Clapage en mer : des pêcheurs de Lesconil rencontrent le commisseur enquêteur

Ci-joint, un compte-rendu savoureux et frappé au coin du bon sens autour de quelques ponts forts :

– le sable propre peut servir à  recharger le cordon dunaire et protéger les maisons des tempêtes, de même que les vases et sables peuvent conforter les terres-pleins portuaires : parole d’expériences contre science de la « granulométrie »

– un précédent clapage sur un site fréquenté régulièrement par les ligneurs de bar a eu pour effet de chasser les lançons – et donc leurs prédateurs que sont les bars – pendant plusieurs années

– les zones de clapage proposées sont régulièrement chalutées par les langoustiniers « parce qu’elles sont giboyeuses mais aussi parce qu’elles sont les plus proches et offrent un abri des vents dominants pendant l’hiver… ». Enfin, ces sites de clapage comprennent 2 zones rocheuses, « des pointes de roche brute qui sont des endroits stratégiques pour la reproduction de la langoustine qui y trouve un refuge pour y abriter des amours ancillaires ».

Les pêcheurs font remarquer qu’ils ne sont aucunement opposés au développement d’une mixité pêche-plaisance qu’ils ont eux-mêmes soutenue, et sont favorables au dévasage du port de Lesconil, notamment pour des raisons de sécurité.

Ils rappellent qu’un ancien site proposé par les pêcheurs côtiers « avait été retoqué parce que situé à  0,2 milles à  l’intérieur d’un cercle de 6 milles centré sur le phare de Penfret dont l’îlot porte une espèce endémique et protégée, le Narcisse des Glénan. Heureux d’apprendre l’existence de cette fleur inscrite au patrimoine, ce qu’aucun professionnel alors ne soupçonnait, ils l’ont été un peu moins lorsqu’on leur a expliqué que leurs lieux de pêche n’étaient pas dignes de figurer en si bonne compagnie. Et qu’un casier, même pas judiciaire, pouvait supporter ces quelques milliers de tonnes de vase qui risquaient pourtant de donner des boutons à  un narcisse situé à  11 km de là . Mais les fleurs, c’est comme les croyances, ça force le respect. »

En conclusion, les pêcheurs sont inquiets de ces vases qui seraient déversées sur le palier de leur bureau (les zones de pêches qu’ils fréquentent tous les jours) et jugent que ce procédé serait un contrat « perdant-perdant » pour les pêcheurs comme pour la collectivité en ce qui concerne la gestion littorale. En ce sens, « ils ne veulent reconduire leurs sables et vases à  aucune de leurs frontières, maritime ou terrestre ».

Lire le compte-rendu figurant sur le site du Comité Local des pêches du Guilvinec

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La révolution des « villes lentes » gagne la France

… La municipalité de Segonzac est la première de France à  adhérer à  Cittaslow, le réseau international des « villes lentes ». Inspiré du slow food, le mouvement est né en Italie en 1999 et promeut une gestion municipale centrée sur la qualité de vie, l’économie de proximité, le respect des paysages…, en réaction aux zones commerciales et industrielles, à  l’étalement pavillonnaire et au tout-voiture devenus l’ordinaire d’un urbanisme débridé…

Cent quarante villes de 21 pays ont déjà  adhéré à  cette charte de 70 obligations…

Ouverture d’un parc public, rénovation de bâtiments viticoles en bureaux, retour du petit commerce, réhabilitation d’un réseau de ruelles piétonnes et cyclables, <b>structuration d’un marché de producteurs locaux,</b> investissement dans la petite enfance et la maison de retraite, création de jardins partagés, transformation de la station d’épuration en bassins filtrants naturels… les chantiers ne manquent pas…

Paradoxalement, pour la petite commune, l’adhésion à  Cittaslow a entraîné… une formidable accélération du temps. Des journalistes comme s’il en pleuvait, des appels incessants d’urbanistes, de municipalités…

