Le Ministre confirme les Prud’homies et fait de la pêche artisanale une priorité

Suite aux questions posées par l’Union intersyndicale des pêcheurs méditerranéens (UIPMPM) par l’intermédiaire de leur député M. Vialatte, le Ministre répond sur la gestion prud’homale :

« La petite pêche côtière, dont l’impact sur l’aménagement du territoire méditerranéen est primordial, fait l’objet d’une attention croissante de la part de l’Union Européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune de la pêche. La loi du 27 juillet 2010 de modernisation de l’agriculture et de la pêche a posé les bases d’une réforme profonde de la gouvernance des pêches maritimes françaises. Reserrées et avec des compétences clairement identifidiées, la nouvelle organisation professionnelle des pêches répondra plus efficacement aux atteintes des entreprises et des marins-pêcheurs. La gestion de la pêche côtière par des prud’homies constitue une originalité de la façade méditerranéenne. Cette gestion qui a fait la preuve depuis de nombreux siècles de sa pertinence au regard des spécificités de la mer Méditerranée n’est aucunement remise en cause par la loi du 27 juillet 2010. Une étude préalable aux débats préparatoires à  la loi conduite par un magistrat administratif a confirmé ce bien-fondé. Les prud’homies continueront donc à  exercer l’ensemble de leurs compétences dans le cadre de leurs textes fondateurs qui ne sont pas modifiés par la loi du 27 juillet 2010. »

Sur l’inquiétude des pêcheurs de voir l’avenir de la pêche menacé de disparition au profit de la pêche industrielle, et de constater des disparités d’application des quotas de pêche selon les zones de pêche du bassin méditerranéen, le Ministre fait la réponse suivante :

« L’attention du Gouvernement est appelée sur l’avenir de la petite pêche côtière artisanale en Méditerranée. La petite pêche côtière, activité structurante sur le littoral méditerranéen, fait l’objet d’une attention croisade de la part de l’Union européenne dans le cadre des débats actuels sur la réforme de la politique commune des pêches. La défense des activités artisanales dans la proche bande côtière est une priorité pour la France. Concernant la gestion de la ressource en Méditerranée, comme sur les autres façades maritimes, il n’y a pas d’opposition entre la petite pêche côtière et les autres activités. Toutefois, contrairement a la façade atlantique, l’accès à  la ressource n’y est pas régulée par des quotas, exception faite du thon rouge. Les captures dépendent de la bonne santé des écosystèmes marins. La bonne gestion de ces écosystèmes demande des efforts de la part de l’ensemble des catégories de pêcheurs. Le ministre de l’alimentation, de l’agriculture et de la pêche travaille, dans ce sens, en étroite collaboration avec les représentants de la profession et les scientifiques. La politique de contrôle fait partie intégrante de la politique commune des pêches. Les contraintes liées aux contrôles sont importantes, mais justifiées par la nécessité de préservation des stocks et des habitats naturels. Avec l’évolution de la réglementation, certaines pratiques de pêche ont été amenées à  évoluer, voire à  disparaître, comme c’est le cas pour les filets maillants dérivants, autrefois utilisés pour capturer le thon. La Commission européenne est garante de la bonne application de la réglementation par les Etats membres et constitue la principale garantie d’une application harmonieuse de la politique commune des pêches. »

Voir les questions écrites

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Transmettre des valeurs, un métier

Photos Sophie Hourdin Marty

« Aux pêcheurs, je leur enseigne des techniques de réparation rapides, histoire de se sortir d’un mauvais pas sans trop perdre de temps pour la pêche. On aborde aussi les principes de sécurité : retournement de radeau, équilibrage du bateau, ripage des caisses qui peuvent bouger

Auparavant, j’ai fait du compagnonnage dans le nautisme (voilerie, construction navale high-tech). Maintenant j’enseigne et transmets aux jeunes ma passion surtout. Si on est passionné, ça va tout seul. Tout le temps où j’ai travaillé sur des bateaux, je ne me suis pas aperçu que je travaillais, c’était ma vie

