Présentation du Parc National de Port-Cros pour la Journée mondiale des pêcheurs du 21/11/08 à  La Seyne sur mer

Document

Le Parc National de Port-Cros a été créé en 1963, avec une surface marine de 1300 ha. La protection terrestre et marine a maintenant 45 ans, avec une interdiction des arts trainants et de la chasse sous-marine en 1963. La réglementation marine est assez complexe mais toutes les activités sont encadrées et réglementées, le plus souvent en concertation avec les professionnels. Il y a une pêche artisanale autorisée dans le périmètre du Parc et réglementée par une Charte que l’on élabore avec les pêcheurs professionnels lors des réunions annuelles.

Trois types d’informations sont utilisés :
– les déclarations de captures ( les pêcheurs remplissent chaque année un agenda de pêche avec leurs prélèvements),

– un suivi des filets par nos agents lors de leurs sorties,

– un embarquement des scientifiques avec les pêcheurs pour des relevés très précis.

L’obtention de ces données est rendue possible du fait de la participation des pêcheurs. 5% du périmètre de l’aire marine sont interdits à  la pêche car réservés aux sites de plongée ou baignade.

Les Parcs nationaux ont un niveau de protection parmi les plus élevés. On peut donc se poser 2 questions :

1°) ces contraintes empêchent-elles l’activité de pêche professionnelle ?

2°) cette pêche nuit-elle à  la conservation des habitats et des espèces, l’une des 2 activités principales du Parc avec l’ouverture au public ?

1°) Non. Sur le relevé des filets, l’activité de pêche est répartie autour de Port-Cros. Pour la zone de Port-Cros et Le Levant, l’effort de pêche n’est pas inférieur à  ce qui se fait ailleurs, notamment dans la rade d’Hyères. Si l’on prend la capture par unité d’effort (poids de poisson par longueur de filets et par jour de sortie), on est entre 1,3 et 2,2 kg pour 100 m de filets par jour, soit des données comparables, voire supérieures, à  ce qui se fait ailleurs.

2°) Les habitats sont en excellent état, parfois dégradé par d’autres causes (comme la caulerpe ou la racemosa) mais pas par la pêche. On a des espèces dont les quantités et densités sont satisfaisantes, voire très élevées. L’exemple d’une espèce phare comme le mérou montre que sur 30 ans, le nombre de mérous a fortement progressé. Pour le corb, la population augmente dans le territoire du Parc.

Nous observons toujours une évolution de l’effet réserve, au bout de 44 ans. Trois hypothèses peuvent être faites pour répondre à  cela :

– c’est un effet de la diminution des prélèvements (la pêche de loisirs a été
totalement interdite à  partir de 1999),

– ce peut être un effet temporaire qui disparaîtra lors des prochains
relevés,

– c’est une évolution propre à  certaines espèces.

Donc la biodiversité de Port-Cros ne semble pas du tout menacée par la pêche artisanale telle qu’elle se pratique actuellement. On a une qualité des sites exceptionnelle. En l’état de nos connaissances actuelles, il n’y a pas d’interaction négative entre la pêche artisanale – en précisant aussi qu’elle est issue d’une culture prud’homale, c’est important puisqu’elle est à  la base des règlements de la Charte  » et la protection de notre environnement marin.

Ces données sont publiées dans une revue scientifique et elles confirment l’intérêt que
l’on a à  travailler avec les pêcheurs.

Jean Canale (Prud’homme des Salins d’Hyères) : la réserve de Port-Cros a, à  peu près les mêmes résultats que le Cantonnement du Cap Roux et il y a des pêcheurs dedans. On peut évaluer l’impact de la pêche. Egalement la production de poissons déborde. Beaucoup d’espèces pêchées dans le Parc intéressent les pêcheries qui sont à  côté. Les prud’homies sont les unes à  côté des autres mais n’ont pas toutes les mêmes types de pêche. Certaines ont des arts trainants et d’autres sont basées sur l’art fixe. C’est ce qui permet à  chacune d’y trouver son compte. Dans le Parc national, les arts trainants sont interdits mais tout ce qui en sort profite aux Prud’homies voisines.