Epicentre du phénomène dans l’Hexagone, Segonzac travaille aujourd’hui avec la direction de Cittaslow pour enrôler d’autres communes et constituer un réseau français de villes lentes…

Pour en savoir plus

Slow Food France

Cittaslow

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« Nous nous opposons au courant dominant de l’urgence ‘

L’objectif de Cittaslow est de bâtir des villes où les gens vivent plus heureux. De grosses erreurs ont été commises ces dernières décennies en matière d’aménagement, entraînant une consommation effrénée de ressources et de territoire. Les villes perdent toute identité, tout lien social. La lenteur, cela consiste à  redonner la priorité à  l’humain, à  réduire notre consommation, à  arrêter le gaspillage, <b>à  mettre en valeur les produits et les savoirs locaux.</b>..

Le monde de Cittaslow, ce sont des centaines de petits projets dans la solidarité, l’énergie, le tourisme, l’éducation, avec au centre la question de l’alimentation et la place du paysan. L’industrialisation de l’agriculture a été catastrophique pour la santé, pour l’environnement et pour l’économie. Nous devons revenir aux circuits de proximité…

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La trace des hommes Roger Saragossa

Quand il y a le respect du poids du filet, du poids des panneaux et de la force motrice, tu peux démontrer à  n’importe qui que le gangui n’abîme pas le fond… Roger Saragossa

Surprenante cette poignée d’hommes et de prud’hommes qui sagement  » inexorablement pourrait-on dire  » affirme son sens du métier, son expérience de gestion collective. Une manière de vivre, héritée d’anciens confrères, prolongée, modelée, affinée en toutes circonstances.

Roger est de ceux-là . Alerte malgré les années, il n’a jamais capitulé. Au fond de la rade d’Hyères, un drôle de village, son village ; coupé du monde par les Salins, il fait corps avec les herbiers. Longtemps, ces quelques maisons rassemblées autour du Port Pothuau ont vécu au rythme de la pêche, des marais salants et de la Marine. Les Salins rachetés par le Conservatoire du Littoral et les maisons par de « riches ‘ vacanciers, le village cherche un nouveau souffle.

Roger n’en manque pas. Les herbiers, il les connaît pour les avoir travaillés tout au long des années. L’histoire du gangui, il en sait tous les détails : les moindres changements techniques, les débordements de la fin des années quatre-vingts, les tempéraments des hommes  » pêcheurs, administrateurs, politiques  » qui gravitent autour, l’effort de la profession pour défendre le métier  » le vrai  » auprès des instances européennes, la pression de l’argent tout autour – spéculation immobilière, industrie touristique – qui menace village et herbier.

Un combat aux allures de titan pour préserver cette symbiose. Aux masses d’argent, d’hommes, de voix, à  la démesure des intérêts, à  la multiplication des échelons et des instances, l’on oppose ici la durée, celle de quelques hommes qui ne plient pas.

Le Port Pothuau aux Salins d’Hyères

C’est un pêcheur des Salins, François Gourdon, qui en 1920 inventa le gangui à  panneaux. La traction se faisait alors à  la voile.

Roger Saragossa, ancien prud’homme des Salins d’Hyères

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C’est un goéland qui m’avait pris en affection quoi

Chaque fois qu’il me voyait arriver sur le Rouvelon là , pof, à  bord. Et puis il venait pêcher, il venait tirer les filets avec moi. Des fois le soir il venait les caler quand ça lui plaisait mais surtout le matin parce que le matin y avait du poisson. Alors je montais un poisson blanc une bogue : c’était pour lui ! Et il le savait. On partait comme ça et je lui parlais, je lui parlais, il me répondait. Alors, il se mettait à  côté de la roulette, là  – du guindeau qui tire le filet – et il regardait le fond, il regardait monter le poisson. Quand y en avait… il savait que c’était pour lui. Les rascasses, il les voulait pas, lui, ça pique ! Une bogue, une bogue ravel , un petit sévereau , il savait que je les lui donnerai. Alors, il m’en parlait déjà  ! Et puis il me marquait les gros aussi. Les gros, quand ils décollaient d’en-bas, lui, il les voyait. A 20 m sous l’eau, ils y voient ces oiseaux – même plus – et moi j’y vois pas.

