Cinq raisons de douter d’un accord international sur le climat

Du 31 mai au 11 juin, à  Bonn, 180 représentants ont tenté de relancer le processus de négociations d’un accord international sur le climat, dans l’indifférence médiatique (presque) générale. L’excès d’enthousiasme qui avait caractérisé Copenhague s’est mué en une prudence discrète, voire un pessimisme affiché.

Christiana Figueres, la remplaçante d’Yvo de Boer au poste de secrétaire exécutif de la Convention climat des Nations unies (UNFCCC), a estimé que le processus pourrait durer «20, 30, 40 ans’ et qu’un accord légalement contraignant était improbable dans les années qui viennent. Ce qui nous mène au mieux en 2040, date à  laquelle les scientifiques du Giec ne répondent plus de rien sur l’état du climat. Pourquoi les négociations ne sont-elles pas à  la hauteur de l’enjeu?

Copenhague, un «momentum’

A l’ouverture de la conférence de Copenhague, une vague d’enthousiasme faisait croire à  un événement historique. Pour plusieurs raisons. Le changement de présidence américaine laissait espérer un nouveau volontarisme politique en matière environnementale. Barack Obama s’était engagé sur le principe d’objectifs de réduction contraignants et sa présence à  Copenhague marquait symboliquement le changement d’attitude des Etats-Unis, indispensable pour parvenir à  un accord.

L’Union européenne voulait jouer un rôle de chef de file, se disant prête à  aller jusqu’à  -30% d’émissions en 2020 par rapport au niveau de 1990 si les autres pays développés suivaient. La couverture médiatique —5.000 journalistes, la présence de 115 chefs d’Etat et de dizaines de milliers d’observateurs » ont aussi contribué à  donner à  ce sommet une envergure sans précédent. Au moins depuis Rio en 1992. Présenté comme une occasion historique par les ONG et les médias, il a pourtant été un échec politique, révélant les dissensions entre pays développés et pays émergents.

Le processus a butté sur le duel Chine/Etats-Unis (qui représentent environ 40% des émissions mondiales). Les premiers exigent un engagement plus conséquent des Américains, qui, eux, refusent d’entrer dans un système contraignant qui exclurait la Chine et les autres pays émergents.

Le sommet s’est finalement achevé sur une déclaration politique non contraignante qui n’a satisfait personne. On y trouve un objectif de limitation de l’augmentation de la température de la planète en-deçà  de 2°C d’ici à  la fin du siècle, mais sans donner les moyens d’y parvenir, et une enveloppe de 100 milliards de dollars d’ici à  2020 pour soutenir l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques.

Climato-scepticisme et crise économique

Dans la foulée de cet échec politique, le doute scientifique s’est répandu avec la polémique autour du travail du Giec, qui a fait les choux gras des climato-sceptiques. Aux Etats-Unis, en 2010, 48% des Américains interrogés estiment que le changement climatique est exagéré, soit 20% de plus qu’en 2006.

La crise économique, qui a détruit près de 30 millions d’emplois dans le monde, est le facteur le plus aggravant qui relègue la question du climat au second plan. En France, cette frilosité s’est manifestée par le retrait du projet de «taxe carbone’, en mars dernier, au motif que nous ferions cavalier seul en Europe (ce qui n’est pas le cas puisque la Suède ou encore la Finlande l’ont déjà  instaurée). Après l’échec de sa tentative de leadership à  Copenhague, l’Union européenne a adopté une position attentiste.

A Bonn, les négociations ont permis de renouer la discussion, mais le flou demeure sur l’avenir du protocole de Kyoto, sur les objectifs de réduction des gaz à  effet de serre et la répartition de l’effort entre les pays.

«La tragédie des communs’

«Si je n’émets pas, mon voisin le fera.’ Cette conception désastreuse de la diplomatie climatique dicte l’attitude des négociateurs. Y voir l’expression d’une mauvaise volonté généralisée serait trop réducteur. Les blocages sont aussi liés à  la nature du problème climatique. On essaie de s’entendre, à  l’échelle globale, sur la préservation de biens naturels comme l’atmosphère, les mers ou la biodiversité. Dans cette configuration « une ressource en libre accès considérée comme un bien commun » on observe un phénomène systématique de surexploitation. La «tragédie des communs’, outil d’analyse popularisé en 1968 par un article du biologiste Garret Hardin, illustre parfaitement ce phénomène.

