques d’inondations : à‡a commence toujours par du mauvais temps et des tempêtes à  la mer suivies de fortes pluies. Les étangs se remplissent d’eau salée, ils sont déjà  pleins quand la pluie arrive. Il faudrait freiner le remplissage par les ports, les graus et le lido : installer des portes sur Palavas et le Grau du Prévôt, finir le lido, renforcer les dunes

Un nouveau paysage institutionnel : Depuis quelques années, les politiques de gestion de l’eau et des sites naturels concourent à  la préservation de ces milieux. Mais la multiplication des structures [2] et des réunions alourdit la charge des prud’hommes : Quand tu as fait le tour de toutes ces structures, des réunions où il te faudrait aller Ils font souvent les réunions le matin, tu travaillerais plus à  l’étang. Et puis y a tous les trucs à  toi, toi, tu provoques des réunions : la création de la chambre froide pour laquelle il faut réunir l’architecte, le CEPRALMAR, le Conseil Général, la Région

Tu vois ces taches noires au fond, c’est du limon, c’est gluant, c’est très difficile pour arriver à  le sortir de l’eau, ça se met par paquets avec le froid. Ca se met dans les trous, ça bouche les trous. Et là  où y a pas de trous, on voit que c’est plus marron que d’habitude. à‡a a une odeur, la même que celle des filets quand je les fais sécher  » je pense que c’est l’ammoniaque  » Un jour j’en ai parlé à  un scientifique. La réponse c’est : « Ne nous demande pas ça parce que c’est pas prévu dans nos programme ‘. Baraque, avec ça tu vas loin !

Nous la pêche, il nous faut diversifier

« Avant c’était très réglementé [3] mais il y avait beaucoup de pêcheurs (80 pêcheurs sur l’Etang de l’Or, 10 aujourd’hui). Grosso modo, ce qu’on dit, on le fait surtout dans les petits étangs. Il y a moins de concurrence et moins à  pêcher, on est un peu plus sociable. Les anciens, quand tu étais calé, ils allaient en sens inverse pour chercher un autre endroit. C’était des vrais pêcheurs, nous, on est des gangsters américains !

C’est plus facile de gérer dès lors que les types ne sont pas spécialisés toute l’année sur la même espèce. Sur 68 pêcheurs de la prud’homie, 22 à  23 travaillent dans les étangs et 5 font l’étang et la mer. Il y en a 3 qui voudraient aussi aller à  la mer et qui ont acheté une barge de 7m mais on ne leur donne pas de PME [4]. On oblige ces types à  rester à  l’étang alors qu’il faudrait limiter la pression sur l’anguille. Tu as 2 choses qui se croisent et qui vont pas ensemble : l’exploitation sage et durable des étangs et la distribution de KW. Soi-disant, la distribution de KW est faite pour gérer la ressource ! Là , c’est tout le contraire.

Nous la pêche, il nous faut diversifier, et un plan de gestion c’est le moyen de rentrer dans la gestion européenne ; c’est le moyen de faire comprendre que quand on supprime une activité, automatiquement l’effort de pêche, il va s’accroître sur une autre. Tu prends le cas de la thonaille. Si l’Union européenne l’interdit, le report de cette flottille sur le merlu, sur la sole ou sur la bande côtière, ça va faire effondrer les autres espèces et tu vas faire couler les pêcheurs qui y travaillent. C’est pas ça qu’il faut faire, c’est pas adapté. J’espère que l’Union européenne en a conscience »

Entretien avec Jean-Pierre Molle, Prud’homme de Palavas


L’info en quelques clics :

Posidonie : « Préservation et conservation des herbiers à  Posidonia oceanica ‘, un rapport très complet, bien illustré et téléchargeable sur le site de Ramoge. D’autres informations sur le site du GIS Posidonies. A noter que cette espèce aux multiples qualités est protégée juridiquement [5].

Sites classés, zones inventoriées : voir le site de la DIREN (Direction Régionale de l’Environnement). Pour DIREN PACA, suivre « Données ‘ puis « Données communales ‘.

Informations sur la réglementation pêche de loisirszones de mouillages

Informations concernant les aménagements et travaux sur les plages ou la bande côtière : contacter la Direction Département de l’Equipement (DDE) ou la Direction Régionale de l’Environnement (DIREN).