Photo Sophie Hourdin Marty

Avec les jeunes, il faut savoir souffler le chaud et le froid, il faut être dur, gentil, faut les comprendre c’est tout, et après « ça le fait nickel ‘ comme ils disent. De toutes manières, si je fais ce métier c’est parce qu’il y a des jeunes super. D’autres sont « à  la ramasse ‘ parce qu’on ne les a jamais bridés, on leur a jamais montré ce qui est bien aussi. Ils sont plus en « échec de la société ‘ qu’en échec scolaire. Ils n’aiment pas l’école, c’était mon cas aussi ! Maintenant, il faut les intéresser à  un métier, ils n’ont jamais utilisé leurs mains, certains ne savent pas planter un clou. Mais ça fait partie de la vie

Là , ce sont des élèves en maintenance nautique 1ère année. Ils vont devoir apprendre les termes nautiques, à  stratifier, à  utiliser des résines, à  démonter un mât ou un enrouleur de gréement Ce petit bateau, c’est mes élèves de 2ème année qui l’ont construit. Ils ont fait les plans, le master en contreplaqué. Le master, c’est un « poinçon ‘ mâle, on va dire, on le cire et on fait le poinçon femelle. A partir de là , on reproduit la coque. La cire, c’est un peu comme le beurre dans le plat à  tarte pour éviter que ça colle ! On va faire la déco pour que ce soit un peu plus ludique et on va naviguer avec !

Eh les gars, vous auriez pu tracer un peu droit Soyez critiques de ce que vous faites, c’est tellement plus simple de couper droit : 3 fois coupés, 3 fois trop court comme on dit. C »est pas dur de couper droit… La prochaine fois, vous vous prenez une cale, parce que tout est comme ça dans la vie, Il faut faire du mieux possible, la première fois.

Photo Sophie Hourdin Marty

Là , c’est un voilier qui nous a été donné par son propriétaire pour son intérêt pédagogique. Je dois seulement garder le nom du bateau. On va le retaper, changer les vis cuivres, il date de 1930 environ, il a une petite valeur historique. Les bordées sont bien mais sous la ligne de flottaison on a eu des entrées d’eau. On va le stratifier avec une résine spécifique au bois, on va saturer le bois et on va vernir. Si on fait ça dans les règles de l’art, on va repousser la mort de ce bateau une centaine d’années. On a des vis à  remettre. Elles seront en inox. Les vis qui tiennent, on les laisse et on va bouchiner toutes les vis à  la résine époxy pour les bloquer.

Oui, ça c’est bien les gars dans le sens de la longueur, oui, comme ça ; faites attention, retournez la pièce de façon à  ce que ce soit bien stratifié ici et une autre chose : laissez pas trop tomber les tissus car par gravité ils vont tomber.

Les gars, mouillez un peu plus car vous avez fait beaucoup de résine et elle va vous prendre dans les pattes, d’ailleurs elle a commencé à  geler, méfiez-vous. Il vaut mieux en faire en deux fois Vous n’avez pas pris de rouleaux, pourquoi ? Vous faites tout au pinceau ? Le rouleau, ce serait pas mal pour les parties plates. Sincèrement, prenez un petit rouleau

Attention à  l’humidité, vous auriez du vous mettre au soleil ; la table, elle est humide de cette nuit, et le tissus en touchant, il prend l’humidité. à‡a va blanchir

Le composite, l’inconvénient, c’est la température et l’humidité. A moins de 18°, on n’aura pas une polymérisation intéressante. Comme c’est une réaction chimique en chaine, dès que ça démarre, on a une résine qui peut monter à  130°. Ensuite, on démoule comme un gâteau

(Photo Sophie Hourdin-Marty)

Dans cette fibre de 2 microns il y a 3600 filaments dont chacun se subdivise en 3, c’est beaucoup plus fin qu’un cheveu. Si ça vole, ça rentre dans les alvéoles des poumons, surtout quand on ponce, et c’est de la fibre de verre, c’est inaltérable. Si on ne met pas de masque, c’est grave. Il n’y a pas de vieux stratifieurs, ils sont tous morts. Les anciens ne se protégeaient pas. Pas de masques et ils se lavaient les mains à  l’acétone sachant que l’acétone passe dans le sang capillaire, puis dans les veines, les artères et au cœur Mes élèves, je le leur dis, comme ça ils se protègent. Les mains, on les lave avec du savon de Marseille et de la sciure de bois.