L’auteur prend l’exemple d’un village d’éleveurs, où chacun peut faire paître ses animaux dans un pré commun à  tout le village. Si aucune règle n’est fixée, chaque fermier a intérêt à  y conduire son bétail le plus souvent et le plus longtemps possible. S’il ne le fait pas, d’autres profiteront du champ à  sa place.

Autrement dit, les acteurs rationnels ont intérêt à  ne pas coopérer, sous peine d’être victimes de la non coopération des autres acteurs. Dans la parabole, le pré se transforme en champ de boue stérile. Dans la réalité, cela signifie que tout le monde a intérêt à  adopter la position du passager clandestin: profiter de la ressource en contribuant le moins possible à  sa préservation.

Il est possible d’éviter ce genre de désastre en instaurant des mécanismes de régulation, comme la privatisation, la nationalisation ou encore la gestion commune. Mais dans le cas de ressources non appropriables, l’atmosphère, la biodiversité ou les mers, la régulation est difficile à  mettre en œuvre. La «tragédie des communs’ s’applique bien, par exemple, à  l’épuisement des pêcheries mondiales, thon rouge, morue canadienne, merlu… soumises à  une forte demande et une compétition pour l’accès aux stocks. En l’absence d’une autorité coercitive, ou, au moins d’une entente générale sur la répartition des efforts de préservation, chacun a intérêt à  adopter la position du passager clandestin: profiter au maximum de la ressource en contribuant au minimum à  sa préservation.

Les limites du cadre onusien

Le modèle de la grande conférence internationale à  190 pays est-il encore viable? On cite souvent le Protocole de Montréal, signé en 1987 pour lutter contre la destruction de la couche d’ozone, comme un exemple de réussite d’un traité international sur l’environnement. Ratifié par 196 pays à  ce jour, il est le premier (le seul) traité environnemental à  avoir obtenu une adhésion universelle. «On a eu tendance à  ériger le Protocole de Montréal en modèle pour mettre en place celui de Kyoto’, explique Philippe Le Prestre, professeur de science politique à  Québec et spécialiste de l’environnement et des relations internationales. «Mais le problème des chlorofluorocarbures concernait quelques industriels contrairement à  la question du changement climatique, qui est globale. Il y a une illusion cosmopolitique de croire qu’à  un problème global correspond forcément une solution globale’.

Le bilan de Kyoto, qui arrive à  échéance en 2012, est mitigé. L’objectif était de réduire de 5% les émissions de gaz à  effet de serre (GES) par rapport à  leur niveau de 1990, or elles ont augmenté de 30% dans le monde. Il y a au moins trois raisons à  cela. Des Etats comme la Chine, l’Inde, le Brésil, considérés à  l’époque comme des pays en développement, n’ont pas été soumis à  des objectifs de réduction. Les Etats-Unis, qui représentent environ 20% des émissions mondiales, ne l’ont pas ratifié. Enfin, certains signataires n’ont pas tenu leurs engagements. Le Canada, par exemple, dont les émissions ont augmenté de 28% loin des -6% prévus.

Les négociations sur l’après-Kyoto opposent des intérêts très divergents entre les pollueurs historiques, les pays émergents et ceux qui subissent le réchauffement climatique sans y contribuer. La recherche d’un consensus est un casse-tête qui entraîne les blocages éprouvés à  Copenhague.

La politique des petits pas

Face aux ratés de la négociation globale à  190 Etats, d’autres mécanismes pourraient s’imposer. A Bonn, une politique des petits pas se dessine qui privilégie les accords bilatéraux et sectoriels, comme sur la déforestation ou les transferts de technologies. «Il n’est pas impossible que le futur régime climatique repose sur des politiques régionales ou nationales, dont il ne faut pas sous-estimer l’impact, et avance par négociations ciblées. Par ailleurs, le modèle de négociation traditionnel entre les Etats s’est transformé et fait intervenir de nouveaux acteurs comme les ONG et entreprises, ce qui ne va pas sans poser des questions de gouvernance’, souligne Philippe Le Prestre. Est-ce à  la mesure de l’enjeu? Probablement pas. Mais c’est tout ce que l’on semble pouvoir espérer pour l’instant.