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Alerte sur l’anguille

L’anguille semble déserter nos estuaires et nos rivières. Espèce complexe, difficile à  suivre entre son lieu de reproduction dans la Mer des Sargasses, ses déplacements au stade larvaire grâce à  l’action des courants atlantiques, sa dissémination sur les côtes d’Europe du nord et du sud, sa longue croissance de l’état de civelle au stade juvénile (anguille verte) puis mature (anguille argentée).

Que se passe t-il dans l’océan au moment de ses longues migrations ? Etait-ce l’action du réchauffement climatique, des courants qui agissent sur les larves, des virus qui affaiblissent les géniteurs lors de leur long retour vers la Mer des Sargasses, des barrages sur les rivières et les fleuves, de la pollution ou de la pêche qui réduisent les populations dans les milieux lagunaires et les cours d’eau ?

Personne aujourd’hui n’a de réponse. D’abord cette espèce qui change de milieu dérange le clivage de nos institutions spécialisées dans les eaux douces ou marines. Les observations sur les captures de civelles signaleraient un stock en mauvais état et soumis à  un processus en chaîne qui conduirait à  sa disparition. En milieu lagunaire, la relative stabilité des captures militerait pour une vision plus optimiste. Toujours est-il que nous pouvons agir principalement sur le cycle de croissance sur nos côtes (barrages, qualité des milieux, pêche)

Pression des lobbies des pêcheurs de civelles, des aquaculteurs qui les font grossir, des transformateurs qui les fument et les conditionnent ? L’Union Européenne a proposé de protéger, par la réglementation de la pêche, les géniteurs au détriment des civelles. Indignation des pêcheurs méditerranéens qui se sont toujours refusés à  pêcher la civelle malgré son prix élevé et qui gèrent depuis plusieurs décennies la pêche des anguilles vertes et argentées dans les étangs tout en essayant de préserver la qualité de ces milieux.

«

- C’est fou de vouloir protéger les choses si y a plus personne pour en profiter.

- S’il y a plus de pêcheurs, on saura plus rien sur l’anguille ‘

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Thon rouge : de la thonaille à  la canne, bilan négatif pour les artisans et l’environnement

Avec l’interdiction de la thonaille, nous nous sommes reconvertis à  la canne. Nous avons 8 cannes à  bord et pêchons à  la traîne, à  une vitesse de 8 nœuds. Chaque poisson est remonté à  bord au fur et à  mesure de sa capture. Nous avons perdu 50% de nos captures et de notre chiffre d’affaire par rapport à  la thonaille. Déjà , nous ne prenons plus les prises accessoires : espadon, grande castagnole. Quant au germon, il a disparu avec l’augmentation du thon rouge. Nous pouvons, en principe, travailler 3 à  4 mois. L’été dernier, nous avons bien pêché en juillet. Au mois d’aoà’t, il y avait mauvais temps. En septembre, notre quota était épuisé. Pour être rentable, il nous faudrait un quota de 10 tonnes par bateau (bateau de moins de 12m, 2 à  3 hommes à  bord). Une tonne de poissons, cela paie tout juste le gas-oil.

Avec la thonaille, on travaillait d’avril-mai à  octobre. On était un peu plus limité par le mauvais temps et la lune mais les captures étaient plus importantes : de 20-30 à  parfois 100 poissons dont des espadons et des grandes castagnoles, avec des filets de 2500 m. C’était suffisant, et bien diversifié, pour le marché local. La moitié se vendait à  quai et le surplus aux mareyeurs. A la canne, on prend en moyenne 20 poissons et uniquement du thon. Il doit rester 9 bateaux à  faire ce métier, dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Les débarquements sont très contraignants et sans fondement pour la pêche artisanale vendue à  quai. Il faut appeler les gendarmes 4h avant, que ce soit des jours ouvrables Ils savent bien qu’à  la ligne, on ne prend qu’une vingtaine de poissons. Nos captures sont équivalentes à  celles de la pêche récréative. Les plaisanciers ont droit à  un poisson de 30 kg par jour mais comme il y a 1000 bateaux et qu’ils sont peu contrôlés

