Les océans mis à  la disposition du public avec le projet européen MyOcean

Un projet européen de partage des informations sur les océans du globe (sécurité, environnement…) pour le grand public, MyOcean, rassemblant des organismes spécialisés dans ce domaine de 29 pays, a été lancé mercredi à  Toulouse au siège du Conseil régional Midi-Pyrénées.

L’objectif de MyOcean, est de mettre en commun toutes les informations recueillies par satellites ou in situ par les organismes des pays membres sur la surveillance et la prévision des océans, et de les mettre à  la disposition du public (www.myocean.eu.org), a précisé le directeur de Mercator Ocean, coordinateur du projet, Pierre Bahurel.

« Nous avons ces informations, nous voulons qu’elles soient disponibles », a-t-il souligné, rappelant que quelque 500.000 éléments sur les océans sont ainsi récupérés chaque jour par satellites, balises ou navires, ce qui donne lieu à  plus de 700.000 milliards d’opérations quotidiennes sur des super-ordinateurs.

MyOcean est un projet sur 3 ans, pour un budget total de 55 millions d’euros, dont 33 millions fournis par la Commission européenne qui en a pris l’initiative. Il s’inscrit dans le cadre de l’initiative européenne pour la sécurité et l’environnement GMES (Global Monitoring for Environment and Security).

Le directeur du projet, Frédéric Adragna, a précisé à  l’AFP qu’il s’agissait de « rassembler les acteurs (de l’observation des océans) et de rendre leurs systèmes interopérables » dans 4 secteurs: la sécurité maritime (sauvetage, prédiction de la dérive des nappes de pétrole…), les ressources marines, l’environnement maritime et côtier, le changement climatique et les prévisions saisonnières (phénomène El Nino…).

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Un sonar pour espionner le plus gros banc de poisson au monde

Il y a foule dans les eaux de l’Atlantique. Car les harengs se retrouvent parfois par centaines de millions. Des rassemblements sans égal dans le règne animal. C’est ce qu’on constaté une dizaine de chercheurs américains, à  l’aide d’un sonar sous-marin, sur le Banc de Georges, à  une centaine de kilomètres au large du Massachusetts. Les résultats ont été publié vendredi dans la revue Science (1).

Pour observer l’océan, les chercheurs disposaient d’un sonar aux dimensions spectaculaires, formé d’un navire émetteur et d’un navire récepteur, séparés de plusieurs kilomètres. Le sonar balayait une région de cent kilomètres carrés toutes les soixante-quinze secondes!

Et cet outil impressionnant a pu observer la formation d’un banc de harengs gigantesque en un peu plus de six heures. Parti de rien un peu plus d’une heure avant le coucher du soleil, le banc s’est progressivement formé, atteignant 250 millions d’individus peu après minuit. Pas moins de cinquante mille tonnes de poissons. Un trait de chalut scientifique a permis de constater que 99% des poissons étaient des harengs, le reste étant des rougets et des haddocks.

Au passage, les scientifiques ont pu suivre avec précision la formation du phénomène. La journée, les harengs forment de petits bancs qui préfèrent les eaux sombres en profondeur. Quand le soleil commence à  se coucher, les groupes remontent et s’agglomèrent. Au départ, ce regroupement est lent: la densité augmente en moyenne de 0,1 animal au mètre carré par heure. Et une fois atteint un seuil critique (0,2 poisson au mètre carré), tout bascule: la densité augmente brutalement à  un rythme cinquante fois plus rapide que précédemment, jusqu’à  atteindre 4 animaux au mètre carré en moins d’une heure! Les harengs passent ensuite la nuit en rangs serrés, et commencent à  se disperser quand la lumière revient.(2)

Pourquoi de tels rassemblements? Pour les chercheurs, qui ont aussi étudié les spécimen capturés pendant l’expérience, il s’agit probablement d’une stratégie qui favorise la reproduction. Le groupe profite de sa densité et de l’obscurité pour maximiser la fertilisation des femelles et éviter les prédateurs. Une découverte importante pour la préservation de l’espèce. Car si on pêche pendant ces rassemblements, on prélève des quantités gigantesques de poissons tout en empêchant leur reproduction.

Il y a deux siècles, les chercheurs auraient sans doute pu observer un phénomène similaires avec les morues. Mais, victimes de la surpêche, elles ont quasiment disparu du Banc de Georges. L’équipe espère croiser dans les eaux de l’Alaska, pour espionner la reproduction des colins et éviter l’effondrement de cette ressource précieuse pour nourrir les humains.

(1) Edition du 27 mars 2009
(2) La revue Science diffuse une vidéo à  télécharger qui donne l’ensemble des observation au sonar pour le 3 octobre 2006.

Image: La formation du banc de harengs, au soir du 3 octobre 2006 © Science

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Vidons l’océan pour améliorer le bétail

Effets de terre

Pour limiter le rejet de gaz à  effet de serre des animaux terrestres d’élevage, une équipe de recherche a eu l’idée de compléter leur alimentation en oméga 3, trouvé dans l’huile de poisson. Si ce n’est qu’il faudrait pêcher, pour nos ruminants et consorts, plus de trois fois le tonnage prélevé actuellement par la pêche minotière dans nos océans… Une équation impossible à  résoudre sur notre planète.

D’où la conclusion du site « Effet de terre » : ce ne serait pas plus simple de manger moins de viande ?