Anne de Malleray

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Sommet 2010 de l’Alliance « Produits de la mer ‘

Une forte représentation de l’industrie de la pêche et de l’aquaculture dans cette organisation. Alors que Findus ouvrait le sommet ce dimanche matin 31 janvier 2010, certains d’entre nous se demandait si nous étions au bon endroit, au bon moment ! Mais l’exposé de Daniel Pauly qui a suivi était d’un tout autre genre… Les diapositives de sa présentation sont disponibles sur le site de l’Alliance Produits de la mer, ainsi que sa conférence, en langue anglaise. Un article, en français, reprend les points forts de son intervention dans la revue de L’encre de mer n° 24-25.

D’autres présentations ont attiré notre attention (visibles également sur le site de l’alliance) :

– OCEAN 2012  » Une coalition d’organisations pour une nouvelle politique de la pêche
européenne. Présenté par Markus Knigge (Pew Environment Group) et Beatrice Gorez (CAPE Coalition pour des Accords
de Pêche équitables).

– Nos futurs océans, plus chauds, plus hauts, plus acides Est-ce un problème ? Animé par Kristian Teleki (SeaWeb) ; intervenants : William Cheung (Université d’East Anglia), John
Pinnegar (Centre for Environment, Fisheries & Aquaculture Science) et Dr. Carol Turley (Plymouth
Marine Laboratory).

– Les démarches qualité et marques collectives : première étape vers une pêche
responsable ? Présenté par Isabelle Letellier (Normapêche Bretagne).

Le Collectif Pêche et Développement a participé au panel suivant :

Pêche et conchyliculture en 2020 : une démarche environnementale à  l’échelle
planétaire, une organisation économique et sociale à  l’échelle humaine
Une vision prospective fondée sur plusieurs axes :
– Les interactions environnementales sous l’angle de la biodiversité et du plancton conduisent à  une
vision planétaire de la ressource et à  une attention particulière à  la gestion littorale, avec la coopération
des pêcheurs et conchyliculteurs artisans.
– Le choix de production est tourné vers l’artisanat, ses capacités d’adaptation aux écosystèmes et
d’implication dans les gestions territoriales.
– La consommation privilégie les espèces locales, basiques ou de luxe, plutôt que l’importation de
produits industriels.
– La politique des pêches et aquacultures artisanales, intégrées aux territoires, recourt à  une gestion
décentralisée, à  échelle humaine.

Animé par Benoît Guérin (Conseil Consultatif Régional pour les eaux occidentales australes – CCR-S) ;
intervenants : Christian Décugis (Comité local des pêches et élevages marins du Var), Philippe
Favrelière (Collectif pêche et développement), Pierre Mollo (biologiste) et Elisabeth Tempier (Collectif
pêche et développement – antenne Méditerranée).

Quelques photos prises sur le vif ! (cliquer sur la photo)

Sommet 2010 Alliance des produits de la mer
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37ème festival mondial de l’image sous-marine à  Marseille

Philippe Joachim et Alain Ponchon, photographes de L’encre de mer, ont remporté le 1er prix plongée magazine du reportage sous-marin au 37ème Festival mondial de l’image sous-marine qui s’est déroulé à  Marseille. Leur « berger de la mer ‘ est Gérard Carodano, Prud’homme de La Ciotat (cf. Encre de mer n°22-23)

Photo Philippe Joachim

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Les poissons font-ils l’amour ? et autres questions insolites sur les poissons

Ecrit par deux scientifiques, Jacques Bruslé et Jean-Pierre Quignard, ce livre permet en quelques questions ludiques de mieux comprendre la constitution et les comportements de nos êtres aquatiques, et incidemment de percevoir les bouleversements engendrés par les activités humaines. Ci-après, 2 citations qui, si elles ne reflètent pas vraiment l’esprit de l’ouvrage, ont attiré notre attention.