Un jour, c’était l’époque des baudroies Té pof,

– « cha, cha, cha ‘ qu’il me dit.

Il me dit qu’il y en a un qui décolle du fond. Trente secondes après, il me dit :

– « cha, cha, cha ‘

alors je lui dis :

– « Mais tu me l’as déjà  dit ! ‘

Alors méchamment, il me dit :
– « cha, cha, cha, cha, cha, cha ‘.

Bien entendu il y en avait un sur la roue… et 10 m plus loin y en avait un autre de baudroie ! L’air de dire : « Moi, j’ai pas besoin de lunettes pour y voir au fond ! ‘ Mais les baudroies c’était pas pour lui, il le savait, il les touchait pas, il touchait pas le poisson, ni rien du tout. à‡a faisait plaisir et puis quand il en avait marre, qu’il avait bien mangé, tant des fois il restait, des fois il partait parce qu’il avait à  faire.

Un jour, j’ai resté… – je sais pas si j’étais malade – j’ai resté longtemps d’aller à  la mer, longtemps ça veut dire 2 mois, 3 mois… Et pof, quand j’arrive sur le Rouvelon, là … je pensais plus à  mon oiseau. Pof à  bord et puis pof, pof, pof, pof ! Quatre autour du bateau, des petits ! Ils risquaient pas de monter à  bord, ils avaient peur. Et lui, il leur parlait, c’était sa famille, il venait me présenter sa famille. Ils étaient quatre qu’ils sont pas encore blancs, ils ont le duvet marron. Ils voulaient un peu s’approcher, j’avais pas de poissons à  leur donner, ni rien du tout, mais ils voulaient un peu s’approcher du bateau mais on sentait une réticence. Lui il leur disait :

– « Mais non, c’est pas pareil que les autres, ça c’est un bonnard ! C’est un ami de la maison et vous risquez rien, vous pouvez rester ‘

Et puis, ils ont resté… parce que moi je faisais route ; doucement, doucement, j’allais au large. Au bout d’un moment, il me dit :

– « Maintenant tu as vu ma famille, je m’en vais ‘

et tout le monde est parti ! à‡a s’apprivoise facilement… Et tant qu’il était, y avait personne qui serait venu à  bord, il se faisait respecter. C’est le seul que j’ai eu comme ça, y en a qui venaient pas loin, qui me regardaient travailler mais ils venaient pas à  bord. à‡ui-là  il avait eu le culot une fois, et puis il était venu et on avait parlé comme ça. Y a un certain quelque chose dans la voix, une certaine intonation… On se comprend pas – je peux pas vous dire qu’il comprenait ce que j’ui disais mais ça se sent – Voilà . Il s’était mis en confiance avec moi. Tu as des intonations dans la voix que toi-même tu ne maîtrises pas… Quand tu parles à  un chien, à  un cheval, c’est pareil.

Clairin Deïnès, ancien pêcheur du Brusc

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Une gestion communautaire

Photo Philippe Joachim

Face à  la pression de l’activité humaine, les limites environnementales conduisent à  raisonner en termes de territoires : « Gestion intégrée des zones côtières, développement durable, approche holistique des mers et des océans avec une politique maritime intégrée, intersectorielle et multidisciplinaire ‘, nos modèles économiques s’incarnent dans l’espace et le temps, nos politiques d’aménagement sectoriel se décloisonnent. Avec la finitude qui infléchit l’horizon, vient l’ère du partage organisé

Dans ce contexte, la longue expérience de gestion territorialisée des prud’homies n’est pas inintéressante. L’on y découvre que, centrée autour des hommes, la prud’homie cherche à  négocier, avec les représentants des autres secteurs, le maintien de ses droits d’usage et la préservation de l’environnement.