Certains patrons ont du licencier leur matelot. Pour conserver mes deux matelots, j’ai du reporter mon activité sur d’autres espèces côtières qui sont déjà  bien exploitées (merlu, dorade rose, sabre, soupe, rouget, langouste) alors que le poisson le plus abondant et le plus facile à  pêcher et à  valoriser, est le thon. Je suis obligé d’avoir trois fois plus de matériel et de travailler beaucoup plus pour compenser avec les autres métiers (trémails à  langoustes, filets maillants à  merlus, battudes, palangres de fond et palangres fins, trémails à  rougets, soupe et rascasses, tautenière ou calamarette, escombrière). Pour nous comme pour la gestion environnementale, c’est un mauvais choix. Nos captures sont dérisoires par rapport au stock de thon rouge, et nous avons montré que l’impact de la thonaille sur les mammifères marins était négligeable.

Voir aussi :

– Thon rouge, espadon, dorade rose : pour une réglementation qui colle au terrain

– Thon rouge : la voix des pêcheurs artisans

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Thon rouge, espadon, dorade rose : pour une réglementation qui colle au terrain

Cibler les capacités de pêche et les droits d’usage, s’adapter en continue au territoire

- « La réglementation prud’homale a toujours ciblé les capacités de pêche et les droits d’usage. Il faut une réglementation qui n’entraîne pas de rejets inutiles et qui s’adapte, dans le temps, aux conditions de pêche sur le territoire. L’an dernier, nous n’avons pas pu prendre de merlus. C’est une pêche qui se pratique au large, il y a eu beaucoup de mauvais temps, les poissons ne se regroupaient pas, il y avait trop de courant pour pêcher On doit pouvoir s’adapter à  notre environnement immédiat. Ce n’est pas gérable de Bruxelles »

Des règles applicables et justes

- « C’est comme la taille minimale de la dorade rose qui est passée du jour au lendemain de 18 à  33 cm ! C’est une espèce sans quotas, ciblée seulement au palangre. 33 cm, cela correspond à  des poissons de 500 à  600 g qui sont difficiles à  vendre à  la clientèle. Le plus demandé, c’est des poissons de 200 à  300 g, soit 25 cm environ. Ca se joue à  très peu. Une taille de 25 cm serait raisonnable d’autant plus que ce poisson est pêché à  300 m de fond et qu’il est mort quand il remonte à  bord. Encore une fois, on doit rejeter du poisson mort. Ce qui est incompréhensible, c’est qu’il est surtout ciblé en Atlantique (en grande quantité par les pélagiques) et que, là -bas, la taille minimale est de 25 cm ! Nos mareyeurs font venir d’Atlantique des poissons de plus petite taille »

Des règles cohérentes et réalistes pour la pêche artisanale

- « Aujourd’hui, Bruxelles envisage un encadrement avec permis de pêche spécial pour l’espadon. Pour nous, c’est une espèce qui n’est pas en danger, elle revient chaque année, elle n’est ciblée que de temps en temps au palangre. L’Europe a fixé un arrêt de 2 mois, en octobre-novembre, pour cette espèce. C’est le meilleur moment pour la prendre, le moment où elle s’approche des côtes. C’est un peu comme si on interdisait la cueillette des champignons en automne. Quand on veut plus de pêcheurs, on ne s’y prend pas autrement ».

Entretien avec Jean-Michel Céi, premier prud’homme de Sanary sur mer

Voir aussi :

– Thon rouge : la voix des pêcheurs artisans

– De la thonaille à  la canne : bilan négatif pour les artisans et l’environnement

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Thon rouge : la voix des pêcheurs artisans

Incompréhension :

- En septembre dernier, la mer regorgeait de thons. De mémoire de pêcheur, je n’en avais jamais vu autant ; si on laisse faire, d’ici 4 à  5 ans, ils arriveront au bord des côtes comme du temps des madragues.

- Fin avril, début mai, ils étaient même dans les plages, dans la baie des Sablettes. Il parait qu’on les voyait aussi du sémaphore de Villefranche. Ils n’avaient jamais vu autant de poissons sous leurs pieds !

- Au printemps, dans la baie de Sanary, ils étaient en-dedans du Rouveau (petite île qui ferme la rade). En juillet, on a bien pêché ; en aoà’t, nous avons eu du mauvais temps, et en septembre, il n’y avait plus de quotas. Le marché local était demandeur et on avait l’interdiction de le pêcher car notre quota était atteint ‘.