« L’intensification des travaux d’endiguements et de chenalisation des cours d’eau, la régularisation des lits des fleuves, la segmentation des rivières par des barrages hydroélectriques ont pour conséquence de réduire le nombre et la qualité des habitats des poissons Les dégâts causés par les dragages pour l’extraction de graviers provoquent une turbidité des eaux et causent la disparition, faute de lumière, des végétaux aquatiques servant d’abris et de garde-manger à  de petits poissons comme les épinoches ; ils ont également des effets considérables pour les truites et autres salmonidés, en raison du colmatage de leurs frayères, faites de graviers, par des particules fines (argiles, vases). Par ailleurs, () le réchauffement des eaux par les effluents domestiques et surtout par les centrales électriques est nuisible aux espèces d’eau froide comme les salmonidés. Les cours d’eau européens n’hébergeront bientôt plus que les espèces véritablement résistantes, tels les carpes et les poissons-chats, qui tendent à  devenir universelles ! ‘
A propos de l’introduction d’espèces exotiques qui deviennent invasives, nos auteurs notent que le Canal de Suez « a provoqué l’arrivée en Méditerranée de plus de 600 espèces d’immigrants (qualifiés de lessepsiens) originaires de la mer Rouge, dont à  ce jour 68([Passées à  73 à  ce jour : note de JP. Quignard)] espèces de poissons qui prennent la place des espèces autochtones, tels les sigans Siganus rivulatus, des herbivores qui remplacent progressivement notre saupe, Sarpa salpa ‘.

Et l’on apprend également que le parasite de l’anguille européenne qui la rend inapte à  migrer en profondeur pour rejoindre son aire de ponte naturelle dans la mer des Sargasses, provient de l’introduction en Europe occidentale d’anguilles japonaises destinées à  l’élevage, ces dernières étant résistantes à  ce parasite.

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Les richesses de la terre et de la mer dans les yeux des enfants

A l’occasion des journées mondiales de l’environnement, l’Antenne Méditerranée était invitée à  Solliès-Toucas (Var) pour témoigner, devant scolaires et séniors, de l’expérience des pêcheurs artisans et de l’intérêt à  redécouvrir les apports des pêches locales.

Dès les premières diapositives, bien que n’habitant pas directement sur le littoral, notre jeune public a « mordu à  l’hameçon », cherchant à  identifier les espèces cachées au fond de l’eau, devinant les cartes représentatives des fonds marins, s’exclamant devant les vues sous-marines de P. Joachim et A. Ponchon, photographes de la revue de L’encre de mer. L’idée était de se mettre dans la tête d’un pêcheur artisan qui compose avec les fonds, les vents, les courants, les passages saisonniers de certaines espèces, et les règles collectives fixées notamment par les Prud’homies de pêche. Nos auditeurs scolaires ont déjà  une culture maritime, connaissant les herbiers de posidonies et leurs multiples vertus, reconnaissant la murène cachée dans son trou, ou la sole enfouie dans le sable.

Changement d’échelle avec un petit film documentaire : « Planctonique, le petit peuple de l’eau » d’Eric Billon. Les larves microscopiques de blennies soulèvent des éclats de rire tandis que la fécondation des ovules d’oursins prête à  sourire…

– Quelle chance ont ces enfants de voir cela, nous confie un adulte.

Mike Tommasi, engagé dans Slow-Food Provence explique la démarche de l’Association – promouvoir des produits bons (goà’teux), propres (sains) et justes (d’un juste rapport pour les producteurs) – qu’il illustre par de nombreux exemple.

Le goà’ter est un vrai « bon » goà’ter avec des tartines au chocolat, des cerises fraîchement cueillies, du Gambetta-limonade et de l’antésite !

Merci à  tous pour cette belle rencontre…

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Lire l’article de Var Matin du 14 juin 2010

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Plancton, poissons, invertébrés : un site plein de ressources… marines

Le plancton devient incontournable, faut dire qu’il paraît logique de partir du commencement pour comprendre ce qu’il se passe dans la mer.

Pour vous familiariser avec les formes étonnantes de ces espèces, vous pouvez consulter le site « Côte Bleue » qui met à  notre disposition un grand choix de photos planctoniques, mais aussi sur les poissons, mollusques… avec des fiches pédagogiques synthétiques. Un bel outil à  la disposition de tous !