(Photo Sophie Hourdin-Marty)

Ce bateau, c’est un martyr, il sert à  faire des trous dedans et à  le réparer. C’est pour les charpentiers pour apprendre à  gabariser des bordées, calfater On met du brai, un peu comme du goudron, ça fait un joint d’étanchéité. »

Voir des photos d’élèves de l’IPFM – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier bois – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier stratification – photos de Sophie Hourdin Marty

Entretien – émaillé de conseils aux apprentis – avec Xavier Kergal
professeur de maintenance nautique à  l’IPFM de La Seyne sur mer

IPFM (Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer). Etablissement de la Chambre de Métiers et d’Artisanat du Var Contact IPFM : tél. 04 94 10 26 80

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IPFM : apprendre un métier, valider des savoirs

Photo Sophie Hourdin-Marty

L’enseignant développe ses explications sur les pièces et le principe du moteur à  2 temps, émaillées pour les néophytes que nous sommes, d’un vocabulaire souvent cocasse « sur le crabot vous avez des dents de loup qui vont venir s’emboîter sur le pignon Têtes de bielle et pieds de guêpe, c’est l’inverse de la logique, la tête est en bas ! Cela vient du temps des bateaux à  vapeur, à  roue… ‘.

La théorie est émaillée d’informations pratiques comme : prendre la référence du moteur pour changer le filtre, nettoyer régulièrement les lamelles d’admission souples, surveiller l’hélice : « Vous avez l’impression que l’hélice n’est pas trop malade mais, non, elle est piquée ‘, protéger l’hélice par un manchon en élastomère qui permettra de débrayer si l’on croche quelque chose ou si l’on est proche de la roche

Photo Sophie Hourdin-Marty

Le cours est animé d’échanges avec les élèves. C’est ainsi que l’un d’entre eux fait le rapprochement avec le bricolage du carter de sa moto, que surgit l’image de la voiture essence qui peine en haut de la colline, que s’impose la nécessité pour cette petite pêche côtière de faire faire une révision rapide par un mécanicien. « A Chacun son métier ‘, le plus important est de récupérer en temps le matériel qui est à  l’eau

{« C'est une formation très agréable, ils sont sympathiques, motivés, ils ont envie d'apprendre. C'est déjà des professionnels, ça se passe bien '} (Photo Sophie Hourdin Marty)

Autre cours, autre langage : « Quel pavillon signale la présence d’un plongeur sous-marin ? A quelle distance devez-vous passer au minimum ? Si vous plongez seul sous votre bateau, il faut vous signaler. C’est votre sécurité. .. Cap au 130, droit devant vous, vous voyez une marque surmontée de 2 cônes noirs opposés par les pointes, de quel bord venez-vous ? »

Entre « gens de métier ‘, on se comprend !

Voir des photos d’élèves de l’IPFM – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier de mécanique – photos de Sophie Hourdin Marty

Voir les photos de l’atelier « cartes » – photos de Sophie Hourdin Marty

Cours de mécanique avec M. Delaunay, cours de carte avec M. Kersauson

IPFM (Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer). Etablissement de la Chambre de Métiers et d’Artisanat du Var Contact IPFM : tél. 04 94 10 26 80

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L’étrange réapparition du saumon rouge du Canada

L’été 2009 a inquiété les amateurs du saumon sockeye ou saumon rouge dans l’Ouest du Canada. Seuls un million de poissons étaient venus frayer  » déposer leurs œufs  » dans le fleuve Fraser sur les dix millions prévus.