NB : Le quota global pour les pêcheurs artisans de Méditerranée française est de 98 tonnes pour 80 bateaux (160 familles environ)

Injustice :

- En un coup de senne, un grand senneur peut prendre plus de trois fois les captures de toute notre flottille de pêcheurs artisans (soit 300 t). Nous, en France, on nous a interdit la thonaille alors que les italiens, à  5 km de la frontière, continuent à  pêcher au filet dérivant. D’un côté d’une ligne imaginaire, on voit des filets neufs sur le quai, et de l’autre côté des filets brà’lés…

- Sur les côtes d’Afrique du Nord, les thons sont pêchés sans quotas, sans taille minimale et sans contrôle. C’est pourtant la même espèce qui navigue. Faute de thonaille, nous avons du nous reconvertir à  la canne ou à  la palangre. à‡a représente une diminution des captures et du chiffre d’affaire de 50 à  80%. Contrairement à  d’autres pays ou régions, nous n’avons bénéficié d’aucune aide pour nous reconvertir. Seuls les bateaux qui partaient à  la casse ont été indemnisés.

- Si nous détenons aujourd’hui un permis de pêche pour le thon, ce n’est pas le cas de certains petits métiers côtiers qui pratiquaient la canne, ou la ligne au broumé, depuis longtemps. Aujourd’hui, tous ces petits métiers côtiers sont interdits de prises accidentelles (thon et bientôt espadon) capturées avec l’escombrière (filet à  palamides) ou autres…

Incohérence :

- La limite des tailles minimales à  30 kgs dans une région où ne naviguent pas les poissons de grande taille n’a pas de sens. Dans le même temps, les frayères sont surpêchées alors que de mémoire de prud’homme la protection d’une espèce à  risque cible d’abord les zones et les périodes de frai.

- Les zones de frai étaient à  interdire en premier. La réglementation a été faite pour le marché japonais ni plus, ni moins. Les thons les plus chers sont les géniteurs qui ont la chair la plus grasse, juste avant le frai.

- Des petits, y en a en pagaille. Ils sont pris avec un rapalo (leurre ou faux maquereau) mais on ne voit pas la taille. On est obligé de les remonter à  bord. Mieux vaudrait fixer une taille minimale de 10 kg ou 15 kg pour éviter de rejeter du poisson mort. En moyenne, dans notre région, le poisson fait entre 15 et 20 kg, les plus de 30 kg représentent peut-être 2 à  3% des captures.

- Le quota qui nous est attribué n’est pas en rapport avec la rentabilité des bateaux. Il faudrait un quota de 10 tonnes par bateau pour être rentable sur 3 à  4 mois de pêche (bateau de moins de 12 m avec 2 ou 3 personnes). De toutes les façons, en pêchant à  la traîne avec 8 cannes, on n’a que 2 bras, on ne prend en moyenne qu’une vingtaine de poissons par sortie (aux extrêmes, cela peut aller de 3 à  30 poissons par sortie).

Risque environnemental :

Avec les lobbies environnementalistes et la politique des pêches qui se fixent sur une espèce plutôt que sur le territoire dans son ensemble, la gestion devient dangereuse. La démesure des moyens techniques et financiers pour la capture industrielle du thon rouge ne doit pas s’étendre aux autres espèces ou au littoral. Que ces armements se reportent sur une flottille de petits bateaux (sennes ou autres) qui cibleront les espèces littorales est le plus grand danger environnemental, social et économique. Avec de grands armements, l’on n’est plus dans une pêche artisanale mesurée qui concilie, dans le temps, l’activité d’une communauté de pêcheurs avec les richesses de son territoire. Compte tenu de la dimension des armements et de la taille des bateaux dévolus au thon rouge, s’ils doivent rester dans la pêche, mieux vaut qu’il reste sur une espèce en bout de chaîne alimentaire.

- Si ces bateaux doivent rester dans la pêche au thon, il faudrait revenir à  la réglementation de 1980 et aux limitations prud’homales : des bateaux de moins de 25 m qui partent à  la journée et dont les captures correspondent à  une réalité environnementale.

