Gestion des palourdes et coques dans la rivière de Pont-L’abbé (suite)

Une gestion « à  vue », au plus près de l’évolution des écosystèmes : les pêcheurs professionnels ont observé que la taille des coques et palourdes diminuait, ils ont donc décidé un « repos biologique » par la fermeture de deux parties du banc de la rivière : l’Ile Chevalier et l’Ile Tudy…

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Pêche dans le Golfe du Lion : une série d’articles sur Midi Libre…

Franc-Parler : … Pêcheur conchyliculteur, ancien prud’homme, Alain Cabrera pêche depuis l’âge de 14 ans…. « L’étang, il est à  tout le monde et à  personne. Il faut donc que tout le monde rame dans le même sens : bassin versant, pêche, plaisance, tout est lié. ‘ Et tout miser sur le milieu : « L’étang est une nurserie, une frayère, qui irrigue la Méditerranée. ‘ …  » Si les prud’homies disparaissent, il n’y aura plus de pêcheurs. ‘ Alain Cabrera voit trois priorités : « Préserver l’étang des lots de coquillages contaminés ; revenir au travail des fonds à  la drague pour les plan coquillés et enfin prendre en compte la pollution en hydrocarbures du port de Sète. ‘

On ne peut dire à  un type : « va travailler à  terre ‘ Henri Gronzio, Président du Comité régional des pêches… Regardez les thoniers : le quota accordé ne pourra permettre de maintenir la flotte. Du coup, certains ont déjà  exprimé leur volonté de se reconvertir, mais comprenez bien que cela ne peut se faire qu’à  condition de ne pas faire de mal aux autres segments de la pêche. Il ne peut y avoir de reconversions sauvages… On voit aujourd’hui des matelots de thoniers qui veulent aller sur la petite pêche à  l’étang. Certains veulent passer en force mais il faut bien gérer cela. Et pourtant, comment dire à  un type d’aller travailler à  terre ? Les patrons thoniers souffrent, leurs matelots aussi, mais il y a aussi les chalutiers pélagiques qui, du fait de l’absence de poisson bleu, sont désormais menacés… Notez bien que jusque-là , les thoniers avaient pris l’habitude de traiter directement avec Paris. Comment les pêcheurs peuvent-ils nous en vouloir aujourd’hui ?… On vient régulièrement me voir pour que j’appose mon avis à  une demande de PPS (permis de pêche spéciaux régissant par exemple l’infime quota de thon pouvant être pêché à  l’hameçon). Que voulez-vous que je fasse ? Que je le refuse à  l’un pour l’accorder à  un autre sous prétexte que sa tête me revient ? Impossible. Je mets « favorable » à  tout le monde, et ça part à  la Direction des pêches. Qu’ils se débrouillent avec leurs incohérences… Et c’est pareil pour le lamparo (senne coulissante utilisée pour pêcher le poisson bleu). Le passage de certaines grosses unités à  ce type de pêche a été refusé par la commission chargée de trancher. Mais comment empêcher un pêcheur de vouloir gagner sa vie ?…

L’équilibre est fragile. Pierre d’Acunto président de l’Association méditerranéenne des organisations de producteurs… Il a sa petite idée sur ce qui menace, peut-être plus encore que le fioul, la flottille de chalutiers : la rupture d’un équilibre fragile entre les différents segments de la pêche méditerranéenne. « Celui qui est le moins endetté s’en sortira… Mais il faudra faire avec la mévente du poisson et, surtout, le transfert de certains armements d’une activité sur l’autre. On a vu que, faute de poisson bleu, pas mal de pélagiques se sont rabattus sur le filet de fond. Et quand j’entends que des thoniers de 35 à  40 m veulent se mettre au lamparo … Je comprends ces patrons mais si la Direction des pêches ne fait rien, l’équilibre sera rompu. ‘ Une menace qui, pour l’ancien prud’homme, pèse aussi sur les petits-métiers, activité qui reste très attractive pour les matelots débarqués de grosses unités. Du coup, plus que jamais, « c’est chacun pour sa poire… ‘. Même si cette année, les chalutiers, grands consommateurs de gazole, ont vu leurs charges diminuer sur ce poste (le litre est tombé à  0,40 € alors qu’un chalutier en engloutit de 1 500 à  2 000 par jour), ils n’ont néanmoins pas pu se remettre à  flots. La raison ? L’effondrement du prix du poisson : la dorade de 200 g vendue 2 € le kilo en criée, le merlan, payé 6 € en 2007, tombé à  3 € quelques mois plus tard…

