Arrivée sur les côtes méditerranéennes françaises du poisson-lapin lessepsien : Siganus luridus.

Deux individus de Siganus luridus (Rà¼ppell, 1829) ont été capturés
par des pêcheurs à  Sausset-les-Pins, à  proximité de Marseille,
le premier le 9 juillet et le second le 27 septembre 2008. Ceci
constitue une extension considérable de l’aire de distribution de
cette espèce lessepsienne en Méditerranée, où les populations les
plus nord-occidentales étaient connues en Sicile et dans le détroit
de Sicile. L’origine de ces individus n’est pas clairement établie,
bien qu’ils puissent être arrivés avec des eaux de ballast d’un bateau
venant de Méditerranée orientale, de mer Rouge ou du sud-ouest de
l’océan Indien. La possibilité d’une migration naturelle depuis une
population lointaine, comme celle de Sicile, est également discutée.

Pour lire :

l’article scientifique (en anglais)

Encart dans L’encre de mer n°16-17

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Saupe ou dorade : expérience gustative

Il y a comme un rideau de brume qui fausse la clarté.

Contact de l’air froid sur la mer encore tiède ?

Pâleur d’un soleil automnal ?

Engourdissement cérébral à  la faveur des heures travaillées ?

Sur l’étal, se poursuit la saison des dorades. Une jolie saupe les accompagne et la meilleure saison pour les saupes, c’est bien le début de l’automne…

Les deux poissons, juste vidés mais non écaillés, cuisent au four simplement : quelques grains de gros sel, un filet d’huile d’olive.

A la dégustation, l’assiette est assaisonnée à  nouveau avec du sel et de l’huile d’olive. Les écailles en bonne carapace ont laissé les poissons cuire dans leur coque naturelle. La consistance de la dorade domine : une chair assez ferme qui dans la bouche se détache en morceaux arrondis : rien d’anguleux ou brisant qui heurterait le palais. Mais le goà’t est si fin qu’on le cherche parfois, surtout vers la fin ! Alors que la saupe dont la chair est plus molle s’affirme par un petit goà’t iodé incomparable… Ah, cette belle aristocrate que dédaignent nos fins gourmets ! L’ont-ils goà’tée au moins ?

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Clappage en mer : nos pratiques n’intègrent pas la vie planctonique à  la base de la vie marine…

A propos d’un article sur les clappages en mer -rejet en mer des boues et vases draguées dans les ports- force est de constater que le lien entre les connaissances scientifiques sur la vie marine (et notamment l‘importance de la biodiversité planctonique) et les usages en mer n’est pas évident. C’est pourtant là , au fond de nos mers et de nos océans, que se trame le départ de la vie marine et que se produit 50 % de notre oxygène. Alors, la mer, est-ce toujours un réservoir opportun pour nos déchets quotidiens ?

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Opération anti-pollution en Méditerranée: deux navires en flagrant délit

… « Chaque année, 150.000 tonnes sont rejetées en Méditerranée… c’est l’équivalent de dix Erika et de deux Prestige »…
Selon la préfecture maritime, 250 pollutions orphelines dont 180 d’hydrocarbures ont été dénombrées en 2008 en Méditerranée. Pour 2009, le décompte révèle 190 pollutions dont 100 d’hydrocarbures. Dans l’ensemble des eaux françaises, ce sont entre 350 et 450 pollutions qui sont enregistrées et entre 6 et 10 flagrants délits constatés….
Depuis 2003, la justice a condamné douze armateurs à  des amendes avoisinant 5 millions d’euros. Trois dossiers sont actuellement en cours d’instruction. Le 2 septembre, le tribunal correctionnel de Marseille a condamné à  600.000 euros d’amende le capitaine et l’armateur de l' »Eurika » pour un déballastage sauvage au large de Porquerolles.
Pour les deux navires concernés, les déballastages auraient eu lieu pour l’un à  180 km au sud de Toulon, et l’autre la nuit entre Toulon et le Cap Corse…
NDLR : les hydrocarbures détruisent la biodiversité planctonique qui est à  la racine de la vie marine.
Pour en savoir plus sur le plancton
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Pour une intégration des Prud’homies dans le système national de représentation professionnelle par les comités des pêches

« Longtemps écartées de la représentation professionnelle pour cause de productivisme dominant, les Prud’homies de pêche de Méditerranée attendent de leur Ministre de tutelle d’être intégrées en tant qu’organisations qualifiées siégeant de droit dans les comités des pêches.