Avec les pêcheurs, l’institution affirme à  tous les niveaux l’aspect collectif ou communautaire :

● dans le choix des prud’hommes

Si un prud’homme ne savait pas dans une embrouille entre pêcheurs ? Tu l’aurais pas élu ! Un prud’homme il fallait qu’il sache tout. Un prud’homme c’est pas n’importe qui. D’abord on mettait déjà  pas vieux à  la retraite – mais un type qui avait déjà  20 ans de pratique. Il était au courant de tout. Un type qui trichait toute l’année sur une chose, quand il arrivait devant le prud’homme  » même qu’il ait un semblant de raison  » le prud’homme, il lui disait : « Oh ! On se connaît ‘ C. Deïnes

● dans les arbitrages

La question du jugement prud’homal ou de l’arbitrage n’est pas tant de sanctionner une infraction que de « solutionner un conflit, rétablir la mesure de ce qui est toléré ou non, réinsérer le contrevenant dans la communauté ‘
Philippe Joachim

● dans les principes qui colorent les discussions et dans les décisions règlementaires

Il faut éviter qu’un métier n’en chasse un autre

Les règlements destinés à  concilier l’exercice de différents métiers ou de différents pêcheurs en concurrence sur un territoire ou une ressource donnent la priorité aux métiers les plus contraints dans le temps et dans l’espace, généralement ceux qui sont les moins efficaces.

Photo Chantal Théry

Tout le monde doit pouvoir vivre de son métier

Le plus gros travaille au détriment du plus petit, comme le bulldozer et la petite cuillère qui seraient utilisés sur un même champ. L’idée est de se battre à  armes égales. A armes inégales, le plus gros prend le poisson de l’autre. A terme, on tombe dans le surinvestissement car tout le monde s’équipe. Les modes d’action sur la ressource doivent être équilibrés avec une notion de partage.

C’est le moyen de capture qui compte, plus un peu de connaissances, de chance, de vaillance, de travail Sur les étangs, l’écart de revenus est de 1 à  3 mais non de 1 à  50 F. Marty

L’objectif, c’est pas de vider la mer mais de bien en vivre, et d’en laisser
à  nos enfants

Pour adapter la pression de l’effort de pêche aux caractéristiques du territoire, chaque métier est réglementé en tenant compte des métiers les plus contraints, ce qui conduit à  une certaine harmonie dans la pêcherie avec un alignement des métiers sur ceux à  faible capacité de capture.

Photo Philippe Joachim

Un métier, il vaut mieux le réglementer que de l’interdire, par rapport à  ceux qui en vivent

Lorsqu’un métier fait vivre des pêcheurs de la communauté, il vaut mieux le réglementer strictement que de l’interdire. Question de bon sens : la réglementation doit pouvoir être applicable et le braconnage conduit à  tous les excès.

● dans la prise en considération quasi-individuelle de chacun

Dans la prud’homie, chacun a sa place : il faut soutenir les jeunes qui prendront la relève, les aider à  se former, aider pécuniairement celui qui aurait un grave problème de santé, progresser avec ceux qui vont de l’avant, prendre le temps d’expliquer aux autres

Plus que des règles, il s’agit d’une culture, d’un code de déontologie et d’une organisation collective des bases de la compétition entre les acteurs : empêcher que certains, par la concentration du capital et leurs usages, ne monopolisent l’espace ou les opportunités de pêche au détriment des autres, fixer les conditions minimales pour que chacun puisse gérer la ressource sans se sentir lésé par les autres, qu’il puisse travailler en confiance tout en respectant le travail des autres

Photo E. Tempier

La Prud’homie, c’est vieux mais on s’adapte sans cesse. Un nouveau métier qui apparaît, on l’intègre, on voit s’il ne pose pas de problèmes aux autres métiers Dans nos règlements par exemple, on calcule le temps de trempage des filets en fonction de la taille des mailles et de la grosseur des fils. On se casse la tête pour expliquer les règlements aux jeunes pêcheurs qui ne connaissent plus les savoir-faire. C’est une codification des usages. Après, la gestion est individuelle et non écrite (Christian Décugis).