Mais à  la fin du mois d’aoà’t, alors que l’on s’attendait à  une situation comparable à  2009, ce sont plus de 34 millions de saumons qui ont rejoint l’eau douce du fleuve Fraser…. L’espèce est-elle pour autant hors de danger ?

Aux premières inquiétudes, le premier ministre canadien, Stephen Harper, a installé une commission ad hoc chargée de faire la lumière sur cette chute problématique des populations de poissons…

En tout, ce sont 12 projets qui ont été lancés, allant de l’“impact des fermes salmonicoles” à  la “dynamique de la production du saumon rouge du fleuve Fraser”…

En attendant, plus de dix millions de poissons ont été prélevés par les professionnels et deux millions par les pêcheurs du dimanche.

Voir précédemment : <a href= »396″>Mystérieuse disparition de millions de saumons rouges dans l’ouest du Canada</a>

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Quand l’industrie de la pêche caviarde les étiquettes

… Erreur ou manipulation délibérée, c’est un poisson sur trois qui, outre-Atlantique, est vendu sous une étiquette erronée, affirmaient en 2007 Daniel Pauly et Jennifer L. Jacquet…

« La réglementation européenne prévoit que soient mentionnés le nom commun, la zone de pêche telle que la délimite la FAO (organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr) et si le poisson a été élevé ou pêché. Mais il n’est pas obligatoire de faire apparaître ces détails tout au long du processus qui va jusqu’au consommateur. En général, ils sont réservés aux caisses de gros. » Une fois les filets alignés sur les rayons ou les étals, c’est une autre histoire…

La FAO place ainsi dans la même zone – la n° 27, « Atlantique nord-est » – les mers qui s’étendent du sud du Portugal jusqu’à  la Norvège… Le cabillaud, par exemple, qui existe partout, sera vendu de la même façon s’il vient de Norvège, où il abonde, ou de la Manche, où il se porte mal »…

Quelle est la proportion de fausses étiquettes en France ? 38 %, estime 60 millions de consommateurs, dans son numéro spécial de juillet-aoà’t 2010…

Le label MSC (Marine Stewardship Council), créé en 1997 par Unilever et le WWF pour certifier les pêcheries « durables », est aujourd’hui mis en cause par Daniel Pauly et certains de ses collègues les plus renommés…

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Recettes de seiche

Recettes de Victor Caci, pêcheur à  Sanary sur mer

– Seiches sautées

Sitôt pêchées, vidées, coupée en petits dés, la seiche est cuite à  feu vif, à  la plancha ou à  la poêle, 2 mn à  peine, le temps qu’elle rende son eau et commence à  dorer. Se déguste à  l’apéro avec sel et poivre.

* Une cuisson plus longue la rendrait caoutchouteuse, il faudrait alors la faire mijoter longtemps pour retrouver son moelleux.

– Seiche à  la tomate

Je fais revenir un oignon émincé dans l’huile d’olive et j’ajoute 1 kg de seiche coupée en dés. Quand la seiche à  rendu son eau – il faut compter 15 mn environ – je la flambe au cognac ’10 cl) avant d’ajouter des tomates pelées (800 g), un brin de thym et une feuille de laurier. Je couvre d’un peu d’eau et je laisse mijoter à  feu doux près d’une heure. Il ne reste plus qu’à  saler, poivrer et servir avec du riz ou des pâtes fraîches.

Pâtes à  l’encre de Marianne Gallo, femme de pêcheur à  Sanary

Pour retirer la poche d’encre sans la déchirer, vous décrochez la tête du cornet, en tirant sur la tête. Vous coupez la peau sur le dessus pour retirer l’os. La poche est à  l’arrière, à  la jointure des nageoires, sous l’os et sous les viscères. C’est plus facile à  retirer, sans dommages pour la poche, si la seiche a été congelée. Dans ce cas, au sortir du congélateur, je fais ramollir la seiche une demi-heure dans l’eau froide avant de la vider. Je prépare ma sauce tomate avec de l’oignon, de l’ail, des herbes de Provence. Je rajoute une cuillère à  café d’encre à  la fin de la cuisson (avant, ça devient pâteux). Il faut que ce soit foncé sans être noir. Si l’on en met trop, c’est vite écoeurant. La sauce est servie avec des pâtes, ça a un petit goà’t sucré qui est bon.