Pour les réglementations, on se rencontre une fois par an et on discute. Ces règlements sont à  la base les règlements des prud’homies donc on n’a pas de surprises. L’application est stricte, du fait du contrôle exercé par le Parc National. S’il y a eu un débordement, le Prud’homme reçoit un PV du Parc National et l’on évalue la situation avec le pêcheur. Il y a parfois du mauvais temps ou des paramètres qui font qu’on ne peut pas faire comme l’on veut. C’est pas facile de travailler sur l’eau avec de petites embarcations artisanales, on n’a pas toujours le matériel nécessaire pour se positionner On limite la longueur et la puissance des bateaux Certaines personnes retrouvent le fait de se plier aux règles. Dans certaines prud’homies, on a parfois des difficultés à  fonctionner car les gens en ont ras le bol de se faire contrôler en permanence, de voir des injustices. Là , on s’appuie un peu sur le Parc National et une fois par an, lorsque l’on discute, certains vident leur sac et quand on s’en va tout le monde est content. C’est aussi plus facile parce que le Parc est petit par rapport à  celui de la Mer d’Iroise qui est énorme. Ca nous parait facile parce que cela fait longtemps qu’on travaille ensemble. Les gens sont devenus des copains que l’on respecte. De toutes les manières, si l’on ne les respecte pas, on peut voir son autorisation refusée l’année d’après. C’est l’ensemble des pêcheurs qui l’écartent. Même dans la pêche, il y a des gens – non des voyous – mais des gens qui ont des difficultés, au démarrage, à  pêcher (il ne suffit pas de jeter un filet à  la mer) et donc à  se plier aux règles. Dans le Parc, les agendas permettent de voir où les autres mettent leurs filets et donc, pour un jeune pêcheur, de devenir performant plus vite qu’ailleurs.

Concernant les pétardements, on vit les mêmes problématiques. Sur la carte, vous voyez le Parc National et, à  proximité, il y a une zone où se font les pétardements (pétaradages). Les dragueurs de mines sont obligés de faire des exercices – un ou deux par an  » avec 600 kilos ! On avait mis un peu le feu au poudre ( !), ça a provoqué la pagaille et nous sommes allés participer aux tirs. Il disait que ça n’avait pas d’incidence sur les poissons. Dans cette zone, il y a des milliards d’alevins de petits rougets (17.01) qui engendrent les saisons à  venir. Maintenant, on n’en prend plus dans cette zone, ou 5 par jour, vous voyez les dégâts que cela peut faire Ce sont des têtes de missiles, des missiles que l’on dévisse, ils sont inertes bien-sà’r mais la charge existe, ce sont des K10… De cette façon on se débarrasse des 600 kg, sinon il faudrait les envoyer dans une usine de retraitement. Depuis que l’on a mis la pagaille, la limite a été fixée à  110 kg dans cette zone. On a gagné 490 kg mais on n’a pas gagné la bataille. Je ne comprends pas que l’on fasse péter de la dynamite à  côté du Parc National, de Pélagos, de Natura 2000 Nous pêcheurs, avec toutes les règles que l’on nous impose, on comprend mal Les géniteurs qui ne sont pas morts partent de la zone

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Présentation du Parc Marin de la Côte Bleue à  la Journée mondiale des pêcheurs du 21/11/08 à  La Seyne sur mer

Cette expérience est partie d’un travail étroit, dès le début, avec les pêcheurs professionnels. C’est 30 km de côtes entre Marseille et Martigues avec 2 zones protégées et un ensemble de récifs artificiels devant le littoral. Il est géré actuellement par un Syndicat mixte, un établissement public qui rassemble la Région, le Département, les 5 communes de Martigues au Rove, les organisations professionnelles de la pêche de Marseille et Martigues : Prud’homies et comités locaux de pêche.

Au départ, il s’agit d’un programme de développement de l’aquaculture et de gestion des ressources marines qui date de 1980 et qui a été adopté par la Région. L’objectif était d’essayer une aquaculture à  petite dimension pour compléter les revenus des pêcheurs « cela a été testé mais les résultats n’étaient pas toujours efficaces- et d’essayer de créer des zones marines protégées, des récifs artificiels comme outils de gestion de la ressource à  disposition des pêcheurs.