Je savais que ça ne durerait pas
… Comme son père, son grand-père, ses oncles, Alain Laplace a arpenté mer et surtout étang pour subsister. Quand il parle lagune, c’est du vécu. A ses côtés, son fils Cyril, petit-métier de l’étang depuis une douzaine d’années… « Au début des années 1970, 600 pêcheurs travaillaient sur l’étang… autour de Roquerols, 30 types pêchaient à  l’arseillère ‘… Alain, préférait pêcher en apnée les palourdes et caler quelques filets : « à‡a faisait vivre son homme, ça, les palourdes, comme les huîtres plates pêchées à  la drague » Tous les jours, il plongeait sur des fonds de 2 à  11 m, de 10 h 30 à  15 h. En 4 à  5 heures, il sortait 30 kg de palourdes, cinq jours sur sept… Avec son fils, ils ont pêché au palangre, à  la mer, puis sur l’étang. « Car à  la mer, c’est encore plus dur. On n’y va qu’après les gros coups de sud »… Alain se fait du souci pour lui. Il y a dix fois moins de poisson qu’avant. Alors certes, il y a bien les palourdes, que Cyril plonge en libre : « Mais il y en a peu et quand il y en a, il n’y a pas les prix… ‘ Quant à  commercialiser par d’autres voies que les circuits traditionnels, dont la criée, père et fils ont du mal à  y croire : « Quand tu as 20 kg de poisson, tu seras peut-être content de vendre en direct, à  bon prix. Mais comment tu fais quand tu en pêches 400 kg ? ‘… « Pendant ce temps, des chalutiers sont propulsés par des moteurs développant deux fois 900 cv. Avec les 450 cv règlementaires, leur hélice ne tournerait même pas. Et ceux qui enlèvent leurs balises pour chaluter dans les 3 milles ? Et je vais vous dire : c’est pas fini… ‘

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Une thèse universitaire révèle une modification de la faune du golfe de Gascogne

Une forte progression des poissons et mammifères marins d’eau chaude, comme des dauphins ou des maquereaux. Une forte baisse des espèces affectionnant l’eau froide, à  l’image des merlus ou des crevettes grises. Tel est le constat sans appel d’une thèse universitaire présentée ces jours-ci à  la faculté des sciences de Montaury, à  Anglet.

« Certains spécimens comme les pingouins ou les orques ont quasiment disparu du golfe de Gascogne ‘, confirme Iker Castège, l’auteur de ces travaux, qui observe la biodiversité sur nos côtes depuis une dizaine d’années…

La main de l’homme – sous-entendu les conséquences de la pollution, mais aussi l’effet de la pêche -ne compte que pour partie dans les importants changements en cours dans le golfe de Gascogne. Le moteur essentiel des modifications observées est incontestablement le facteur climatique…

Pour étayer son analyse, Iker Castège a croisé des données recueillies sur les trois dernières décennies…

Outre la présence des cétacés, les analystes recueillent de précieuses données à  partir des peuplements d’oiseaux, d’ excellents indicateurs sur l’abondance et la qualité des espèces sous-marines… « Un oiseau comme l’océanite tempête, une sorte de petit albatros qui avait la particularité de venir se reproduire sur les rochers de Biarritz, est en nette régression… On assiste d’ailleurs globalement à  une perte de biodiversité en raison d’une plus grande déperdition d’espèces d’eau froide que d’arrivées d’espèces d’eau chaude. ‘

…Cette mutation de la faune dans le golfe de Gascogne s’est accélérée depuis une vingtaine d’années environ. « Il est assez exceptionnel de mesurer des changements aussi rapides sur une période aussi courte à  l’échelle de la longue histoire de la climatologie. ‘

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Politique des pêches : l’Etat français serait-il toujours productiviste et colbertiste ?

A propos des « grands bateaux » que la Direction des Pêches souhaite faire entrer dans la pêcherie de langoustine du Golfe de Gascogne contre la volonté de l’ensemble des pêcheurs bretons de langoustines, et… contre toute logique environnementale en matière de politique des pêches (!), l’on retrouve une situation analogue à  celle qui s’est passée en 1959 lorsque l’Etat a imposé les sennes tournantes et coulissantes (lamparo) dans la pêcherie méditerranéenne contre le vote de plus de 90% des pêcheurs et contre les prud’homies. La politique française des pêches serait-elle toujours « productiviste » malgré les nombreux discours affichés ici ou là , et colbertiste de surcroît ?