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L’Union Européenne et la pêche artisanale

– Vu d’en-bas, ce déni appelle le mépris; une erreur « diplomatique » en période électorale. Si l’on doit construire l’Europe, autant que tout le monde y mette du sien, à  commencer par ceux qui sont censés travailler pour l’Europe.

– Vu d’en-bas toujours, cette prise de position semblerait conforter la poursuite suicidaire d’une politique productiviste qui privilégie la pêche et l’aquaculture industrielles, destinées à  répondre à  la demande croissante du marché. Et ce, au mépris des ressources disponibles et de l’environnement.

Dans cette optique fondée sur la quantité d’apports débarqués, la pêche artisanale est perçue comme un « sous-secteur » sur lequel on peut focaliser les débats « environnementaux » tandis que le véritable prélèvement se fait au large, loin des yeux et des médias. Cf. notamment la pêche minotière qui prélève à  elle-seule, et discrètement, la moitié des ressources, ou a-contrario l’énergie déployée « contre » 60 petits bateaux armés quelques jours par an à  la thonaille, tandis que la capture industrielle du thon rouge se poursuit au milieu des zones de frayères…

– Vu d’en-bas enfin, l’Union Européenne ne semble pas avoir perçu que la pêche artisanale est l’un des piliers principaux de la gestion littorale, sur les plans économiques, sociaux et environnementaux. Il y a un décrochage entre la vision passéiste d’une époque industrielle sur laquelle l’Europe semble se figer, et les réalités locales de terrain dans lesquelles les pêcheurs artisans s’engagent au quotidien pour préserver leur environnement, répondre aux exigences croissantes de la clientèle, gérer les différents usages dans la bande côtière, participer à  la spécialisation régionale au sein de l’Europe…

Enfin, l’on remarquera qu’en mer les pêcheurs artisans s’engagent totalement face aux éléments, aux changements incessants, à  la dureté du métier. Quand ils reviennent à  terre, « l’image et les paroles » que leur renvoie l’Europe sont toujours déconcertantes, rarement engageantes, souvent négatives… L’Europe – ou ceux qui parlent en son nom – a-t-elle conscience de l’impact de ce bain perpétuel de paroles ?

Pour en savoir plus :

– Sur la non-implication de l’Europe vis à  vis de la pêche artisanale

Le mépris de l’Europe pour les pêcheurs artisanaux du monde entier

Controverse sur la place de la pêche artisanale au COFI à  Rome
(Voir thématique : International avec les extraits d’un document de travail sur la réponse de l’UE au COFI en mars 2009)

– Sur la conférence de la FAO qui réunissait représentants de pêcheurs et société civile en octobre 2008 à  Bangkok, et ses conclusions

Déclaration de l’atelier préparatoire de la société civile adoptée par l’ensemble des organisations présentes à  la Conférence de la FAO « Pour une pêche artisanale durable ‘ tenue à  Bangkok (Thaïlande) du 11 au 13 octobre 2008

Pour une pêche artisanale durable

– Sur l’engagement des pêcheurs artisans dans la gestion littorale

Union PACA-Bretagne pour le 10ème anniversaire de la journée mondiale des pêcheurs à  l’IPFM de La Seyne sur mer le 21 nov. 2008 – extraits des débats sur la gestion de la ressource et des territoires

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Union PACA-Bretagne pour le 10ème anniversaire de la journée mondiale des pêcheurs à  l’IPFM de La Seyne sur mer le 21 nov. 2008

Gestion prud’homale et biodiversité

Voilà  plusieurs décennies que la gestion prud’homale rame à  contre-courant. Alors qu’elle encourage la polyvalence d’une petite pêche artisanale, les apports débarqués sont jugés bien « mièvres ‘ aux côtés d’une capture de masse par les flottilles chalutières et thonières. La diversité des techniques et la complexité des règlements paraissent désuètes aux côtés des pêches artisanales intensives et de leurs gestions spécifiques (licences et quotas). Le bref exposé d’un scientifique spécialisé en écologie marine, Patrice Francour, opère un complet revirement de situation et d’analyse :

A l’échelle de l’hémisphère nord, on a des gradients de diversité des espèces (poissons, mollusques, grands crustacés) qui diminuent progressivement lorsque l’on remonte des zones relativement chaudes (tropicales ou subtropicales) vers l’Arctique. En Méditerranée, on a déjà , relativement à  l’Atlantique, une plus grande diversité, un peuplement beaucoup plus riche qui se traduit aussi au niveau des habitats. C’est particulièrement vrai sur les côtes rocheuses qui s’étendent sur l’ensemble du littoral ; le Golfe du Lion qui est une zone plus sableuse faisant exception. Que les poissons vivent en pleine eau, sur le fond ou à  proximité du fond, on ne peut pas en parler sans parler de leur habitat. En termes de survie ou de développement d’une espèce, d’un stock, il faut 2 conditions sine qua none : la disponibilité en habitats et la disponibilité en ressource alimentaire.

Photo Alain Ponchon

Une pêche polyvalente : le meilleur garant de la diversité

Sans faire un cours d’écologie, on démontre que dans un milieu naturel, lorsqu’il y a une « prédation ‘ raisonnée sur de nombreuses proies, le milieu est plus riche que lorsque l’on a un prélèvement aveugle sur un type d’espèces. C’est le cas des petits métiers polyvalents qui permettent le maintien d’une population diversifiée.