Il y avait aussi l’idée d’un parc régional en mer. En 1983, la Région a proposé aux communes littorales de la Côte Bleue de s’associer à  ce projet expérimental d’un parc régional en mer. La Côte bleue est une partie littorale entre le Golfe de Fos et Marseille, la dernière côte rocheuse de Provence, à  proximité de l’embouchure du Rhône, située donc avant le Golfe du Lion. Elle est située également entre deux sources de pollution potentielle : les industries du Golfe de Fos et la Ville de Marseille, et elle a une vocation naturelle car peu habitée, avec des grands zones naturelles qui appartiennent au Conservatoire, et avec le plus grand herbier des Bouches du Rhône. Il y avait donc un intérêt fort à  protéger cette partie du littoral.

A la frontière entre deux zones, on est sur des enjeux de ressource et de pêche importants avec une pêche très diversifiée, essentiellement de petits métiers. 40 bateaux aux petits métiers sur les 3 ports principaux de la Côte bleue, 60 marins, des filets très variés, un ou deux palangriers et la récolte du corail rouge et des oursins en hiver. Plus une pêche chalutière en provenance de Port St Louis, Port de Bouc, Saumaty (Marseille) qui est normalement interdite à  moins de 3 milles du littoral. Depuis 2 ans nous sommes sur des évaluations de pêche de loisir qui est loin d’être négligeable, et même assez intense le long de la côte, toute l’année.

Nous sommes partis de la création de la réserve de Carry qui était un cantonnement de pêche prévu pour 3 ans. Le travail avec les pêcheurs a été de voir comment gérer au-delà  de ce cantonnement la zone périphérique. Les pêcheurs ont demandé, et même conditionné le renouvellement du cantonnement, à  la mise en place de dispositifs de protection contre le chalutage illégal dans la zone côtière. On a mis, en plusieurs programmes, 2500m3 de récifs artificiels et presque 200 obstacles par rapport au chalutage illégal. A cette époque, les chalutiers passaient sur l’herbier dans les zones coralligènes. Il y avait également un problème de cohabitation entre les métiers. Les petits métiers étaient cantonnés sur les zones non chalutables, avec donc une pression importante sur ces zones + le problème fréquent de filets emportés.

Le Parc marin, qui était alors une association, s’est étendu à  cette époque à  la ville de Martigues et a intégré le Comité local et la Prud’homie de Martigues. Les pêcheurs professionnels ont proposé, et délimité, une deuxième réserve devant le Cap Couronne et demandé la mise en place de récifs à  cet endroit. Donc en 1996, nous avons 17 km d’alignements de récifs e t obstacles au chalutage, ainsi que 2 cantonnements de 210 et 87 ha.

Les résultats obtenus sur les réserves ont é té rapides. On a comparé 2 zones, dans et hors réserve, et constaté des « effets réserve ‘ :

– une densité plus importante des espèces de fond, notamment de labridés, sparidés,

– une régularité dans la présence d’espèces « rares ‘ comme le denti, le loup, 8,33 (93) qui atteignent en été des densités importantes,

– un retour d’espèces comme le mérou et le corb.

Pour la réserve du Cap Couronne, créée à  l’initiative des pêcheurs professionnels, on les a associés pour le suivi scientifique. Des pêches expérimentales sont faites tous les 3 ans au trémail, en ayant intégré un point 0 avant la création de la réserve.

En 1995, soit avant la réserve, 5 pièces de trémail capturent 21 kg de poissons, en 1998 : 46 kg, en 2001 : 48 kg et en 2004 : 91 kg (même filet, même pêcheur, même site).

Le poids moyen des poissons capturés est passé de 102 g à  216 g.