C’est aussi ce qu’attendent de voir les Prud’homies méditerranéennes qui, écartées de la représentation professionnelle au moment de l’industrialisation forcée en Méditerranée, ont demandé à  être intégrées à  nouveau dans le dispositif….

La Direction des pêches devrait pourtant se féliciter de ce que les communautés artisanales de pêcheurs se prennent en main pour gérer leurs territoires : des expériences ou une culture fortement enviées chez nos homologues européens…

Faut-il comprendre que les développements régionaux ne cadrent pas forcément avec les intérêts défendus sur la place parisienne ? D’autres pays (dont les Etats-Unis) ne craignent pas de changer radicalement de politique avec les changements d’élection, la France devrait-elle, quelle que soit la couleur politique affichée, demeurer sur une ligne droite immuable qui part de sa capitale… ?

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Le sauvetage des forêts tropicales est déjà  un marché

..Le mécanisme imaginé pour récompenser les pays qui préservent leurs forêts baptisé REDD (reducing emissions from deforestation and degradation) n’existe pas encore et nul ne sait à  quelle échéance les crédits carbone promis en guise de rémunération pourraient devenir réalité. Mais le projet attire déjà  une armée de consultants, d’ingénieurs qui, comme Mme Gehrig-Fasel, ont compris que si les négociations aboutissent à  Copenhague, il y aura un énorme marché à  saisir pour ceux qui maîtriseront ce monstre complexe…

Pour calculer les quantités de carbone stocké par les forêts, Jarno Hamalainen propose par exemple une méthode très sophistiquée qui combine les images satellites avec le balayage aérien d’un capteur laser. « C’est un outil très puissant et très précis, un peu comme le scannage d’un corps humain »… Un peu plus loin, Tony Lee vend des sortes de GPS élaborés pour permettre aux populations indigènes de faire l’inventaire de leurs arbres…

« Le projet de loi climat en cours de discussion au Congrès américain prévoit que les entreprises pourront acheter chaque année jusqu’à  1,5 milliard de crédits carbone à  l’étranger pour compenser leurs émissions et une grande partie doit venir de la forêt »… Les Etats-Unis auraient besoin d’environ un milliard de crédits forestiers par an d’ici à  2050, les deux tiers, selon lui, de ce que pourrait représenter le marché du carbone forestier mondial…

Le gouvernement brésilien reste hostile à  un financement par le marché et a opté pour la création du Fonds Amazone, abondé par les contributions volontaires d’autres Etats… Mais l’écrasante majorité des pays susceptibles de profiter des financements issus de la lutte contre la déforestation sont des pays dont la gouvernance est défaillante…

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La fonte de la calotte glaciaire du Groenland s’accélère dramatiquement

La fonte de la calotte glaciaire du Groenland, le plus grand réservoir d’eau douce de l’hémisphère Nord, a fondu à  un rythme alarmant au cours des dernières années, selon un rapport du Conseil arctique qui lance un cri d’alarme…

« C’est très surprenant et préoccupant de voir l’inlandsis perdre autant de glaces » qui se déversent en icebergs dans la mer et à  un rythme aussi accéléré: le volume est passé d’en moyenne 50 milliards de gigatonnes chaque année entre 1995 et 2000, à  160 milliards annuellement de 2003 à  2006″ …

Cette fonte, précise-t-elle, se traduit par « une élevation d’un demi millimètre » du niveau des océans par an, soit 15 à  20% de la montée des mers au niveau planétaire (3,4 mm)…

La fonte de la calotte glaciaire contribuerait, selon la plupart des modèles actuels, à  élever de 5 à  10 cm le niveau des mers du globe en 2100, voire de 20 cm en cas de réchauffement extrême…

Le changement climatique a des conséquences directes sur le mode de subsistance des Inuits, lié à  la chasse et à  la pêche, surtout dans les villages les plus isolés…

Mais il offre aussi de nouvelles possibilités pour l’exploitation minière, les transports maritimes et la production énergétique (pétrole et gaz) au Groenland et dans ses eaux…

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L’équilibre est fragile

PROFIL : Patron de chalutier, Pierre d’Acunto préside l’Association méditerranéenne des organisations de producteurs