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L’environnement pour territoire

Photo Philippe Joachim Source de vie

« Je voudrais laisser le souvenir de gens qui ont beaucoup travaillé, une mer propre et poissonneuse, une lagune qui ne soit pas souillée et un air pur et bien iodé car c’est à  la jonction de ces trois éléments que la vie a pris forme avec quelques rayons de soleil ‘

Raymonde Deïnès, femme de pêcheur du Brusc
in « Nous, femmes de pêcheurs en Méditerranée ‘
Indigo et Côté-femmes éditions 1997

et de connaissances

« Le temps passant, je constate que l’essentiel de mon savoir et de ma vision du monde, je le dois moins aux leçons des maîtres et à  la culture afférente qu’à  une infinité d’expériences toutes enracinées dans le rapport que j’ai entretenu, enfant, avec la nature

Du village de mon enfance, j’ai tout appris qui se déplie maintenant comme une voile immense dans laquelle s’engouffrent les vents porteurs pour de longs et passionnants voyages. L’eau, la terre, l’air et le feu Regarder la nature permet d’entendre l’écoulement des secondes. Solstices et équinoxes, canicules et hibernations, chaleurs lourdes et épaisses, ralentissements et accélérations, la nature raconte des rythmes et musique le réel en un genre de symphonie dont les paysans et les marins connaissent les mouvements Dans les forêts proches de mon village natal, j’ai expérimenté mon corps comme celui d’un animal aux aguets Les rythmes cosmiques, les travaux et les jours, l’éternel retour, les formes du temps, la place dans le système solaire, le réel fractal, les deux infinis, la pratique de l’infinitésimal, le devenir-animal, l’identité bestiale des hommes, l’empire de la nécessité, les sensations primitives, la leçon des bêtes, autant de vérités autant de matière pour constituer un caractère, tremper un tempérament ‘

Extraits d’un texte du philosophe Michel Onfray : « Les promenades d’un rêveur solitaire ‘
in « L’archipel des comètes ‘ pp. 142/153. Editions Grasset & Fasquelle 2001

Lieu d’observation

« Il y aurait un point intéressant à  faire, c’est montrer la très grande différence qu’il y a entre les données scientifiques universitaires générales et les observations pragmatiques des pêcheurs, la connaissance de terrain ‘

Patrice Francour
Professeur de biologie marine, Université de Nice

Temps de respiration

« L’idée du Cantonnement du Cap Roux de la Prud’homie (480 ha) est venue des anciens pêcheurs qui travaillaient là -bas et qui se gardaient cette zone pour l’été. Cette zone est éloignée du port et exposée à  tous les vents. Maintenant, les jeunes vont en janvier par beau temps, avec des bateaux rapides. Les jeunes qui arrivent, ils ne connaissent plus la culture, il faut tout leur écrire Donc les vieux pêcheurs n’y allaient plus puisque c’était déjà  exploité. Ils ont donc été d’accord pour faire la réserve : « Perdu pour perdu, autant que ce soit perdu pour tout le monde ‘. En fin de compte, c’est gagné pour tout le monde !