Pour avancer dans la connaissance des effets réserve, on a été associé à  un programme « Biomex ‘ qui essayait de démontrer l’exportation de biomasse des réserves, en quoi elles exportent leur production en poissons vers des zones périphériques, et comment elles peuvent bénéficier aux activités de pêche. 6 réserves ont été choisies (2 en France et 4 en Espagne), soit des réserves de plus de 10 ans gérées et surveillées et faisant l’objet d’un suivi de l’effet réserve. Différentes techniques ont été sélectionnées pour évaluer cet effet d’exportation : pêche en plongée, pêche expérimentale, enquêtes auprès de pêcheurs, captures de larves et plancton, caméra immergée… On a pu démontrer une exportation effective de biomasse.

Différents types de récifs artificiels qui donnent lieu à  des densités en poissons assez différentes selon leur architecture, leur exposition et le fait qu’ils soient situés en zone protégée ou non. Sur les récifs de protection, on a pu faire un suivi avec le Sémaphore du Cap Couronne des traits de chalutage, en zone interdite. Ce chalutage a fortement chuté avec la mise en place des récifs.

6 personnes du Parc interviennent sur les 2 réserves pour une surveillance régulière (+ 10000 heures sur 325 jours).

L’équipe fait également des suivis à  long terme, avec des laboratoires, sur les peuplements d’oursins exploités par la pêche professionnelle.

Nous avons un travail avec des classes de mer pour que tous les enfants scolarisés puissent faire un stage de découverte d’une semaine.

Nous travaillons sur un plan de gestion pour prendre plus largement en compte tous les problèmes du bassin versant, à  l’échelle du littoral, ainsi que les autres usages que la pêche ou l’exploitation du milieu. Ceci va se concrétiser probablement par la prise en charge de la gestion de la zone Natura 2000 de la Côte bleue, avec la participation des pêcheurs professionnels.

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La pêche en 2020 : une démarche environnementale à  l’échelle planétaire, une organisation économique et sociale à  l’échelle humaine

Les interactions environnementales sous l’angle de la biodiversité et du plancton

Cela fait bientôt 10 ans que l’on a cessé de raisonner par « stock ‘ de poissons pour aborder pleinement les interactions environnementales à  l’échelle planétaire :
– La chaîne alimentaire de nos océans et de nos mers est appréhendée à  partir de l’observation régulière du planton et de sa diversité, particulièrement aux abords des côtes. De l’état du plancton dépend le recrutement des poissons fourrages qui à  leur tour nourrissent les poissons qui composent nos menus.
– La biodiversité fondée sur la diversité de la faune et de la flore fait la richesse de nos territoires maritimes. L’accent est mis sur l’observation de cette diversité et sur la compréhension des écosystèmes marins et littoraux. Les pêcheurs artisans et les conchyliculteurs, de par leurs connaissances et leur présence régulière sur l’eau, nourrissent au quotidien ce suivi effectué par les scientifiques.

qui conduisent à  une vision planétaire de la ressource et à  une attention particulière à  la gestion littorale

L’on a compris que la ressource marine présente au large, qui était le plus souvent exploitée par la pêche industrielle, dépendait de l’état de nos rivages, souvent entretenus par les pêcheurs artisans, et que par conséquent l’ancien clivage « sectoriel ‘ ne reposait pas sur des stocks indépendants. L’on a compris également l’intérêt stratégique à  réduire la pollution venant de la terre, voire de l’air pour des zones à  forte pollution atmosphérique, puisque celle-ci appauvrit la diversité planctonique et par suite nos sources futures d’approvisionnement halieutique. Une grande vigilance est donc apportée aux rejets et écoulements des bassins versants, aux rejets atmosphériques qui, par le jeu des vagues, se retrouvent dans nos eaux, à  l’impact des différentes activités maritimes dont le transport, les extractions Les milieux lagunaires et littoraux, source d’une richesse extrême, font l’objet d’une attention soutenue. Compte tenu de l’engouement pour la pêche de loisirs et la chasse sous-marine, ces activités sont strictement limitées (plafonnement des captures par pêcheur, restriction des engins utilisés, interdiction de moyen de relevage mécanique pour la pêche de loisirs). Tout le monde est surpris de la productivité naturelle des zones côtières depuis qu’elles sont restaurées et bien gérées.