Par leur gestion des pêches et des territoires, les Prud’homies on su maintenir l’activité artisanale des communautés de pêcheurs tout au long du littoral et s’inscrire dans l’avenir en participant à  la valorisation littorale de régions spécialisées dans des fonctions touristiques et résidentielles.

Par ce moyen, il sera enfin possible de relier les gestions locales aux décisions prises aux niveaux national et européen. »

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filigrane de l’espace

Ridée la mer d’Est sous les nuages,
rayées les feuilles agitées du palmier,
quadrillées les immeubles résidentiels qui surplombent la baie,
élancées les tiges touffues des cyprès,
morcelées les écailles des grands pins,
filigrane de l’espace hachuré, découpé sous nos regards pressés,
l’hiver à  pas comptés infiltre la douceur automnale.
Secrètement, les bà’ches de l’âme se consument
et leur chaleur conjuguée aux pâles rayons qui s’infiltrent
redonne vigueur aux déliés d’une plume
trempée dans l’eau de mer.

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Règlements commentés de la Prud’homie de Saint-Raphaêl

Dans les règlements de la Prud’homie de pêche de Saint-Raphaêl, l’on peut observer les points suivant :

1°) Il s’agit d’une décision démocratique concernant la pêche sur un territoire bien délimité et qui concerne tous les pêcheurs travaillant sur la zone : la communauté de pêcheurs concernée mais également les pêcheurs étrangers à  la prud’homie.

2°) Une dynamique de « partage » au sein d’une flottille qui doit rester artisanale et relativement homogène : répartir l’exercice de la pêche sur le territoire et éviter les conflits :

* les engins autorisés sont listés, les « grands métiers » n’ont pas cours car le chalutage est interdit au même titre que les arts trainants (les grandes sennes ne sont plus utilisées depuis longtemps, ou alors de façon très ponctuelle), les limitations de capture empêchent le développement de techniques intensives spécialisées et incitent à  la polyvalence des pêcheurs pour des techniques diversifiées,

* l’intensité de capture est plafonnée par bateau (longueur totale des filets utilisés, nombre maximal de casiers ou d’hameçons pour les palangres) et par métier,

* certains métiers exercés sur des postes de pêche bien identifiés donnent lieu à  un tirage au sort entre les patrons pêcheurs lorsqu’ils sont en compétition pour les mêmes postes. Les pêcheurs régulièrement embarqués sont prioritaires sur les autres. Le calage se fait perpendiculairement à  la côte pour ne pas gêner les autres postes,

* les engins sont signalés et identifiés par des signaux visibles et marqués au nom du bateau,

* certains engins plus dépendants des conditions spatio-temporelles (filets de postes, petits filets dérivants…) sont prioritaires sur d’autres,

* pour certains métiers, une distance dans le calage des engins doit être respectée afin de ne pas gêner l’efficacité du piégeage,

3°) Un développement « durable » pour assurer dans le temps la vie de la communauté de pêcheurs : préserver le renouvellement de la ressource sur le territoire :

* l’intensité de capture est plafonnée globalement (longueur totale des filets utilisés, nombre maximal de casiers ou d’hameçons pour les palangres) et par métier,

* sont protégés, par des règlements, les zones de frayères des rascasses, les langoustes et homards grainés, les juvéniles (taille minimale des mailles et hameçons),

* sont plafonnés les temps de trempage des engins dans l’eau afin d’éviter le rejet inutile de captures qui seraient abimées

* des périodes de pêche sont prévues pour certaines pêches côtières afin de laisser reposer les fonds.