Revenir aux fondamentaux :

- Le poisson, c’est une nourriture et non une marchandise qui va à  l’autre bout de la planète. Aujourd’hui, on nous dit qu’il faut rejeter des poissons morts, rejeter de la nourriture à  la mer… Ce n’est pas ce que nous ont appris les générations d’avant.

- On construit des bateaux toujours plus gros – y a qu’à  voir les articles dans le dernier Marin – pour aller piller les zones des pays du sud. On exporte nos thons et on importe des cochonneries (saumons d’élevage aux pesticides par exemple). Il vaut mieux vendre et consommer localement nos produits de bonne qualité.

Entretien avec Didier Ranc, Prud’homme de La Seyne sur mer et Jean-Michel Céi, Prud’homme de Sanary sur mer

Voir aussi :

– Thon rouge, espadon, dorade rose : pour une réglementation qui colle au terrain

– De la thonaille à  la canne : bllan négatif pour les pêcheurs artisans et l’environnement

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Poisson flà’te pêché à  St Raphaêl

4 spécimens de poisson flà’te pris par les pêcheurs professionnels à  St Raphaêl et dans les environs…

Voir à  ce sujet, notre article : Des espèces de la Mer Rouge arrivent sur nos rivages

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Confessions d’un pêcheur marseillais

Christian Guarino pêche dans les eaux marseillaises depuis vingt-cinq ans. Amour du poisson, méfiance vis-à -vis des sushis à  emporter, bonne soupe… il nous raconte son métier…

Aux quelques restaurants qui exigent du poisson frais, de la nuit, il a réservé une belle part de sa moisson « en tout, vingt-cinq kg de pélamides vendus 12 euros le kg.

«Nous sommes quelques survivants pêcheurs: au Vallon des Auffes, il y avait vingt-trois pêcheurs en 1980. Aujourd’hui, il en reste trois

Ses filets, qu’il prend soin de disposer dans les eaux bleutées, font trois-cents mètres de long et trente de haut.

«C’est un métier physique, sportif, le sol bouge et ce sont les genoux qui prennent. L’humidité pendant cinq heures, ce sont des rhumatismes assurés. Je m’y suis habitué‘…

«Mon père me disait: dans la pêche, tu manges quand tu n’as pas faim, tu bois quand tu n’as pas soif. C’est une occupation irrégulière.’

Le marin en ciré rouge se désole de constater le déclin de la pêche en Méditerranée.

«Il y a du travail pour la jeune génération. Moi, je suis mon propre patron, je suis libre de mon temps et on me paie cash à  la fin de la semaine, confie-t-il, content de son sort. Les restaurants que je fournis me sont fidèles, mais exigeants. Le chef nippon du Shabu-Shabu, le meilleur japonais de Marseille, veut trois poissons vivants par jour Gérald Passédat, qui a tant œuvré au Petit Nice pour mettre en valeur la variété et la qualité des poissons et crustacés, en veut bien plus…

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Gouvernance de l’Arctique : les tensions actuelles prennent des allures de nouvelle guerre froide

.. Cette zone pourrait contenir un quart des réserves mondiales de gaz naturel et de pétrole. La diminution saisonnière de la calotte glaciaire ouvre également la voie à  de nouvelles routes maritimes et à  de nouvelles ressources halieutiques….

Aujourd’hui, les cinq Etats côtiers de l’Arctique (Russie, Norvège, Canada, Danemark et Etats-Unis) font valoir leurs droits sur les fonds marins en vertu des textes internationaux sur les droits de la mer. D’autres parties, dont l’UE et la plupart des ONG environnementales, souhaitent une gouvernance multilatérale aux vues des enjeux environnementaux propres à  cette zone. D’aucuns craignent que cette course au pôle Nord soit source d’instabilité politique…

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Repas et projection-débat au lycée hôtelier de Toulon le 10 nov 2010

Télécharger affiches (la deuxième) :

Cette rencontre fait suite à  la dégustation par une classe du lycée hôtelier de Toulon des apports de la pêche d’un prud’homme pêcheur au Port du Niel

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Projections-débats à  l’IPFM de La Seyne le 9 nov. 2010

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Pour plus d’information sur :

Attention hypothermie

Cry sea et le festival pêcheurs du monde 2010

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