Des choix de production halieutique et aquacole adaptés aux interactions environnementales

La pêche et l’aquaculture industrielles d’espèces carnivores sont devenues marginales depuis qu’elles ont du intégrer les coà’ts environnementaux (gas-oil, rejets de CO², pourcentage de rejets et déchets, gaspillage protéinique, pollutions) et sociaux, et que les consommateurs sont devenus très vigilants sur la qualité des produits (perte de qualité des produits congelés, concentration de polluants dans les farines de poissons). D’ailleurs la pêche minotière, qui représentait près d’1/4 des captures mondiales , a été arrêtée, depuis quelques années, par mesure de précaution tant que n’est pas mis en évidence l’impact sur la chaîne alimentaire des captures massives de poissons fourrages .

avec une large priorité à  la pêche artisanale du fait de sa capacité d’adaptation aux écosystèmes.

La pêche artisanale, de par son aspect territorialisé , s’intègre complètement dans la gestion des territoires appréhendés dans leurs dimensions environnementales, sociales, économiques et culturelles Les pratiques de pêche artisanales sont examinées, non plus une à  une pour leur impact respectif sur certaines espèces, mais dans leur cohérence globale relativement à  la richesse et à  la biodiversité des territoires. Scientifiques et pêcheurs artisans coopèrent étroitement pour affiner les techniques, améliorer leur répartition dans le temps et dans l’espace sur la base d’indicateurs révélateurs de la biodiversité du plancton, de la faune et de la flore, et de l’observation sur la taille des poissons. Non seulement l’analyse du vivant se fait très en amont (relativement aux modèles biologiques sur l’estimation des stocks qui servaient de base à  l’ancienne gestion des pêches), mais la recherche est orientée sur les meilleures combinaisons d’engins sélectifs, relativement aux potentialités des territoires.

Les outils d’une politique de pêches artisanales intégrées aux territoires

Les formations de pêcheurs ont intégré l’apprentissage des diverses techniques artisanales locales et favorisé la polyvalence, grâce à  la participation de pêcheurs professionnels et aux nombreux stages effectués en mer. Les apprentis et pêcheurs professionnels disposent d’enseignements sur les fonctionnements des écosystèmes marins, sur les façons de les observer, les préserver, les restaurer et les repeupler (récifs artificiels, ensemencement de juvéniles issus d’écloseries en coopératives).

Chaque territoire fait l’objet d’une allocation spatiale en fonction des usages et de leur intensité respective. Des objectifs généraux sont fixés à  grande échelle mais leur application locale fait l’objet de concertation entre les représentants des différentes activités. Compte tenu de l’importance stratégique de la pêche artisanale, les postes de pêche sont prioritaires et protégés, tout comme les places à  quais et les infrastructures portuaires qui leur sont nécessaires. La création d’aires marines protégées n’est plus un objectif défendu en lui-même mais un outil à  disposition des acteurs concernés, compte tenu des situations précises de chaque territoire. Chaque commune littorale doit, en fonction de sa situation de départ, conserver un certain périmètre en site naturel, et cela est particulièrement appliqué pour la bande littorale, ce qui a permis de réduire le bétonnage de la côte, et son impact sur la faune et la flore littorales.

Encouragés par des programmes culturels et des campagnes d’information, les consommateurs ont découvert les espèces locales saisonnières, ce qui a permis de réduire les importations massives d’espèces halieutiques ou aquacoles. Dans chaque région, dans les pays du nord comme du sud, la pêche artisanale participe pleinement au développement économique et social du territoire.

avec un système de gestion décentralisée et une forte coopération des instances européennes.

La Direction Générale européenne des pêches ne cherche plus à  gérer et contrôler l’activité par le haut mais elle met tout en œuvre pour faire avancer les connaissances sur les écosystèmes et sur le plancton, pour faire circuler l’information et les expérimentations d’un territoire à  l’autre, pour organiser les échanges de manière à  privilégier la gestion des territoires et pour maintenir une cohérence environnementale, sociale et économique entre les territoires.