* Vous pouvez aussi congeler la poche d’encre en la nouant et n’oubliez pas, à  la saison des seiches, d’en congeler pour vos bouillabaisses estivales.

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Le petit port de Saint-Elme

Photo Sophie Hourdin-Marty

Par un clair matin d’hiver, le petit port de St Elme ressemble à  une image d’Epinal. Peu de touristes, ce n’est pas un lieu de passage, l’on vient ici en résidents, en habitués. Retirés derrière la digue où vient battre la houle du mistral, une rangée de pointus colorés, actifs. Sur le quai, des amas de filets en tous genres. Aux abords du Cap Sicié, vertigineux, les fonds tombent vite. L’on retrouve ici-bas les étages montagneux  » les végétations et leurs habitants spécifiques – tout cela ramassés sur quelques milles marins. C’est pour vous dire que l’on travaille à  l’échelle : peu de longueur de filets mais des mailles variables pour s’adapter aux biotopes et à  leurs saisons.

Photo E. Tempier

Revenant de la calée avant que le vent ne force  » la saison est perturbée  » l’un des pêcheurs démaille sur le pont de son bateau. D’un coup de maillet, il assomme un congre : « Inutile qu’il souffre longtemps ‘ et commence à  démêler l’imbroglio laissé par la bête serpentiforme.

– Une torque de fiella (comprenez une embrouille de congre), mon père disait que c’est le moment où le bon dieu revient sur terre…

– ?…

– parce que les gens, on ne peut pas médire dessus, mais les congres ‘.

Devant ces mains élargis qui délivrent avec patience les maigres prises de la calée – un jour est bon, l’autre non – le temps radieux prend consistance.

– Il y a longtemps, j’étais en Afrique noire pour le travail. J’avais vu des chasseurs chanter et danser au retour de leur capture. Il y avait un homme qui parlait français mieux qu’un ministre qu’il était d’ailleurs dans son pays. Quand il avait traduit les paroles de ces hommes à  l’allure sauvage, ils s’excusaient auprès de l’antilope d’avoir du la tuer Ils n’étaient pas si sauvages que ça.

Raymond Cane,
pêcheur à  St Elme

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« Le poisson n’est pas un produit de masse mais un produit occasionnel qui doit rester festif ‘

Photo
Alliance Produits de la mer/SeaWeb

Un fort déclin de la biomasse

En 2001, les prévisions pour la pêche étaient fausses car les données fournies par la Chine étaient très largement surestimées. En corrigeant ces données, l’on peut voir un fort déclin de la biomasse en Europe, en Amérique du Nord et au Japon.

Une croissance expansionniste qui n’est pas durable

Avec l’industrialisation de la pêche, on prélève, de façon expansive, le capital constitué par les stocks de poissons, alors qu’auparavant on ne prélevait que les « intérêts ‘ fournis par le renouvellement de la ressource marine. Aujourd’hui, l’Espagne, par exemple, pêche partout. Ce sont les flottes de 3 à  4 pays qui couvrent la planète alors que d’autres grands pays du sud, comme le Brésil ou l’Inde, ne participent pas à  ce « vol ‘ international. C’est un schéma à  la Madoff qui est à  l’œuvre dans la filière. L’expansion se fait en surface (sur toutes les mers du globe) mais aussi en profondeur : on pêche aujourd’hui à  des profondeurs importantes. Egalement la variété d’espèces ciblées a augmenté. Les consommateurs n’ont pas remarqué la diminution des captures car l’approvisionnement des marchés des pays du nord se fait avec les produits pêchés sur toutes les mers du globe