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Un réseau mondial sur la biodiversité va être créé

Un grand pas a été franchi, vendredi 11 juin, vers la création d’un réseau mondial d’expertise sur la biodiversité, à  l’image de ce qui existe depuis 1988 pour le climat à  travers le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). A l’issue de cinq jours de négociations, quelque 90 Etats, réunis à  Pusan (Corée du Sud) sous l’égide des Nations unies, ont adopté à  l’unanimité une recommandation favorable à  la création d’une Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES en anglais)…

Si cinq principales menaces pour l’avenir de la biodiversité ont été identifiées (la surexploitation des ressources naturelles, le changement d’affectation des sols, qui transforme les espaces naturels en cultures ou en villes, les pollutions, la prolifération des espèces invasives et le changement climatique), il reste à  mieux comprendre et hiérarchiser leur impact…

L’idée de cette plateforme, dont l’ambition est d’éclairer les décisions que doivent prendre les gouvernements à  un moment où la nature disparaît à  un rythme sans précédent dans l’histoire de l’humanité, est née en 2005, après la publication de l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire.

Ce rapport, réalisé sous l’égide des Nations unies grâce aux contributions de près de 1 400 scientifiques, offrait une vision globale et ô combien inquiétante de l’état des ressources naturelles dont dépendent les sociétés humaines pour leur survie : effondrement des stocks halieutiques, mortalité élevée des récifs coralliens, destruction des grandes forêts tropicales…

L’IPBES, comme le GIEC, sera donc une organisation intergouvernementale dont la mission première sera de fournir aux gouvernements des évaluations et des scénarios sur l’évolution à  venir de la biodiversité mondiale. Les pays en développement, où se concentre la plus grande diversité naturelle, ont cependant exigé d’encadrer étroitement le mandat des scientifiques, afin que l’IPBES ne joue pas les donneuses de leçon à  l’égard d’Etats peu respectueux de leur patrimoine naturel…

NDLR : La diversité planctonique qui est à  la base des chaines alimentaires aquatiques et de la bonne santé des écosystèmes marins fera t-elle partie des observations ?

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De futurs cuisiniers découvrent les apports de la petite pêche et le cachet du port du Niel

Ce mercredi 9 juin, une classe du lycée hôtelier de Toulon, accompagnée des professeurs de cuisine, Guy Oboeuf et Patrick Legouy, est attendue sur le petit port du Niel par le Prud’homme pêcheur de Giens, Luc Coupez allias Pépito, et ses amis : Laurence et Jean-Pierre Pirault. La pêche est bonne, la soupe de poissons mijote, le barbecue calé entre les roches de la digue se prépare, et les élèves découvrent la découpe des filets de saupe pour la préparation de carpaccio. Les convives sont surpris de la finesse de la saupe crue, finement découpée et agrémentée d’une bonne huile d’olive et d’une pincée de sel. La diversité des poissons grillés – dorades royales, dorades grises, sars et mulets – permet des comparaisons dans les textures et les saveurs. Le ciel venté et légèrement voilé nous protège du cagnard. L’on échange des recettes, de poissons bien-sà’r. Surprise du dessert, le repas sur la digue prend des allures princières avec les « forêts noires » préparées par les élèves !

La découpe du poisson cru ou cuit est un métier comme en témoignent certaines réflexions :


– Respecte-le ton poisson
– Je le respecte
– Non, tu l’as tordu.

Plusieurs pêcheurs du port, actifs et retraités, viennent échanger quelques mots. L’un d’entre eux raconte la pêche communautaire du lamparo, exercée avant les années soixante, par 3 ou 4 bateaux. L’un d’entre eux portait la lampe pour attirer et concentrer les bancs de sardines et les rapprocher de la côte :  » Les bancs remontaient petit à  petit en tournant, ils tournaient parfois plusieurs heures…« . C’était avant la poulie remonte-filets et le filet de 40 m de hauteur était remonté à  bras. Les heures travaillées étaient longues mais les barcades réservaient toujours 3 caissettes de sardines à  faire griller sur la digue, une tradition bien ancienne dans ce petit écrin portuaire.