La gestion proprement dite des territoires se fait donc à  l’échelle locale ; elle est déléguée aux pêcheurs qui décident collectivement des règles et usages, et bénéficient pour cela de l’aide des scientifiques. A une gestion des pêches par quota est substituée une gestion par l’effort de pêche, les pêcheries décidant collectivement des conditions d’exercice sur leur territoire respectif (engins utilisés, allocations spatiales et temporelles, mesures d’ajustement) L’innovation est encouragée sur une base artisanale et pour développer la polyvalence des pêcheurs. Toute nouvelle pratique dont l’incidence pourrait être importante relativement à  l’équilibre de la pêcherie donne lieu à  des décisions collectives (expérimentations, règles de précaution) Des activités aquacoles pour des espèces non carnivores (moule, huître, coquille saint jacques, algues) ont été développées (en pleine mer notamment) comme activité complémentaire ou à  temps plein. Chaque pêcheur s’engage à  mettre en œuvre tous moyens pour préserver le territoire et respecter le travail des autres. La communauté des pêcheurs détermine les moyens de contrôle et de discipline à  mettre en œuvre.

Il en résulte que

le changement opéré en une dizaine d’années est édifiant. La nature, et ses contraintes, nous ont appris les risques de l’infini mathématique appliqué au monde financier, économique et social, et la nécessité de travailler en harmonie avec l’ensemble du vivant. Ce nouvel objectif, condition essentielle à  l’avenir de notre planète, mobilise petit à  petit les esprits plutôt que la recherche basique d’accumulation de biens et de capitaux, et de « représentation ‘ sociale ou politique par le jeu des médias. Ce transfert d’objectif s’opère progressivement, en favorisant la compétitivité sur la base de savoir-faire plutôt que l’accumulation des capitaux. A d’ailleurs été abandonnée toute idée de droits individuels capitalisables sur la ressource, ou sur le plancton, qui d’une part n’était pas opérante pour une bonne gestion des ressources mais, de plus, représentait un danger certain d’appropriation du vivant. Le rapprochement avec les contraintes et les richesses du vivant, tout comme l’effort considérable opéré pour mettre en place des lieux de concertation et de décision à  échelle humaine, redonnent à  chacun une action politique, sociale économique, culturelle, et un sens aigu des responsabilités individuelles et collégiales. Dans ce nouveau cadre de réflexion et d’action concertées en vue de préserver l’environnement pour assurer l’avenir de notre planète, les femmes ont progressivement pris leur place. A l’initiative individuelle sanctionnée par le marché ou les réseaux sociaux et médiatiques, qui constituait notre ancien modèle et qui avait tendance à  isoler chaque individu, est substituée l’idée d’une nécessaire coopération entre les savoir-faire et les compétences pour penser, construire et acter notre organisation économique et sociale. C’est un nouvel axe pour l’homme en sa planète qui se veut porteur d’avenir.

Texte

Voir également :

« Le merlu à  la farine, le hoki à  la cantine et les pêcheurs à  la ruine »,
texte du Collectif Pêche et Développement

Commentaires de Jean-Michel Le Ry sur le Livre Vert

Texte du livre vert

La commission invite toutes les structures professionnelles de la pêche et les pêcheurs eux-mêmes à  donner leurs avis sur la future politique commune de la pêche, jusqu’au 31 décembre 2009. Les commentaires sont à  envoyer à  l’adresse postale suivante : « Réforme de la PCP, B-1049 Bruxelles, Belgique »
ou par courrier électronique à  l’adresse suivante : « mare-cfp-consultation@ec.europa.eu »

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Poisson médusophage cherche un nom

Mercredi 20 mai, un grand et drôle de poisson trône sur l’étal d’un pêcheur sanaryen. Inconnu aux bataillons, tant des pêcheurs que des passants qui circulent sur le quai, jour de grand marché…

Le temps de trouver un appareil photo… justement ma cousine passe par là , avec son appareil dans le sac. Voilà … il est immortalisé sous toutes les coutures.

Le pêcheur le découpe, histoire de voir ce qu’il a dans le ventre, un ventre un peu flasque d’ailleurs… eh bien justement ce sont des méduses violettes qui dégoulinent sur la table…

– Vous voulez le goà’ter ? me demande le pêcheur.