Une gestion par zone géographique et fondée sur la diversité

Le type de gestion développé à  l’échelle d’un bassin méditerranéen – si l’on enlève le Golfe du Lion qui est une particularité  » doit être basé sur cette diversité d’habitats, et de peuplements plus ou moins saisonniers. Les modèles de gestion imaginés actuellement par l’Europe, et conçus sur des milieux beaucoup plus homogènes (diversité plus faible des stocks), ne peuvent s’appliquer ici. Les gestions de pêche ancestrales par les Prud’homies ont fonctionné de tous temps et sont les plus adaptées dans la mesure où elles se fondent sur la diversité des habitats11, des espèces et des métiers.

Photo Philippe Joachim

Des indicateurs attestant de la richesse des peuplements suffisent à  valider la gestion

A partir du moment, où l’on a un système d’exploitation qui prélève mais que le milieu reste diversifié, c’est que l’on a un parfait équilibre. Le Parc national de Port-Cros est l’un des milieux de Méditerranée Nord-occidentale les plus riches – en termes de diversité, d’abondance, de taille de poissons – et pourtant la pêche professionnelle y est exercée régulièrement.

Donc tous les indicateurs, qui montrent que la diversité en espèces est maintenue et que des individus de grande taille sont présents, sont à -même de montrer que le peuplement est en bonne santé. Dans ce cas, la gestion qui est faite ne met pas en péril la ressource.

Une gestion territoriale à  l’œuvre : actions juridiques, concertations, expériences de co-gestion

Palavas : Des actions juridiques pour faire appliquer la Loi littoral sont menées par une Association, en lien avec la gestion prud’homale. Par ce biais, en 10 ans, une quarantaine d’hectares classés en zone urbanisable, a été affectée en zone naturelle. Mais depuis 13 ans, l’Association et ses administrateurs se débattent, à  titre
collectif et individuel, contre la Mairie qui les a assignés pour « abus d’ester en justice ‘. La Cour d’appel de Montpellier nous a donné raison (26/03/2008) mais la Mairie s’acharne avec un pourvoi en cassationPhoto Alain Ponchon

Réhabilitation de l’Etang de Berre : 20 ans de combat juridique pour contraindre EDF à  réduire ses rejets d’eau douce et obliger l’Etat à  réhabiliter l’Etang. Aujourd’hui, c’est fait. Dans le cadre du contrat Etang, les pêcheurs participeront activement au ramassage des algues qui envahissent l’étang depuis qu’il se salinise

Prud’homies : chaque Prud’homie, par le biais des règlements prud’homaux, a des zones de protection temporaires, notamment pour le frai ou la reproduction (rascasse, rouget) Concernant un cantonnement permanent, la Prud’homie doit avoir suffisamment de place pour geler une parcelle. A La Seyne – St Mandrier, ce n’est pas possible, on est encerclé par la rade de Toulon, les zones militaires La gestion concertée de l’espace devient une activité importante pour essayer de partager l’espace et le temps pour les différents acteurs de la mer, sur des zones enviées par tout le monde : sites de plongée avec des mouillages organisés pendant les 6 mois de l’été. On les déménage ensuite pour laisser la place aux pêcheurs. Nous sommes devenus les interlocuteurs privilégiés des Communes, des Conseils Généraux et Régionaux dès qu’on touche à  la gestion de la mer, particulièrement dans les zones côtières

Photo Alain Ponchon

Cantonnement du Cap Roux: Créé en 2003 à  l’initiative de la Prud’homie de St Raphaêl, c’est la plus grande réserve marine intégrale de France continentale avec 400 ha. L’effet réserve (poissons plus gros et densité supérieure) existe et a commencé à  se répandre aux alentours après seulement 3 ans d’interdiction ‘.

Diapositives

Parc national de Port-Cros (créé en 1963 avec 1300 ha en mer) : La seule pêche professionnelle est autorisée et réglementée par une Charte. Les études montrent que la biodiversité de Port-Cros ne semble pas du tout menacée par cette pêche. On a une qualité des sites exceptionnelle. En l’état de nos connaissances actuelles, il n’y a pas d’interaction négative entre la pêche artisanale – issue d’une culture prud’homale qui est à  la base des règlements de la Charte – et la protection de notre environnement marin. Ces données confirment l’intérêt que l’on a à  travailler avec les pêcheurs ‘
Photo Alain Ponchon

Parc Marin de la Côte Bleue : Résultat d’un travail étroit avec les pêcheurs dès les débuts en 1983, ce parc comprend aujourd’hui 2 réserves (210 et 87 ha) et 17 km d’alignement de récifs et obstacles au chalutage dont l’efficacité est démontrée : effets réserve, exportation de biomasse marine hors des réserve, baisse du chalutage en zone interdite, suivi du peuplement d’oursins en lien avec les pêcheurs, sensibilisation des enfants à  la vie littorale et à  la culture halieutique, gestion en projet de la zone Natura 2000 avec l’implication des pêcheurs

Plans de gestion, sites Natura 2000, commissions nautiques locales : Natura 2000 est l’un des moyens (non le seul) de formaliser la rencontre entre tous les acteurs du territoire. Le pêcheur est l’être humain qui va le plus en mer, celui qui connaît le mieux la mer. Le pêcheur est un conseiller fondamental. Pour le site Natura 2000 de Porquerolles, nous avons réuni tous les membres et validé dans une commission nautique locale les propositions dont certaines se sont traduites par un arrêté de région. La pêche de loisirs est maintenant soumise à  déclaration, avec déclaration de captures, au même titre que les pêcheurs professionnels. La chasse sous-marine est aussi réglementée.