« Je boycotterai ces Assises de la pêche. Pourquoi ? Je vais vous le dire : j’ai participé à  Lorient à  une réunion où j’ai d’abord entendu parler de contraintes, de particularités régionales. Je me suis dit « chouette, on va enfin parler de nous ». Mais ensuite, on nous a débité la règlementation européenne : là  c’était le contraire. L’Europe sait ce qu’elle veut en terme de maillage, de quotas, etc… Et en faisant ces assises, j’estime qu’on ne manifeste pas notre mécontentement… ‘ Pierrot a parlé. Et du côté des chaluts, Pierre d’Acunto pèse encore, affectivement, même si ce dernier a échoué aux élections prud’homales dans des conditions sur lesquelles il ne préfère pas s’étendre. Depuis, il écoute, il observe. Et celui qui restera comme le meneur des manifs de 2008 contre la hausse
du gazole a sa petite idée sur ce qui menace, peut-être plus encore que le fioul, la flottille de chalutiers : la rupture d’un équilibre fragile entre les différents segments de la pêche méditerranéenne. « Celui qui est le moins endetté s’en sortira, prédit Pierre d’Acunto. Mais il faudra faire avec la mévente du poisson et, surtout, le transfert de certains armements d’une activité sur l’autre. On a vu que, faute de poisson bleu, pas mal de pélagiques se sont rabattus sur le filet de fond. Et quand j’entends que des thoniers de 35 à  40 m veulent se mettre au lamparo (NDLR senne coulissante utilisée pour la pêche au « bleu ») … Je comprends ces patrons mais si la Direction des pêches ne fait rien, l’équilibre sera rompu. ‘ Une menace qui, pour l’ancien prud’homme, pèse aussi sur les petits-métiers, activité qui reste très attractive pour les matelots débarqués de grosses unités. Du coup, plus que jamais, « c’est chacun pour sa poire et quand on se sera sabordés, l’Europe aura la voie libre ‘.
Même si cette année, les chalutiers, grands consommateurs de gazole, ont vu leurs charges diminuer sur ce poste (le litre est tombé à  0,40 € alors qu’un chalutier en engloutit de 1 500 à  2 000 par jour), ils n’ont néanmoins pas pu se remettre à  flots. La raison ? L’effondrement du prix du poisson : la dorade de 200 g vendue 2 € le kilo en criée, le merlan, payé 6 € en 2007, tombé à  3 € quelques mois plus tard… « De toute façon, ajoute le patron du Louis-Gaetane II, le problème de la pêche a de tout temps été celui de la commercialisation. Quand il y a de la demande, tu mets des pierres dans les bacs, tu les vends. Dans le cas inverse… ‘ Pas assez de concurrence pour faire monter les prix, à  la halle à  marée de Sète ? « Vous n’avez qu’à  demander ça au prud’homme… ‘ Soit. Pierre d’Acunto se dit pourtant « optimiste. Si tu l’es pas, il ne te reste plus qu’à  te pendre au portique ‘. Demain, vers 2 h 30 du matin, il démarrera son Baudouin. Même si « ça fait 39 ans, avoue-t-il, que j’ai le mal de mer. ‘

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L’encre de mer était présente à  Eurogusto

Pendant que les têtes pensantes et communiquants « autorisés » dissertent sur les politiques maritimes, environnementales, halieutiques à  venir, du genre : « Faut-il interdire telle espèce, telle technique, comment développer l’éolien en mer, quel label est valide, quels produits sont environnementalement corrects, quelle superficie en aire marine protégée, comment s’assurer la mainmise sur les ressources marines de demain… ?, l’antenne Méditerranée du Collectif Pêche et Développement est allée à  la rencontre du public à  Eurogusto, organisé par SLOW FOOD à  Tours.

Et là , pas de discours généralistes, pavés d’intentions louables ou intéressées, seulement des interrogations personnelles, des démarches individuelles, des expériences professionnelles remarquables qui réchauffent le coeur, parce qu’humaines tout simplement.

Ci-après nos impressions et les réflexions qui nous restent en mémoire, retracées sous nos deux plumes respectives (Elisabeth Tempier et Sophie Marty) :

– Nous sommes allés trop loin avec l’environnement et maintenant nous sommes obligés de repenser nos méthodes de production, leur interaction, leurs impacts conjoints sur l’environnement… C’est une bonne chose finalement, je suis optimiste

– Les ostréiculteurs avec les maladies ont perdu leur stock. Beaucoup doivent arrêter. Le problème avec les huîtres triploïdes c’est qu’une année il y a eu un mauvais recrutement en naissains naturels et les producteurs ont du s’approvisionner en écloserie avec des triploïdes. Elles sont parfois plus résistantes à  certaines maladies mais peut-être pas à  l’évolution des écosystèmes…