J’espère que cela continuera. On modifiera un peu le périmètre pour qu’il soit plus opérationnel au niveau de la surveillance. Les professionnels joueront le jeu s’il n’y a pas tous les jours 30 bateaux de plaisance qui pêchent sur la zone ‘

Christian Décugis, Prud’homme de Saint-Raphaêl

Photo J. Marando

Objet de partage

« Mettre une bouée fixe à  la mer pour un club de plongée, c’est privatiser une zone, une cale ou une sèche. Il y avait un projet qui consistait à  garder un site pour les clubs de plongée du coin. Plutôt que de privatiser la mer, je leur ai proposé d’organiser un tour de rôle pour tout le monde, comme le font les prud’homies de pêche. Les clubs qui arrivent l’été travaillent comme les autres. Ils viennent s’inscrire au tour de rôle et se conforment aux règlements

En plus, sur le même site, les pêcheurs peuvent travailler la nuit et les clubs de plongée venir successivement par plage de 2 heures. On est dans une logique de partage. La mer, ça fait partie du patrimoine mondial de l’humanité. Il faut rester dans cet esprit-là . C’est un espace de liberté et il est hors de question de le privatiser. Faire un module de protection de l’environnement, c’est très gentil mais faire un module de cohabitation avec les autres usagers de la mer, c’est pas plus mal ‘

Didier Ranc, prud’homme de La seyne sur mer

L’objectif de la prud’homie est de maintenir une ressource qu’elle pourra exploiter dans le temps. D’autres secteurs comme celui de la plongée
sous-marine profitent du fait que la ressource
a été maintenue

Patrice Francour

et de vigilance

« On nous dit de ne pas polluer, d’économiser l’eau mais les institutions ne donnent pas toujours l’exemple. On a eu un problème avec un port qui est bouché. Au lieu de draguer, il y a une turbine sous la grue qui pousse la vase en-dehors. à‡a part à  15/20 m maximum et ça remplit les coins du port. Depuis une semaine, il y avait des milliers d’alevins dans le port, de toutes espèces, qui sont morts avec le brassage et la fermentation ‘

« Sur la plage, il y avait des tas de terre. Il a suffi d’un coup de vent et tout est parti dans la rade Cet hiver, c’était l’entraînement militaire à  la guerre des mines prévu entre Porquerolles et Port-Cros que les prud’hommes ont dénoncé. Si on n’est pas là  sur le terrain… »

« Les garde-fous existent mais il faut une démarche citoyenne. Tu vois une pollution devant chez toi, c’est une démarche citoyenne que d’aller l’arrêter. Pour la pollution il y a des lois et rien ne t’empêche d’avertir
l’administrateur des Affaires Maritimes ou les gendarmes maritimes pour faire un constat ‘

Entretien avec les Prud’hommes

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Sur le chemin « Des hommes et des dieux », il y eut « Le testament de Tibhirine ‘ d’Emmanuel Audrain

C’est, en effet, en découvrant ce documentaire, un soir très tard à  la télévision, sur France 3, qu’Etienne Comar, scénariste, est touché par cette histoire et a le désir d’écrire une fiction. C’est le départ du film réalisé par Xavier Beauvois.

Retour sur ce documentaire et ce qu’en dit Emmanuel Audrain :

– Faire advenir « la deuxième histoire ‘ de Tibhirine

La première histoire de Tibhirine, elle est connue du monde entier. Elle a fait la Une des médias, en 1996. Il y est question de terreur, de Groupes Islamistes Armés, de Services secrets, de cercueils remplis de sable et de mensonges d’Etat Cette histoire-là , s’attache bien peu aux moines. Elle est sinistre, désespérante…

La « deuxième histoire ‘, celle de l’amitié de ces moines pour ce pays d’Algérie et pour son peuple. Cette relation, tissée depuis des dizaines d’années, avec la patience du fil des jours, elle est belle. Elle a failli passer inaperçue. L’actualité, dévoreuse d’événements, va si vite. Sans « le testament de Christian ‘, cette seconde histoire aurait-elle été soupçonnée, aurait-elle été entendue ?