Remarques :

– Ce mode de développement permet à  une communauté de pêcheurs artisans de vivre de la pêche à  partir d’un territoire car les produits sont directement valorisés sur un marché local bien achalandé. Cette dynamique fondée sur la diversité des techniques exercées par des pêcheurs polyvalents, les limites d’absorption du marché local et la gestion collective de l’activité sur le territoire font que les pêcheurs ne cherchent pas à  maximiser leurs captures jusqu’aux limites du territoire. Leur objectif est « de bien en vivre et en laisser à  leurs enfants » ; ils peuvent laisser reposer leurs pierres ou les espèces par des pratiques alternatives ; ils peuvent gérer individuellement leur activité sans se sentir lésés par les autres…

– Il s’intègre relativement à  la spécialisation touristique et résidentielle des communes concernées, et de la région en général. Le petit port de pêche et le marché local situés en plein coeur de la vieille ville de Saint-Raphaêl contribuent à  l’animation portuaire tout en donnant un ancrage culturel au site. La Prud’homie tente de préserver le renouvellement des ressources et de maintenir les conditions d’exercice dans la bande littorale malgré l’explosion des activités nautiques (25000 bateaux de plaisance dans le Var et 250 pêcheurs professionnels), de la pêche récréative et de la plongée. Ce faisant, elle contribue fortement à  la valorisation littorale (création d’un cantonnement de pêche interdit à  toute pêche professionnelle et récréative, participation aux sites Natura 2000…), à  la conciliation des usages (plan de gestion varois, commissions nautiques portuaires…).

Ce modèle a t-il des fragilités ? Tant que la réglementation se fait par le haut, il est difficile de prévoir les prochaines mesures… Déjà , la déréglementation du chalutage qui peut se faire à  1,5 milles des côtes lorsque le plateau continental est étroit (mesures techniques en Méditerranée 2006) expose les fonds de la prud’homie à  des incursions intempestives. La Prud’homie a interdit le chalutage sur son territoire mais quels moyens de contrôle sont mis en place pour surveiller ce territoire spécifique ? Si des droits de pêche devaient être conférés à  de grands armements (senneurs…) ou des techniques intensives, la question se poserait à  nouveau pour ce type de flottille dont l’impact environnemental pourrait être fort préjudiciable à  ce petit « jardin » cultivé depuis des décennies par les communautés de pêcheurs artisans.

Ce modèle serait-il généralisable à  l’ensemble de la Région ? Fruit du hasard, de l’histoire et des conditions environnementales, cette Prud’homie « colle » avec la réglementation européenne actuelle qui « tombe » d’en-haut : peu de pêcheurs à  la thonaille à  reconvertir, pas de petits engins traînants à  justifier et organiser en plan de gestion, des tailles de mailles et d’hameçons qui correspondent peu ou prou… Par ailleurs, les caractéristiques de cette Prud’homie ne sont pas directement transposables : une flottille homogène avec l’absence de « grands métiers », un littoral relativement étendu par rapport à  la communauté de pêcheurs qui a permis de « geler » une zone en cantonnement de pêche et de limiter par là -même la pression de la pêche récréative, une côte un peu moins ventée que dans d’autres prud’homies exposées au mistral, un marché local constant… Une gestion régionale des pêches, cohérente avec une spécialisation orientée vers des fonctions touristiques et résidentielles, se fera avec les communautés de pêcheurs, au cas par cas, et non en vertu de pourcentages globaux et de mesures généralistes.

Pour lire les règlements :
règlementation prud’homale st raphael

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temps calme, mer belle, peu agitée

La chatte ce matin est au centre du monde,

sur la table, perchée,

coup de langue vigoureux sur sa patte allongée,

surveille d’un côté le ciel étiré sous les teintes de parme et de rosé,

regard avisé sur ses pensionnaires attablés,

se lève à  mon approche en quête, oui bien sà’r,

de caresses et d’assise où se lover,

ronronnant,

les pattes repliées sous son doux pelage,

les griffes par moments acérées, mais point trop,

ce serait la rupture,

sans discussions,

sans solutions.

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Temps calme, mer belle, peu agitée…

c’est le temps des dorades – royales of course –

levée mirifique de la calée, panachée de grands sars et de quelques marbrés,

au goà’t sauvage de la marée.