– Dans nos campagnes de Haute Provence, nous n’avons pas de grands terrains, seulement des parcelles, ici ou là . Cette agriculture de montagne modèle nos paysages. Le petit épeautre a un rendement faible mais il fait partie de notre culture, il est résistant, adapté à  nos conditions environnementales… et il est de très bonne qualité. C’est un des blés les plus anciens qui a été peu transformé. Je ne savais pas que la petite pêche littorale pouvait être proche de l’agriculture de montagne, avec des saisons, des terroirs… Pour nous, la pêche c’est un filet qu’on jette à  la mer…

– Ce qui frappe les élèves c’est la rencontre directe avec les professionnels, la visite du port de pêche de Lorient et des ateliers de transformation. Chaque année, je les y emmène. On a essayé de faire des échanges inter-régionaux entre CFA mais les entreprises veulent souvent garder les mêmes stagiaires. On voulait aussi aller à  Rungis mais cela posait des problèmes de coà’ts…

– Et aussi l’avis d’une juriste spécialiste des appellations « Indication Géographique Protégée » : Je ne vois pas de blocage conceptuel au fait que les pêches artisanales aient une appellation de type « Indication Géographique Protégée ». Est-ce le meilleur label ou la meilleure marque à  utiliser ? Cela reste à  voir…

Quant à  la visite des stands, rien à  voir avec un salon habituel en gastronomie : à  chaque produit une histoire liée à  celle de l’exploitant : du jambon noir de Bigorre au délicieux chocolat bio épicé (cacao de l’Equateur), de l’ail de Croatie à  la sardine basque fumée à  basse température… Il eut fallu une bonne semaine pour échanger tranquillement avec chacun !

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Situé dans l’espace des Communautés locales Slow Food/Convivium Provence Méditerranée, le stand de l’Encre de mer a accueilli un public motivé et curieux et mis à  sa disposition une documentation très appréciée.

Le succès des fiches poissons éditées par le Comité Local des pêches du Var démontre l’intérêt d’un public attentif, attiré au demeurant par les recettes, mais surpris et satisfaits d’y découvrir la technique de pêche appropriée, la parole (sage) du pêcheur, des informations inédites dans le paysage du consommateur. Les anciens numéros de l’Encre de Mer ont aussi trouvé leurs adeptes. Assez nettement pour leur valeur ethnologique, et aussi par rapport aux sommaires : le thon (n°2), l’aquaculture biologique artisanale (n°14-15), l’élevage des moules (n°16-17), l’observation du littoral par les pêcheurs artisans (n°20-21) et bien sà’r l’enjeu planctonique, dans notre dernière parution (n°22-23).

Nous avons été frappés par le souci des consommateurs, souvent très jeunes, de comprendre l’affaire des quotas, la « grande ‘ pêche, les poissons d’élevage, la traçabilité, les militaires à  bord des bateaux de pêche Nous avons rencontré un public concerné, venu de Bordeaux, Nantes, Bourges, Paris, La Rochelle, Rennes, Vannes, Tours bien sà’r. Questions et témoignages ont été réconfortants et motivants.

Florilège :

Un couple, la petite cinquantaine :
– « regarde ! une fiche sur les oursins ! ‘
– « vous trouvez des oursins à  Tours, Madame ? ‘
– « c’est mon poissonnier qui m’a fait découvrir. J’en raffole. Il m’appelle Madame Oursin. Je lui en prend 4 ou 5 douzaines chaque fois qu’il en a et nous régalons la famille ou les amis ‘.

Une très jeune fille s’intéresse aux fiches poissons :
– « nous naviguons beaucoup à  la voile avec mes parents. Un jour, nous avons laissé traîner une ligne sans appât et, ô surprise, nous avons pêché une orphie. à‡a m’intéresse de savoir ce qu’on peut pêcher à  la traîne ‘.

Une famille, trois jeunes enfants :
– « et la sole, y’a pas de sole ? ‘
– « tiens, regarde le maquereau ‘
– « et la sole ? ‘
– « la murène ça se mange ? ‘
– « Papa, et la sole ? ‘
– « vous n’avez pas de sole en Méditerranée ? ‘

Et très souvent :
– quels sont les poissons qu’il faut refuser de consommer ?
– peut-on manger les anguilles, les huîtres ?
– que penser des poissons d’élevage ?
– privilégier la pêche locale d’accord, mais sur l’étal du poissonnier du supermarché ou même en ville, c’est pas facile à  trouver !