Pétardements de la Marine : Je ne comprends pas que l’on fasse péter de la dynamite à  côté du Parc National, du sanctuaire Pélagos, d’un site Natura 2000 On stérilise un périmètre maritime au détriment des pêcheurs Nous, on travaille sur un guide de bonnes pratiques dans lequel on se donne des règles et d’un autre côté l’on est témoin, quasi quotidiennement, de pétardements Dans cette zone, il y avait des milliards d’alevins de petits rougets qui engendraient les saisons à  venir. Les géniteurs qui ne sont pas morts fuient la zone. Depuis que l’on proteste, la charge maximale est passée de 600 kg à  110 kg. On a gagné 490 kg mais on n’a pas gagné la bataille

Ici et là , la force d’une gestion collective des ressources

La première mission prud’homale est de créer des conditions optimales de pêche aux petits métiers, et donc de gérer la concurrence (roulement, tirage au sort des postes de pêche, arbitrage des conflits), tout en gérant la ressource. Nos atouts : une forte réactivité – une réunion de pêcheurs en prud’homie suffit pour définir l’action à  mener, ou édicter un nouveau règlement – et une base consensuelle à  laquelle tout le monde se plie, même les un ou deux récalcitrants

Pour le chalut-langoustine dans le golfe de Gascogne, on a mis en place plusieurs engins sélectifs pour essayer de ne pas pêcher la petite langoustine et aussi le petit merluchon. La « maille carrée ‘ vient d’une expérience que j’avais tentée pour prendre plus de langoustines et moins de petits poissons. Quand le Commissaire européen a voulu imposer un chalut sélectif qui ressemblait plus à  un filet pour attraper des mouches que des poissons (!), l’on a mis en place une licence nationale de langoustines et la pratique de la maille carrée est devenue obligatoire dans le Golfe de Gascogne. On a réduit la ponction des petits merlus de 30 à  40ù, ce qui fait des millions de poissons en plus dans l’eau chaque année. Pour la petite langoustine – difficile à  sélectionner du fait de sa morphologie – on arrive à  25 à  30% de petites langoustines en moins sur le pont, d’où notre fameux slogan : « Il vaut mieux trier sur le fond que sur le pont ‘.

A propos des techniques et de leurs milieux : L’on remarquera que les grands arts trainants ont été « intuitivement ‘ interdits par les Prud’homies sur les fonds rocheux, probablement pour leur impact sur les habitats. Si un chalut passe sur un fond coralligène, structurellement complexe et physiquement peu résistant (du fait de sa constitution), il érode en partie sa structure tri-dimensionnelle. S’il passe sur un fond plat, avec aucune structure dressée, il ne « casse » rien
– En face de mon bureau, au Guilvinec, il y a 500 km de plateau continental, cap à  l’ouest (jusqu’à  200m de profondeur).
– En Méditerranée, on n’a malheureusement pas 500 km de plateau continental. Chez moi, il faut marcher 5 mn avec un pointu pour trouver des fonds de 500 m

Intégration dans l’Europe – Quels outils pour quelles flottes ?

– De dimension sectorielle, la pêche artisanale atlantique accède aux outils proposés : Ce qu’il y a de notable c’est que, petit à  petit, s’est mise en place une plate-forme de négociation à  l’échelle du Golfe de Gascogne Le Comité Consultatif Régional (CCR) du sud-ouest Atlantique est un bon outil pour répondre à  la Commission sur ses projets, faire remonter des plans de gestion Concernant Natura 2000 en mer, le Comité local du Guilvinec se propose d’en être l’opérateur

– Dispersée sur le littoral méditerranéen, la petite pêche côtière pâtit d’une représentation héritée du productivisme et de visions multiples à  grandes échelles : ici vous avez un empilement de structures sans articulations (prud’homies, comités des pêches, organisations de producteurs) et toujours pas de CCR Méditerranée qui fonctionne Dans le cadre général de la PCP en Méditerranée, tout ce qui est ressource est géré par la CGPM (commission générale des pêches maritimes) qui regroupe les états européens et non européens. Elle prend des recommandations que les Etats sont tenus d’appliquer Il faudrait faire estampiller la réglementation prud’homale -en prévoyant des mesures d’exemption ou de précaution. Par des plans de gestion conçus à  une échelle plus large que la prud’homie, est-ce possible ?

Photo Alain Ponchon

L’avenir des pêcheurs se décide aujourd’hui très loin
des organisations prud’homales, des comités des pêches et des quais

En octobre 2008, à  Bangkok, la société civile -pêcheurs et ONG- a demandé, en accord tacite avec la FAO, qu’une structure spécialisée soit constituée pour la pêche artisanale dans le cadre du Comité des pêches de la FAO (COFI). Cela veut dire que la pêche artisanale pourrait tout d’un coup disposer d’un staff, de moyens financiers, d’outilsafin de pourvoir étayer son point de vue. Voilà  l’une des actions menées par le Collectif Pêche et Développement et qui n’est pas forcément très visible. Cela dit, pour les 5 à  10 ans à  venir, si une telle structure se met en place, cela aura des répercussions ici-même. Le combat des pêcheurs est donc difficile car il faut, à  la fois, gérer le quotidien et en même temps qu’ils aient un œil sur ce qui se passe fort loin Il serait temps que l’Europe et la France prennent en compte cette réalité de la pêche artisanale, et respecte les pêcheurs artisans qui ont la capacité de s’organiser, mettre du lien entre les territoires, et entre les ports et les territoires. Pour suivre toutes ces problématiques lointaines, les pêcheurs doivent s’organiser et se faire épauler par des ONG…

Soyez à  l’écoute, Mesdames et Messieurs les Politiques de PACA et de Bretagne, les pêcheurs artisans sont une pièce essentielle de votre territoire et ils sont porteurs d’avenir, j’en suis certain.