C’est, quelques jours après leur mort, que « le testament ‘ est publié dans La Croix, puis dans la presse du monde entier. C’est ainsi, qu’en Bretagne, à  ma table de travail, je le découvre. Je le lis et le relis Avec quel étonnement. Comme il me bouleverse, cet amour inconditionnel pour l’Algérie et les Algériens. Ce respect pour l’Islam. Ce pardon offert Avec ce texte, Christian et sa communauté viennent de reprendre la parole, et aussi simplement qu’ils avaient vécu, ils donnent les clés de leur présence, en ces lieux et ces temps, si troublés. Je me souviens avoir éprouvé de la gratitude pour ces sept hommes ( à  l’époque, j’étais bien loin de penser que cela me conduirait à  réaliser « Le testament de Tibhirine ‘ ).

Deux ans plus tard, juillet 1998. C’est au Pèlerinage islamo-chrétien de Vieux-Marché en Bretagne, que je rencontre la soeur et le beau-frère de « Célestin ‘ ( l’un des sept moines ). Ils connaissent bien Tibhirine, pour y être allés plusieurs fois. « Viens nous voir, à  Nantes. ‘ Ce que je fais. Ils aimeraient que je réalise un film sur Célestin. L’homme est attachant, pourtant, ce qui me captive dans leurs propos, c’est tout ce qui concerne « la communauté ‘. Les liens avec les voisins. Les liens entre eux. Je découvre des personnalités fortes, traversées de tensions et d’oppositions, mais qui s’unifient autour de choix communs. Je comprends mieux, pourquoi ils sont « restés à  Tibhirine ‘. Quand je les quitte, ils me disent : « La famille de Michel est toute proche, l’Abbaye de Bellefontaine, aussi. La maman de Christophe, n’est pas loin. ‘ C’est ainsi que je commence un tour de France des familles et des monastères. Vendôme, Rennes, Aiguebelle – Montélimar, Thonon, Bordeaux, Paris.

J’écris un premier projet de Documentaire « Rester à  Tibhirine ‘, qui devient assez vite « Le testament de Tibhirine ‘. Nous sommes en 2000. Gilles Padovani, mon producteur, le propose aux responsables des différentes chaînes de télévision. Sans succès. « Cette histoire n’intéresse qu’un tout petit public. Par contre, il y a une enquête à  faire sur les GIA, les rivalités entre services secrets… ‘ Merci bien. Ce n’est pas notre projet. Finalement, c’est l’approche du « dixième anniversaire ‘, qui décide une chaîne du Service public à  entrer en co-production.

Quatre ans plus tard, automne 2004. Premier séjour en Algérie.
Le neveu de Frère Luc m’accompagne, il me montre le chemin. J’ai choisi de filmer seul, discrètement. En 2005, je fais deux autres séjours. 48 jours, en tout. C’est beaucoup. Sur le plan économique, ce n’est pas raisonnable, mais je souhaite tellement recueillir la parole des « voisins ‘ et amis algériens des moines. Je commence plusieurs tournages à  Alger, Tibhirine, Médéa. Je sens qu’il me faut du temps. « Je vais revenir ‘, dis-je à  chacun. Et je reviens. Mais, mes différents témoins se récusent, les uns après les autres. L’un me confie : « Parler de cette « décennie sanglante ‘ ( les années 90 ) dans un film qui va passer à  la télévision, c’est se mettre en danger. ‘ ( j’avais deviné ).

Mon « témoin algérien ‘, c’est en France que je le découvre. Rachid, le mari d’Annick, une des nièces de « Paul ‘, est Algérien. Avec leurs trois enfants, ils vivent à  Thonon-les-Bains. Le tournage se fait en plusieurs étapes, et Rachid ( aux côtés d’Annick ) trouve les mots pour dire combien le séjour qu’ils ont fait à  Tibhirine, a marqué leurs vies. Les moines parlent l’arabe et connaissent mieux que lui, l’Algérie et l’Islam. Il est bouleversé de l’intérêt que ces hommes d’âge mà’r, portent « à  un jeune Beur ‘. « C’est eux, se souvient-il, qui m’ont le plus « donné ‘ Ils m’ont fait lentement comprendre, qu’on peut être « grand ‘, autrement que par le fric, la violence ou « la sape ‘. Ils m’ont ouvert un avenir… La qualité du coeur, la droiture, l’honnêteté. ‘