– …?…

Une découpe transversale met à  jour deux belles tranches blanches qui rappellent le congre.

– C’est la troisième fois que je le prends ce poisson, depuis que je pêche. On le trouve au large, à  30 milles des côtes. Celui-là , c’était à  la palangre flottante, armée à  la lisette (petit maquereau) pour les espadons. Deux personnes l’ont déjà  goà’té mais je les ai pas revues…

(Eclat de rire général)

– Bon d’accord, on va le goà’ter pour voir.

Une heure plus tard, par la magie d’internet, Patrick Louisy, auteur du « Guide d’identification des poissons marins – Europe et Méditerranée » (Edition Ulmer), notre ouvrage de référence en la matière, identifie la bête comme étant un « centrolophe noir », la même famille que les rouffes…

Nous sommes 4 le soir à  tenter l’expérience. Les enfants sont dispensés (faut bien assurer la relève). Grillées à  la plancha, les tranches dégagent une odeur forte, inhabituelle pour du poisson pêché le jour. A la dégustation, ce qui frappe en premier lieu, c’est l’aspect « mouligasse », pas très engageant. Le goà’t s’avère un peu fade, avec une légère touche de « gras » qui rappellerait la grande castagnole, mais alors elle aurait beaucoup traîné sur les étals. La graisse à  proximité de la peau est râpeuse (comme le requin ?). C’est le chat qui termine les tranches, en se pourléchant, ce qui nous rassure sur l’aspect comestible.

– Bon, pas de quoi en faire un plat ! C’est « mangeable » si nécessaire, mais pas franchement délicieux.

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De quoi rient les pêcheurs ?

«Y en a un qui m’a appelé pour les tortues… Je lui ai répondu :

– « En Méditerranée, y en a plus, on les a toutes pêchées !  » D’ailleurs les carapaces servaient de casques pour l’armée…

– ou de coquetiers pour les oeufs d’autruches… Les autruches, non plus, y en a plus.’

NB : des tortues marines, on n’en a pas souvent vues sur le littoral varois. Mais comme c’est une espèces protégée au titre de Natura 2000, les scientifiques épluchent, technique après technique, les éventuels impacts sur la faune et la flore….

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«A une rencontre internationale, y avait une environnementaliste de Greenpeace qui nous demandait ce qu’on pêchait, tout en anglais bien-sà’r… Vous voyez le tableau ?!

Le Normand lui dit :

– Oh moi, des quantités de petites coquilles saint-jacques !

– Et vous ?

– Seulement des petits thons (rouges bien-sà’r) au filet…

Elle était dégoutée !

NB : Les pêcheurs artisans de nos contrées gardent une certaine rancoeur contre la campagne médiatique de Greenpeace qui a entraîné l’interdiction généralisée des filets dérivants sur les thons. Du genre : « Je m’fais de la pub, tant-pis pour la dentelle !  »

Dommage pour ceux qui vivent de la dentelle…

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«Cette semaine, j’ai « Ifremer » à  bord. Soit-disant qu’il connaît toutes les espèces… Il apporte quand même les bouquins. Il dit que le labre vert et le tourdereau, c’est la même espèce… et aussi les rouquiers (petits labres)…

– Celui-là , il est rouge

– C’est qu’il « s’habille » * ou qu’il fraie

– Alors, il s’habille ou fraie toute l’année parce qu’il est rouge toute l’année ! Remarque, dans ce cas, c’est normal qu’il soit rouge, à  force…

Enfin… il en conclue qu’il est mature à  11 cm, ça me va !