Pour lire la retranscription des débats :

Retranscription des débats

Pour lire le compte-rendu de René-Pierre Chever sur cette Journée, rédigé pour le Collectif Pêche et Développement, et paru dans le Bulletin trimestriel du Collectif

Compte-rendu de R.P. Chever

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Le Poisson-flà’te : un nouvel arrivant de la Mer Rouge

Photo Patrice Francour

Un nouveau poisson en provenance de la Mer Rouge arrive dans nos eaux. Il a été aperçu dans des fonds rocheux, des fonds rocheux et sableux, ou au-dessus des herbiers de posidonie à   » 50 m de profondeur mais l’espèce vivrait jusqu’à  100 m.

Taille max. 1,6 m  » Poids max : 1,2 kg

Poisson carnivore (crustacés, petits poissons : rouget, picarel, bogue…), inoffensif, indifférent aux plongeurs, et de faible valeur commerciale.

Museau long et étroit, corps très allongé, queue prolongée par un filament blanc. Dos généralement de couleur brun à  vert, ventre blanc – argenté. Couleur parfois marbrée, notamment la nuit. Deux lignes et deux rangées de points bleus peuvent être visibles sur le dos. Hors de l’eau, le poisson vire au gris-vert. Nageoires anale et dorsale, de forme triangulaire, opposées et situées près de la queue. Elles sont de couleur rosée ou orangé et transparentes à  la base.

Si vous pêchez ou observez ce poisson, merci de le signaler au 04 92 07 68 32 ou par mail : francour@unice.fr
Vous participerez à  une meilleure connaissance de cette espèce et de l’évolution du milieu marin

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L’observation du littoral par les pêcheurs artisans

La préoccupation écologique, bien avant la lettre, de la pêche méditerranéenne prend sa source dans un contexte précis : des développements historiques régionaux caractérisés notamment par le « modèle portuaire marseillais ‘ et le « modèle touristico-résidentiel niçois ‘. Si les implications environnementales de ces modèles sont différentes, ils ont en commun le fait de procurer des emplois attractifs, alternatifs aux métiers de la « grande pêche ‘, et de développer, par la croissance de population, des marchés locaux pour les apports halieutiques.

C’est ainsi que les Prud’homies qui, à  la fin de l’Ancien régime, géraient une petite pêche polyvalente, adaptée à  l’exiguïté du plateau continental et à  la relative rareté des ressources marines, se sont toujours trouvées d’actualité et ont pu traverser deux révolutions industrielles. Malgré des tentatives pour le remettre en cause et diverses périodes d’industrialisation, ce modèle de gestion collective a « tenu ‘ et s’est, de fait, imposé. Il est vrai que l’après seconde guerre mondiale et l’industrialisation « forcée ‘ des années soixante ont quelque peu bouleversé cette ligne de fond mais sans pour autant en éradiquer la « culture ‘. Les démarches entreprises aujourd’hui par les acteurs de la petite pêche pour préserver et gérer leur territoire s’avèrent d’une grande modernité, mais une « reformalisation ‘ de la pratique prud’homale – comme du métier de pêcheur artisan – apparaît incontournable pour pouvoir s’affirmer, particulièrement dans le rapport à  l’environnement.

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© Photo Alain Ponchon Bien qu’une attention première soit portée aux rivages varois dans le cadre de cette étude, nous examinons ici dans quel contexte économique s’insère la pêche méditerranéenne française, comment elle se singularise des autres façades maritimes, historiquement et par son évolution, et quelles sont les implications de ce « cadrage ‘ pour la gestion prud’homale.

I. Modes de développement régionaux et incidences environnementales

Selon une évolution commune à  la région PACA, et à  la région du Languedoc-Roussillon (à  partir du milieu des années 70), la population varoise a fortement augmenté puisqu’elle a doublé entre 1962 et 2005 . Le Sud de la France ayant manqué la première et la seconde industrialisation, la cause de cet afflux de population est à  rechercher dans une « attractivité touristique ‘ qui s’enracine dans l’histoire, selon deux modes de développement régionaux : le modèle marseillais et le modèle niçois.

– Le modèle marseillais :

Le plus important, de par ses conséquences quantitatives, ce modèle nait de l’évolution d’un port commercial (dans la première moitié du XIX° siècle), associé au commerce mondial, et alimentant une industrie locale, soit le « négoce industrialisant ». La politique coloniale de la France (fin XIX°) relance ce modèle jusqu’à  la première guerre mondiale. Ensuite, les politiques protectionnistes (spécialement après la crise de 1929) le vide de sens, en substituant des rentes aux bénéfices jusqu’alors associés au maintien ou à  la conquête de marchés mondiaux. Après la seconde guerre mondiale, la substitution de la rente pétrolière à  la rente coloniale, et la conception étatique d’une industrialisation non plus liée au marché mais portée par l’industrie lourde (« les industries industrialisantes »), laminent toute dynamique économique locale. Du fait du reflux des colonies et du nombre d’emplois liés administrativement à  la quantité de population (santé, éducation), cela n’entraîne pas d’impact majeur sur la population et sa croissance, du moins jusqu’à  la libéralisation des marchés. Dès les années 1980, l’absence de dynamique économique locale se fait durement ressentir. Le port demeure inerte bien que les trafics mondiaux explosent. Loin de renouer avec le modèle du « commerce industrialisant » ou de la
« logistique industrialisante », la reconversion de l’économie marseillaise se poursuit sur sa périphérie sans pour autant réussir à  pallier l’absence de dynamique économique autonome. Il en résulte un sous-emploi et une concentration spatiale du chômage et de la pauvreté.