« Pourquoi sont-ils restés ? ‘

Cette question, qui était le coeur de mon film, est traitée dans le film de Xavier Beauvois avec les moyens de la fiction. C’est un beau travail d’adaptation et de création. Peu de mots. Des chants et des visages « habités ‘, font revivre les sept moines Avec leur coeur, leur foi et leurs mains nues, on les voit se confronter à  la violence. Celle des «frères de la montagne ‘ et celle des « frères de la plaine ‘. La salle est bouleversée. Quand le film s’achève, ma voisine de droite, Annick (nièce de Paul, l’un des moines) jette un regard vers notre voisine de gauche, sa belle soeur Algérienne. Celle-ci, dit : «Ces moines ont tant aimé mon pays, qu’ils me donnent envie de le considérer à  nouveau. Et de garder espoir ! ‘

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« Le problème des marais de Louisiane, ce n’est pas le pétrole, c’est l’érosion du littoral ‘

… On sait que la marée noire de BP aura des conséquences à  long terme, dans des zones humides déjà  très fragiles. Mais l’industrie pétrolière n’avait encore jamais provoqué de catastrophe sur nos côtes. Il y a eu une série de négligences de la part de BP. Un mauvais joueur ne doit pas faire arrêter la filière. 23 000 emplois en Louisiane sont liés à  l’exploitation du pétrole et du gaz. Et je ne crois pas que ce soit l’intérêt des Etats-Unis de stopper la production et de dépendre davantage de pays étrangers.

Le vrai problème du littoral de Louisiane ce n’est pas le pétrole, c’est l’érosion : nous avons perdu 500 000 hectares de marais, de bayous, de prairies humides depuis les années 1930. Chaque année, plus de 3 000 hectares supplémentaires disparaissent. C’est cela, notre prochaine crise…

Ces terres protègent La Nouvelle-Orléans bien plus sà’rement que les digues, en absorbant une grande partie de la puissance des ouragans. Et c’est toute notre économie qui dépend de cette côte où vivent 2 millions d’habitants, où l’industrie maritime rapporte 35 milliards de dollars par an, la pêche 3 milliards de dollars, et le tourisme 9,4 milliards…

L’érosion est provoquée par le manque de sédiments charriés par le Mississippi et, dans une moindre mesure, par la montée du niveau de la mer. On a commencé à  apporter des sédiments pour reconstituer des terres, on dévie des bras du Mississippi, on modifie les chenaux pour les bateaux, on puise du sable au large pour reconstituer des îles qui protègent la côte de l’action des vagues…

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Les Alpes, un « château d’eau ‘ ébranlé par le réchauffement du climat

… »On commence à  redécouvrir que les lacs, les tourbières, la forêt, les pâturages, que certaines formes de pratiques agricoles favorisent le stockage de l’eau ou, en tout cas, ralentissent le ruissellement vers les plaines »…

… Les températures ne cesseront pas d’augmenter, la diminution de l’enneigement et la fonte des glaciers vont perturber les régimes hydrauliques des grands fleuves européens qui ont leurs sources dans les Alpes et cela à  une échéance annoncée de quarante à  cinquante ans.

Les précipitations qui tombent aujourd’hui sous forme de neige tomberont sous forme de pluie, ce qui augmentera le risque d’inondations en aval en période hivernale, tandis que la disparition de la masse glaciaire engendrera une baisse conséquente des niveaux d’eau à  la fin de l’été. Le niveau des barrages sera aussi affecté, entraînant une baisse de la production d’hydroélectricité évaluée à  15 % en moyenne…

Les montagnards sont ainsi appelés à  économiser l’eau et à  trouver tous les moyens de la stocker avant qu’elle ne s’échappe trop rapidement vers les plaines…

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