NB : Mis en cause par l’Europe, les quelques ganguis traditionnels varois ont dà’, étude et suivi scientifiques à  l’appui, faire la preuve que leur petite drague ne mettait pas en danger les herbiers de posidonie (espèce protégée) et les espèces qui y habitent

* On dit des petits poissons qu’ils « s’habillent, ou mettent le costume » lorsqu’ils changent de forme. Il peut s’agir d’alevins qui se transforment ou de juvéniles qui deviennent matures…

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Le printemps sous la mer

Sous la mer aussi le printemps est arrivé, les étals des pêcheurs artisans débordent enfin de poissons, après un long hiver. Aujourd’hui c’était les sérioles qui dominaient les tables des pêcheurs sanaryens bien que ces derniers les appellent « liches ». De belles tailles, colorées et délicieuses, à  condition de surveiller la cuisson…


– Ah bon ? Il y a des sérioles à  Sanary ? Je vais y aller, à  Carqueiranne, je n’en trouve pas…

– Elles fraient en ce moment aux îles, sur les épaves. Ce sont les senneurs qui en prennent au large…

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Palavas : La justice légitime l’action associative de veille environnementale dans laquelle sont impliqués les anciens Prud’hommes

Les anciens prud’hommes de Palavas ont de quoi se réjouir, ainsi que les autres administrateurs d’associations de protection de l’environnement, accusés à  titre individuel « d’abus d’ester en justice » par la Commune de Palavas. Pas moins de treize ans de procédures pour avoir voulu protéger leurs étangs… La Cour de Cassation vient de débouter la Commune. L’action associative retrouve son bon droit, et la défense de l’environnement, sa justice.

Communiqué de presse des 2 associations concernées

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L’Union européenne veut protéger ses 80 espèces de requins

Les Etats membres de l’Union européenne sont convenus vendredi d’améliorer la protection des 80 espèces de requins présentes dans les eaux européennes dont beaucoup font l’objet d’une pêche excessive

Les 27 ministres de la Pêche ont apporté leur soutien à  une interdiction de la pêche de requins dans l’unique but de couper leur aileron qui est un met gastronomique très apprécié en Chine et dans toute l’Asie. L’UE veut également créer des réserves pour les requins où la pêche serait strictement interdite.

Les requins sont particulièrement menacés et vulnérables à  la surpêche à  cause de leur longue durée de vie et leur faible taux de fécondité.

Jusqu’à  un tiers des 80 espèces européennes de requins sont menacées par la surpêche, selon une étude de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Des dizaines de millions de requins sont tués chaque année dans le monde. AP

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A propos des articles : « L’étal de la France » et « Quels poissons manger pour une pêche durable ? » d’Aquablog…

Sur une production mondiale de 140 millions de tonnes, les français consomment près de 2,2 millions de tonnes de produits aquatiques chaque année (soit environ 35 kg par personne et par an), plus 0,8 millions de tonnes de poissons (anchois du Pérou, chinchard du Chili, sprat et lançon de Norvège…) qui servent à  nourrir les espèces aquacoles que nous consommons : saumons, crevettes…

Avec une production nationale de 800.000 tonnes, nous importons 2,1 millions de tonnes et exportons 0,7 millions, ce qui représente un déficit commercial de 2,5 milliards d’euros…

Notre « culture culinaire » s’appauvrit avec seulement 10 espèces, pour la plupart importées, qui couvrent 2/3 de nos besoins :

– Huître : France
– Moule : France, Hollande, Espagne, Chili
– Thon : Armements industriels français dans l’Océan indien et au large de l’Afrique de l’Ouest
– Saumon : Norvège, Royaume-Uni, Chili, USA
– Colin d’Alaska : Océan Pacifique Nord
– Autres poissons blancs (cabillaud, merlu) : France, Norvège, Islande, Afrique du Sud
– Crevette : Equateur, Inde, Madagascar, Brésil, Indonésie
– et pour les farines et huiles de poissons : anchois du Pérou, chinchard du Chili, sprat et lançon de Norvège, Danemark

 » La place déterminante du saumon d’élevage dans le choix des consommateurs a des incidences sur la ressource halieutique, de même que la consommation des crevettes d’élevage et de toutes autres espèces aquacoles dont les besoins en farine et en huile de poisson sont importants. La contribution de la France à  l’épuisement de la ressource halieutique devrait tenir compte de cette consommation indirecte de farine de poisson qui dans une première estimation se situe à  plus de 200 000 tonnes chaque année soit plus de 0,8 million de tonnes de poissons sauvages  »

Philippe FAVRELIERE

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