Ce modèle, axé historiquement sur le port industriel, immobilise à  cette fin une bonne partie du littoral (une trentaine de km) et réussit le tour de force de n’entraîner aucun développement alors même que les trois dernières décennies se caractérisées par une multiplication remarquable des échanges mondiaux. Du fait de la dépendance qui en résulte vis-à -vis de l’Etat ou de collectivités locales concurrentes, dans les conflits d’usage habituels sur le littoral, les nécessités économiques passent au second plan et ce, malgré un fort sous-emploi de la population. Du point de vue environnemental, l’impact de l’industrie portuaire est quelque peu compensé par sa léthargie locale mais les pêcheurs seront confrontés à  une incidence forte et durable, sur les écosystèmes littoraux et lagunaires, du développement de la zone Fos-Berre, alors même que cette zone est particulièrement riche et poissonneuse.


– Le modèle niçois

Jusqu’aux années 1960, il ne s’agit que de développer le secteur touristique avec un faible impact sur les autres activités (du fait notamment de la centralisation nationale de l’épargne). A l’opposé du raisonnement économique habituel dans lequel la migration suit l’emploi, l’on observe dans les années 60-70 qu’est attirée une population qui migre avec son emploi. Encore faut-il que cet emploi dépende essentiellement du « capital humain ‘ ou du milieu social, et n’ait pas de contrainte technique liée par exemple à  la localisation de matière première. Encore faut-il également qu’il y ait une force attractive d’ordre social, culturel Si les grandes métropoles ont pu augmenter leur attractivité par l’implantation d’équipements culturels, en France l’hyper-centralisation parisienne a entravé une telle stratégie. Par contre les atouts naturels tels que la mer n’ont pas besoin de financements pharaoniques. C’est dans ce contexte que l’ancienne stratégie de tourisme élitiste de la région niçoise inaugure un mode de développement dont on peut juger l’impact, non pas tant au niveau de la croissance de la population mais de sa « qualité » (professions libérales migrant avec leur emploi, formations supérieures)

Dans ce modèle, le souci écologique est – ou devrait être – très présent mais le succès de cette stratégie de développement tend à  faire passer la donne environnementale au second plan, au risque de casser la branche qui soutient le modèle. Cependant, la solution est connue : il suffit d’accroître la sélectivité sociale . La tension n’en demeure pas moins entre la fin et les moyens. De par le bétonnage de la bordure littorale, les pêcheurs vont voir leurs zones de pêche se raréfier et bon nombre de frayères disparaître.


– La situation varoise

Face à  ces 2 modèles, le Var apparaît dans une situation intermédiaire, au niveau démographique comme au niveau économique. Si le département semble se tourner vers un développement de type niçois, il est aujourd’hui encore « spécialisé ‘ dans une attractivité peu sélective, notamment dans le camping Avec les massifs des Maures et de l’Estérel, et les zones militaires, le bétonnage est moins systématique, mais les pétardements en mer déclenchés par la Marine, ont un impact écologique important et les promoteurs guettent.

II. Singularités de la pêche artisanale méditerranéenne

– Un modèle ancien de « petite pêche diversifiée ‘

Une analyse comparative des données statistiques sur longue période révèle qu’à  la fin du 19ème siècle  » soit bien avant l’industrialisation des pêches françaises – la pêche artisanale méditerranéenne se caractérisait déjà , relativement aux autres façades maritimes, par les signes d’une pêche de proximité : des embarcations plus nombreuses (21% de la flotte nationale), de petite taille (9% des tonnages nationaux) et de faible investissement (6% de la valeur de la flotte). Par contre, la valeur des filets et engins de pêche est nettement surreprésentée (19% de la valeur nationale), conséquence d’une polyvalence qui oblige à  multiplier les techniques et instruments ( et les innovations) afin qu’ils soient adaptés au plus près aux concentrations saisonnières des différentes espèces. Ce sont les compétences et les hommes qui importent et qui, du coup, avec 13% de l’emploi national du secteur, paraissent en fort surnombre vis-à -vis de la pêche atlantique : 1 kg de poisson nécessite en Méditerranée 2,6 plus d’hommes. Par contre, les salaires sont relativement plus faibles (10% de la masse salariale nationale). Les apports sont bien valorisés puisqu’à  répartition égale des espèces, leur valeur est supérieure en Méditerranée. Les prix de vente sont nettement plus élevés par rapport aux autres façades et ce, pour les espèces de luxe, comme pour les espèces ordinaires.

Petit métier des côtes liguriennes - Photo Elisabeth Tempier

Cette situation méditerranéenne se conjugue différemment selon les départements, probablement en lien, d’une part, avec l’étendue des marchés locaux, d’autre part, avec la productivité biologique des zones de pêche. L’on remarque que les niveaux de prix vont crescendo de Port-Vendres à  Menton et que la diversification des unités de pêche est très grande à  l’ouest (Pyrénées orientales et Aude) et à  l’est (Var et Alpes Maritimes) du Golfe du Lion. Elle est sensiblement plus importante dans les Bouches du Rhône que dans l’Hérault alors que ces 2 départements affichent des niveaux de prix similaires.