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« Le langage des signes ‘

Les articles économiques : « Logique industrielle – logique artisanale : quelle différenciation » et « L’administration des pêches : un enjeu territorial peu visible » ont été rédigés à  partir d’une analyse originale des pêches(Programme Pilote de Gestion. Etude IFREMER J. Bertrand, H. Rey, J. Catanzano, E. Tempier – 1993) qui met l’accent sur les dimensions qualitatives de ce secteur d’activité (le rapport aux hommes, aux territoires) et pas seulement sur les quantités pêchées. Cette étude s’inspire d’une méthode élaborée par César Centi en économie du travail(César Centi : « Critique du marché du travail. Fondements d’une économie politique comme science pratique » Thèse d’Etat 1991, CERS, Faculté économie, Université Aix-Marseille II) et fondée sur le « langage des signes ‘ ([Charles Peirce : Ecrits sur le signe, rassemblés traduits et commentés par G. Deledalle, Paris, Le Seuil, 1978)].

C’est ainsi qu’un même poisson prend un sens différent selon l’exploitant :

Objet matérialisé, présent dans la mer pour l’exploitant d’un grand métier. Ce poisson en tant qu’objet est susceptible d’être capté à  l’aide d’un chalut ou d’une senne.

– Animal considéré à  partir de son comportement (le poisson en acte) pour l’exploitant d’un petit métier qui cherche à  le piéger à  l’aide d’engins passifs, ou d’engins actifs de faible envergure.

Espèce capable de croître et de se reproduire selon certaines règles biologiques (le poisson en tant qu’interprétation) et susceptible d’être élevée et reproduite à  l’aide d’un dispositif, pour l’aquaculteur.

En référence à  la sémiotique de Peirce fondée sur la logique, il y a donc trois formes de signes de trois dimensions :

– la forme objet en tant que telle (dimension un),

– la forme acte (une mise en œuvre de quelque chose, dimension deux),

– la forme interprétant (une mise en œuvre en référence à  une loi, un code, dimension trois).

Les pratiques économiques sont considérées à  partir de leur construction formelle (objet, acte, interprétant) et non en référence à  des concepts donnés une fois pour toutes, dont l’inconvénient est de « figer ‘ un monde social en perpétuel mouvement.

Les pratiques économiques sont identifiées et agencées à  partir de :

– leur différenciation formelle. Comme il y a trois formes de poissons, il y a trois formes d’acheteurs, de produits

– leurs décompositions formelles successives. Chacune des formes d’exploitation technique (captation, piégeage, élevage) est à  nouveau décomposable en trois, ce qui permet d’identifier par exemple un piégeage régulier, différencié ou organisé.

– leur cohérence formelle. Par exemple, les poissons piégés dans leurs « comportements ‘ sont appréhendés dans des « terroirs maritimes ‘ (une zone en acte), commercialisés et négociés auprès d’une clientèle locale, elle-même appréciée par son mode de fréquentation des étals et par ses exigences (des acheteurs en acte)

En cela, il s’agit d’une construction logique et non d’une approche empirique dont le découpage serait arbitraire.

Dernier point, il n’y a pas de relation de causalité. Par exemple, entre les pratiques et les composantes qu’elles mettent en œuvre il n’y a que des présupposés. Ainsi, composantes et pratiques économiques gardent en permanence un statut « d’illustration formelle ‘ susceptible à  tout moment de changer, évoluer… Tel mode de piégeage « présuppose ‘ le comportement des poissons ciblés mais ces comportements peuvent changer, évoluer et faire échouer la capture.

Radicalement différente des méthodes habituelles, cette approche morphologique procure une vision détaillée des pratiques économiques, construite sur une base scientifique. En Méditerranées, 6 logiques de pêche (et 3 logiques de cultures marines) ont pu être différenciées sur la base de 27 pratiques, ainsi que 3 formes d’administration des pêches.

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éparpillée

Octobre déjà  et les vignes sont vertes,

le soleil luit comme un nouveau printemps,

l’oranger dévarié prépare

ses boutons aux côtés de

fruits murissant.

La bruyère dans le creux des

falaises est fleurie.

Les oiseaux loin d’affronter

l’hiver préparent une

nouvelle couvée.

La chatte prudente à 

revêtu sa fourrure,

douce et soyeuse,

mais ses nuits mystérieuses

ne quittent pas le ciel étoilé et la lune décroissante.

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