Avec les dernières tempêtes hivernales, les pannes se sont vidées. Si ces dernières, rodées à  toute épreuve, n’ont pas souffert : « Je les ai toujours connues, elles ne bougent pas » confirme Pépito, il en est autrement de quelques vedettes de plaisance. « L’une d’entre elles, mal amarrée, est venue percuter les autres« . Les bateaux de pêcheurs dont les vives couleurs animent le site ont vu, sans dommages, voler les vagues par dessus les roches. Leurs propriétaires veillent naturellement à  tendre les amarres. Pensez donc ! Le port, c’est l’antichambre de leur jardin maritime dont les innombrables tumultes sont bien familiers.

« Et bien, vous avez beau temps pour pêcher en ce moment » nous disent certains clients. Heureusement, que l’on a aussi du beau temps, on y a droit à  ces jours-là  ! Certains matins d’hiver où j’entends le vent, je n’ai vraiment pas envie de me lever pour aller chercher les filets. Mais, question de principe, je ne laisse pas les filets à  l’eau, le poisson serait gâché. Et quand je reviens, je suis content, mais vraiment content, de l’avoir fait !

Des yachts de plus en plus grands traversent au large : « Autrefois, quand il en passait un de 20 ou 30 m, nous étions tous sur la digue pour le voir. Aujourd’hui, ils sont beaucoup plus grands et il en passe bien 3 en une heure de temps ». Un autre monde parfois : « Je connais le propriétaire d’un yacht à  Cannes, un investissement de 9 millions d’euros. Il passe de temps en temps un week-end en Corse avec ses amis. Son bateau consomme en deux jours 20.000 l, c’est à  peu près la consommation de tous les pêcheurs du Niel pour travailler pendant 5 ans ! »

Au port, un collègue s’équipe pour aller caler : « C’est bien parce que j’ai une commande de bouillabaisse… sinon je ne sortirai pas » explique le patron. Et oui ! Dans cette petite pêche du bout du monde et du fond des âges, l’on travaille parfois à  la commande.

Puissent nos Politiques faire une belle place à  cette pêche légendaire, et préserver le cachet de ces sites portuaires qui sont de véritables patrimoines collectifs.

Autres photos du Port du Niel

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Thon: un compromis entre Paris et Bruxelles qui irrite les senneurs

PARIS — Bruxelles et Paris sont finalement parvenus vendredi à  un compromis sur les quotas français de pêche au thon rouge cette année, en allouant 171 tonnes supplémentaires à  la pêche artisanale et côtière, mais les pêcheurs industriels font grise mine.

Mercredi, la Commission européenne avait décidé de fermer de manière anticipée la pêche industrielle pratiquée par les thoniers senneurs en Méditerranée, six jours avant la fin officielle de la campagne 2010, arguant que les quotas étaient déjà  épuisés. La pêche artisanale et côtière restait, elle, autorisée jusqu’à  la fin de l’année.

Cette décision avait provoqué la colère des pêcheurs français, qui contestaient avoir atteint leurs quotas. Et le ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire avait demandé à  Bruxelles de lui fournir des preuves, réclamant, à  défaut, deux jours de pêche supplémentaires pour les senneurs.

Vendredi, au terme de trois jours de bras de fer, la Commission a reconnu que la France n’avait pas utilisé tout son quota. Il lui reste 171 tonnes, selon le décompte du ministère de l’Agriculture et du Comité des pêches maritimes. Un ordre de grandeur confirmé par la Commission.

Pour autant, les senneurs, dont sept bateaux attendaient encore à  Malte une levée de l’interdiction, ne sont pas autorisés à  reprendre leur activité. Pour eux, la décision d’arrêter la pêche est « irréversible », a prévenu la Commission.

Du coup, c’est la pêche artisanale qui hérite du reste de ce quota, en plus des droits qui lui sont normalement alloués pour cette espèce jugée menacée par les scientifiques et les écologistes.

Bruxelles ne voit pas d’objection à  ce transfert, « l’essentiel étant que les méthodes (de pêche) utilisées soient des méthodes durables », a expliqué le porte-parole de la Commission en charge de la pêche, Oliver Drewes.

Autoriser les senneurs à  pêcher ce reliquat aurait représenté un risque de dépassement du quota, compte tenu des quantités de poisson qu’ils sont en mesure de prendre en une seule fois, fait-on valoir à  la Commission.