– Une évolution singulière ou « pêcher moins pour vendre mieux ‘

La diffusion d’une pêche industrielle et « productiviste ‘ est bien plus tardive en France qu’en Angleterre. Après avoir augmenté de 60% par rapport au milieu du XIX° siècle, la production nationale semble se stabiliser au niveau atteint en fin de siècle. Ce n’est qu’entre les deux guerres que la production explose, doublant quasiment, avec, au demeurant, la multiplication des bateaux à  vapeur. En Méditerranée, à  la quasi-stabilité de la production avant la première guerre mondiale succède une rapide augmentation ; puis, à  contrario du mouvement national, une certaine rétractation se manifeste, pour finir dans les années 1930 à  un niveau seulement supérieur de 30% à  celui du début du XX° siècle. Ainsi, avant la première guerre mondiale, la Méditerranée manque, comme peu ou prou la France entière, le train industrialiste. Alors que, la guerre passée, toute la France y monte en se pressant, elle en redescend assez rapidement dès le milieu des années 1920. Les années 1930 signent le retour à  ce qui semble être la « normale ‘ sur cet espace.

Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que le modèle industriel ou « productiviste ‘, se généralise finalement ou plus exactement peut être imposé ! Un Etat centralisateur et omnipotent issu de la guerre se veut accélérateur d’histoire en systématisant ce modèle, l’expérience ayant en effet largement montré sa productivité quantitative, en France et ailleurs. Cette systématisation nécessite la mise en place d’une structure pyramidale ayant le pouvoir de faire passer le message, les directives et les aides de l’Etat (en l’occurrence, la structure nationale des Comités de pêches) et donc conduit au bouleversement des anciennes structures professionnelles locales, les plus éloignées du modèle industriel, à  leur marginalisation ou à  leur « folklorisation ‘. De l’application de ce modèle résulte une modernisation des bateaux et des équipements, un développement des grands armements et finalement, par rapport à  l’entre-deux guerres, un quasi-doublement de la production à  la fin des années 1960. Reconduit dans les années 1980 sous l’autorité européenne, ce modèle s’essouffle. La compétition intra et extra européenne laisse peu de chances à  la pêche française (entrée de l’Espagne dans le marché commun, grands armements soviétiques) tandis que les diverses politiques européennes ne parviennent jamais vraiment à  préserver la ressource de façon « durable ‘. Le dépassement de la contradiction propre au modèle productiviste  » qui pousse les mêmes autorités d’un côté à  encourager la croissance de la production (par l’investissement), de l’autre à  la décourager pour préserver la ressource et l’environnement (quotas), et, d’un seul mouvement, à  faire tanguer les pêcheurs d’espoirs en désespoirs  » n’est pas encore réalisé.

La principale « spécificité ‘ méditerranéenne qui ressort de cette analyse sur longue période est le niveau du prix du poisson, plus élevé presque constamment depuis le XIX° siècle. Autrement dit, il existe un marché relativement autonome du marché « national ‘ ou parisien. Ce qui n’est pas spécialement mystérieux puisque cette façade maritime dispose de grands centres urbains (Marseille, Toulon puis Nice), qu’elle est très éloignée du centre privilégié du développement français, et sans trains de marée. Il existe par ailleurs des dynamiques économiques régionales autrement plus prometteuses que les emplois à  la pêche (pétrochimie implantée entre les deux guerres autour de l’étang de Berre, paquebots, tourisme etc.). Dans ce contexte, une gestion collective et territorialisée devient non seulement possible mais avisée, dès lors bien sà’r que les prix ne s’imposent pas de l’extérieur et que le marché local lui-même est suffisamment important et organisé . D’autant plus que ce modèle de gestion ne signifie pas forcément un rejet obscurantiste de la modernité « contrairement à  l’idée véhiculée par les discours « productivistes ‘ et consorts. Preuve irréfutable : si effectivement la Méditerranée fut très rétive à  l’introduction de la vapeur, elle fut très nettement en pointe, au sortir de la première mondiale, dans l’équipement en moteurs, technologie plus adaptée à  son modèle de pêche !

© Dessin de Beate Ketterl-Asch

III. Quelles implications pour la gestion prud’homale ?

Quelles qu’en soient les causes, la spécificité méditerranéenne ainsi définie a longtemps soutenu et revivifié le modèle de gestion prud’homal, malgré le cours contraire de l’histoire.

Soulignons que :

â–º il s’agissait de groupes professionnels territorialisés, ancrés sur un littoral particulier, par nécessité, soucieux de ce territoire et se soumettant à  une éthique et une discipline professionnelles,

â–º faute d’aller pêcher au loin -dans l’impossibilité de le faire ou, peut-être plus exactement ayant la possibilité de ne pas le faire-, ils ont développé une compétence particulière. Se limiter aux fonds proches obligeait à  la polyvalence, à  une connaissance fine de ces fonds et à  l’invention de techniques ad hoc.

De fait, les prud’homies ont développé une politique de la qualité plutôt que de la quantité, la recherche du « bon prix ‘ plutôt que celle des gros débarquements, le souci du renouvellement de la ressource proche, duquel la communauté des pêcheurs était strictement dépendante, plutôt que l’épuisement de fonds lointains qu’on peut à  tout moment délaisser pour d’autres, dans l’indifférence et le silence.