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Les paradoxes du productivisme européen dans la pêche

34,5 millions € de subventions européennes auraient été versées entre 2000 et 2008 pour accroître et moderniser la flotte de thonniers senneurs de Méditerranée, alors que dans le même temps l’Union Européenne affirmait qu’une surcapacité de pêche était un facteur-clé dans la surpêche et le déclin de l’espèce. Une information donnée sur le site du WWF International et qui illustre bien les limites du fonctionnement « productiviste », particulièrement à  propos d’une ressource marine dont le renouvellement est limité : encourager le modernisme technologique tout en soutenant la casse d’anciens bateaux… L’objectif premier est d’être compétitif sur un marché ouvert. Quand de surcroît, la compétitivité se joue entre deux pays européens, le paradoxe se renforce ! Pendant plusieurs années, la flotte française a été « encouragée » afin d’être plus rapide que la flotte italienne…

C’est la même politique qui prévaut avec le système de droits de pêche monnayables et capitalisables. Les grands armements ayant la capacité financière d’acheter et cumuler ces droits gagneront les secteurs actuellement occupés par la pêche artisanale, avec des bateaux toujours plus grands et performants… Que les financements ne soient plus collectifs mais proviennent de sociétés internationales qui par ailleurs acquièrent et concentrent des parts de marché ne changent rien à  l’affaire. Aucune garantie pour la ressource et un changement progressif de la vie littorale et de nos modes de consommation : les ports animés se muant en des bases avancées pour des mastondontes et nos marchés disparaissant au profit des froids comptoirs des grandes surfaces. Heureusement qu’il y a d’autres solutions !

Celle-ci n’est pas dans l’interdiction des espèces surpêchées par l’industrie car cette solution ruine les bases de la pêche artisanale, nécessairement polyvalente. Elle est bien dans un choix économique, social et environnemental de nos modes de production et de gestion.

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Le vaste champ de pêche breton soumis à  de fortes pressions

Si les pêcheurs bretons ont réalisé les « limites » environnementales de leur vaste champ de pêche et entrepris une gestion « territoriale » de leur activité, cela ne semble pas le cas d’autres acteurs intervenant sur ce territoire :

Un article sur le plancton dans L’encre de mer N° 22-23 exposait les dangers des extractions de granulats. Le projet de la Baie de Quiberon a heureusement été stoppé par la Préfecture.

– Aujourd’hui, c’est pas moins de 170 000 m3 de vases et boues issues des dragages des ports (majoritairement des ports de plaisance) que le Conseil Général envisage de rejeter sur des zones de 4 km² de côté, à  7-8 milles du port du Guilvinec, « en plein dans des zones de langoustines et de merlu des chalutiers côtiers et fileyeurs », et incidemment en pleine zone « Natura 2000 » dont l’opérateur est le Comité Local des pêches du Guilvinec… Les pêcheurs souhaitent que les vases, une fois nettoyées à  terre, soient « clapées au large, au-delà  des zones côtières et des zones de langoustines, a minima sur les plus proches fonds de 130-140 mètres ». Une solution plus onéreuse mais quel est le coà’t engendré par les perturbations des écosystèmes marins ? Les spécialistes du plancton(cf. notamment « L’enjeu plancton » de Maêlle Thomas-Bourgneuf et Pierre Mollo aux Editions Charles Léopold Mayer) vous expliqueront qu’il ne s’agit pas seulement de rajouter de la vase à  un fond déjà  vaseux mais que les fins sédiments provenant de nos ports « colmatent » les frayères et font office de « béton » sur le fond. Ils remarquent que « le clapage en mer des vases portuaires de l’ïle de Groix a aussi entrainé une prolifération de Dinophysis ». (Le jeu infini des vagues et des marées devait aussi compenser les apports excessifs de l’agriculture et de l’élevage mais il n’a pas empêché l’instauration de champs sous-marins d’algues vertes et ce, pour quelques décennies….)

– Trois jours auparavant, c’était la Direction des Pêches qui souhaitait faire entrer des « grands bateaux » dans la pêcherie de langoustine du Golfe de Gascogne, contre la volonté de l’ensemble des pêcheurs bretons de langoustines, et… contre toute logique environnementale en matière de politique des pêches ! La politique française des pêches serait-elle toujours « productiviste » malgré les nombreux discours affichés ici ou là  ? (C’est aussi ce qu’attendent de voir les Prud’homies méditerranéennes qui, écartées de la représentation professionnelle au moment de l’industrialisation forcée en Méditerranée, ont demandé à  être intégrées à  nouveau dans le dispositif.)

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