Une décision qui n’est pas du tout du goà’t des senneurs.

Malgré l’erreur de la Commission, « le poisson ne sera pas pêché par les senneurs mais par d’autres », regrette Bertrand Wendling de la Sathoan, organisation de thoniers-senneurs basée à  Sète (Hérault). Sa décision est « inacceptable car la perte pour nos armements est importante ».

« Cela ne règle rien », renchérit Serge Perez, thonier à  Port-Vendres (Pyrénées-Orientales) et vice-président du Syndicat des thoniers de Méditerranée (STM). « Tant mieux pour la pêche artisanale, mais c’est honteux de prendre aux uns pour faire plaisir aux autres ».

De même, Pierre-Georges Dachicourt, président du comité national des pêches, « regrette vivement » que la Commission n’ait pas rouvert la pêche aux senneurs.

Le reliquat « sera pêché par les entreprises lésées, selon des méthodes de la pêche artisanale et par les petits métiers, décimés ces dernières années par le lobbying intensif des ONG contre la pratique, pourtant ancestrale, de la thonaille », affirme M. Dachicourt.

Pour Greenpeace, « en réallouant les quotas à  la pêche artisanale, la Commission a adressé un messages aux senneurs: est-on en train d’assister à  la fin de la pêche industrielle (du thon rouge)? » s’est demandé François Chartier, chargé des Pêches à  Greenpeace.

Les thons rouges peuvent être capturés à  la senne, de grandes nasses permettant de les prendre vivants pour les transférer vers des « fermes » et les engraisser en haute mer, ou à  la palangre (des lignes d’hameçons) et à  la canne notamment.

Ces dernières années, les quotas de capture de thon rouge, très prisé à  l’exportation sur le marché japonais où il finit souvent en sushi, ont été nettement réduits, sans que les stocks se renouvellent suffisamment aux yeux des scientifiques.

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Les subventions européennes aux pêcheurs favorisent la surpêche

Les subventions européennes versées aux pêcheurs ont en partie encouragé la surexploitation des stocks de poisson et le maintien de capacités de pêche excessives par rapport aux ressources disponibles, selon une étude publiée mercredi. Cette enquête, réalisée par l’ONG Pew Environment Group et la société de conseil britannique Poseidon dans dix Etats de l’UE, a porté sur quelque 93 % des 4,9 milliards d’euros versés au titre de l’Instrument financier d’orientation de la pêche (IFOP) entre 2000 et 2006. « Le lien entre les subventions à  la pêche et la surexploitation des stocks est clair », estime Tim Huntington, consultant chez Poseidon.

Si plus de la moitié des fonds versés (54 %) ont eu un impact neutre, quelque 29 % ont contribué à  l’augmentation des capacités de pêche (modernisation des navires ou construction de nouveaux principalement), alors que seuls 17 % ont effectivement permis la réduction des capacités (primes à  la casse notamment), selon l’étude. L’argent a plus servi à  moderniser et à  construire des navires de plus de 24 mètres, alors que la proportion s’inverse dans le cas de la pêche côtière artisanale de moins de douze mètres, selon l’étude.

L’objectif de l’IFOP est de « renforcer la compétitivité » du secteur de la pêche tout en « contribuant à  atteindre un équilibre entre les ressources et leur exploitation », selon la Commission européenne. Mais cet équilibre est loin d’avoir été obtenu, selon les chiffres de l’enquête. C’est le cas de la pêche thon rouge, qui a bénéficié en France et en Espagne de 7,4 millions d’euros d’aides à  la construction et à  la modernisation de navires, contre seulement 1,7 million d’euros d’aides à  la casse, selon l’étude qui a analysé les données du site Internet Fishsubsidy.org.

Les données permettent par exemple de voir que les thoniers français des ports de Sète, Marseille ou Port-Vendres ont continué de bénéficier de centaines de milliers d’euros de subventions pour construire ou moderniser des navires de 30 à  40 mètres pendant la période de l’étude. Le même site a permis de recouper qu’environ 13,5 millions d’euros de subventions ont été versées entre 1994 et 2006 à  des navires reconnus coupables d’infractions aux règles de la politique commune de la pêche dans les eaux italiennes, françaises et espagnoles.

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