On comprend aisément que ce modèle de gestion ait été intellectuellement rejeté dès le tournant du XIX-XX° siècle, au moment où l’introduction de la vapeur et d’autres innovations techniques ouvraient la perspective d’une pêche industrielle généralisée, « productiviste ‘, lointaine et, en fait, ne nécessitant aucune territorialisation, bien au contraire. Dans ce cadre, la « petite pêche » méditerranéenne devenait le contre-exemple idéal : hors de la forme salariale qui s’imposait historiquement alors et de la spécialisation qui en constituait le corollaire, explorant des territoires restreints, fermés de facto à  la concurrence, et débarquant des apports dérisoires et variés, soit au total un particularisme jugé incompatible avec les besoins de la « masse ‘ rationalisés par le haut !

La « ruse de l’histoire » chère à  Hegel fait qu’aujourd’hui, avec l’épuisement des fonds mais aussi avec la défection tendancielle très large que connaissent les produits de masse, ce mode de gestion de la pêche retrouve sa légitimité perdue même s’il est loin encore d’être pleinement reconnu, y compris intellectuellement, par les institutions françaises et européennes.

En s’interrogeant sur un bon usage possible des compétences accumulées par les prud’homies en matière de gestion du littoral, ces réticences institutionnelles ne doivent pas être négligées, de même qu’il serait illusoire de penser que la « méditerranéité ‘ du pêcheur est une entrée nécessaire et suffisante pour un traitement durable de l’environnement. La pêche industrielle, au cours de l’histoire, n’a pas été absente sur le littoral méditerranéen, spécialement après la seconde guerre mondiale, disons même qu’elle y est toujours présente et parle souvent haut en étant toujours la seule interlocutrice reconnue. A ces deux points de vue, une « reformalisation ‘ de la pratique prud’homale apparaît incontournable, particulièrement dans son rapport à  l’environnement

Graphique sur l’évolution des apports de la pêche sur longue période – Source CERS

Premiers résultats d’une étude en cours réalisée avec la coopération de César Centi, CERS Univ. Aix-Marseille II

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Mulet froid en gelée en belle-vue (4 personnes)

Pour réaliser cette recette il faudra le choisir plutôt gros, 1 kg environ, et prévoir 1 gros oignon, 1 carotte, 1 branche de céleri, du thym et du laurier, 10 cl de vinaigre, 6 œufs durs, 80 g de beurre, 5 cl de crème, 3 tomates, 300 g de macédoine de légumes, 6 feuilles de gélatine, de la laitue, de la mayonnaise, du vert de poireau, du cerfeuil et du persil haché. Pour l’assaisonnement nous aurons besoin de sel gros, sel fin, poivre et piment de Cayenne.

Une fois le poisson nettoyé, faites un court-bouillon avec l’oignon, la carotte, le céleri, le tout coupé en petits dés dans de l’eau. Ajoutez le thym, le laurier, le vinaigre, du gros sel et du poivre de Cayenne.

Placez le poisson sur la grille de la poissonnière, puis immergez-le dans le court-bouillon refroidi. Pochez pendant 15 mn environ en évitant toute ébullition. Laissez refroidir le mulet dans sa cuisson.

Ecalez les œufs durs, coupez les en deux, retirer et écrasez les jaunes. Mélangez avec le beurre, la crème fouettée, sel et poivre. Remplissez les blancs avec cette farce avec une poche à  douille cannelée. Coupez les tomates en deux et videz-les. Remplissez avec la macédoine de légumes.

Chauffez 1 litre de court bouillon refroidi et passé, et ajoutez les feuilles de gélatines ramollies dans de l’eau froide. Pelez le mulet en prenant soin de retirer totalement les parties noirâtres et de gras, glacez-le avec la gelée et placez-le en enceinte réfrigérée une vingtaine de minutes. Renouvelez l’opération une fois.

Décorez le mulet, avec le vert de poireau blanchi, des détails de tomates, le cerfeuil, quelques feuilles d’estragon blanchies en forme de fleur etc.

Déposez-le sur le plat de service, sur un lit de feuilles de laitue. Disposez autour, les blancs œufs durs et les tomates garnies de macédoine. Accompagnez de sauce Vincent (mayonnaise + jus de cerfeuil et persil haché)

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Aile de raie en friture

Si la raie est entière, je la cuis al-dente au court-bouillon ou sur la plaque du four. Une fois cuite, la peau et le cartilage se détachent facilement. Avec un filet d’huile d’olive, et un peu de sel, c’est comme cela que l’on sent le mieux le goà’t du poisson. Pour cuisiner directement les ailes de raie, je les farine et les fais frire à  l’huile dans la poêle. Elles gardent leur goà’t et sont croustillantes.

* Jean-Michel Cei est patron pêcheur et prud’homme de Sanary sur mer

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Saumonette à  la tomate

Je fais revenir quelques minutes les filets de saumonette et les mets de côté. Par ailleurs, je fais revenir de l’échalote dans l’huile, je rajoute un peu de vin blanc, puis des tomates pelées et concassées, et je relève cette sauce avec sel, poivre et peu de piment. Quand la sauce est un peu épaisse, je rajoute le poisson 10 mn et le sers avec du riz.

* Jean-Michel Cei est patron pêcheur et prud’homme de Sanary sur mer

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