Changements climatiques

Chaque poisson a sa répartition spatiale par rapport à  la température de l’eau. Si la température croît, les poissons se déplacent car ils ne peuvent réguler leur température. L’on observe un mouvement vers les pôles qui a démarré depuis 20 à  30 ans. Il en résulte des espèces invasives mais aussi des extinctions locales. Les projections montrent que les poissons seront plus abondants en Norvège, Groenland, Alaska et moins abondants partout ailleurs. Ces projections tiennent compte d’une série de paramètres(Profondeur, salinité, glaciers, estuaires, upwellings côtiers, production primaire,
récifs coralliens.)
mais ne prennent pas encore en compte l’oxygène, les algues (taille des cellules) et l’acidification des océans. S’il y a des couches chaudes en surface, il y a moins de poissons au fond car l’oxygène diminue. Bilan : tout le monde est perdant, et surtout les Tropiques.

« Pêche et conchyliculture en 2020 : une démarche environnementale à  l’échelle planétaire, une organisation économique et sociale à  l’échelle humaine ‘.
Panel présenté par Pierre Mollo (spécialiste plancton), Elisabeth Tempier (Collectif Pêche et Développement), Christian Décugis (Comité local des pêches du Var), Philippe Favrelière (Aquablog) et Benoît Guérin (CCR Sud Atlantique) – Photo Alliance Produits de la mer/SeaWeb

Aquaculture

La croissance de l’aquaculture vient principalement des 2/3 des apports herbivores qui seraient produits en Chine mais cette croissance manque de crédibilité car elle n’est pas corrélée avec celle des céréales dont elle dépend. Quant à  nos élevages carnivores (saumon, dorade, bar), la farine de poissons vient de la pêche, il s’agit de déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Du point de vue de la sécurité alimentaire et de la santé

Ces produits ne peuvent nourrir le monde dont la population est croissante. Les grands marchés européens sont approvisionnés à  80% par des importations des pays en vois de développement. Nous avons d’autres sources protéiniques que ces pays. Notre consommation de poissons « bons pour la santé ‘ est liée à  une mode qui pourra passer aussi vite que celle des épinards (1950), de la vitamine C (1970), des fibres (1980), du cartilage de requin (1990) ou des micronutriments (2000).

Comment manger ? Comment faire des choix raisonnés ?

Avec une carte de crédit et des « guides ‘ sur les espèces à  privilégier pour ceux qui peuvent choisir ? C’est une agitation ou une perturbation horizontale. Souvent le vendeur ne sait même pas d’où vient le poisson. On devient moralisateur mais l’agitation verticale n’a pas lieu. Les Africains ont du mal à  trouver du poisson sur leurs marchés alors que nous avons, à  Rungis, les produits pêchés dans leurs eaux.

Les pêches artisanales

Elles ont une grande production avec peu d’énergie et plus d’emplois. La FAO, tout comme l’Europe, a sous-estimé les captures de ces pêcheries, elles ne sont pas petites. Elles peuvent exporter et sont plus durables que la pêche industrielle. L’essor mondial du chalutage est lié au bas prix du pétrole mais c’est fini car la marge de rentabilité dépend plus du prix du carburant que des prises en volume. Un tiers des captures est gaspillé en farine de poissons pour les saumons et les porcs. On ne « produit ‘ pas du poisson, on le transforme d’un produit en un autre. On peut très bien manger des anchois plutôt que de les transformer en farine. La mort des pêcheries industrielles est positive car elle permet aux pêcheries côtières de se redévelopper. Les grands et petits bateaux sont en concurrence sur les mêmes stocks, il faut donc réduire cette concurrence.

Carte commentée par Philippe Favrelière - rédacteur d'Aquablog : regard sur la pêche et l'aquaculture - lors du panel : « La pêche en 2020 '

En conclusion

Le changement climatique s’accroit, il faut reconstruire les populations côtières de pêcheurs, se pencher sur la renaissance des pêcheries artisanales locales et de leurs engins passifs. Ces pêcheries sont durables depuis des siècles. Nous mangerons « lentement ‘ des poissons, issus de stocks dont nous prendrons soin, plutôt que des poissons volés par des signataires d’accords corrompus.

Présentations et vidéos sur le site de l’Alliance Produits de la mer

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« Pêcheurs du monde ‘ : festival international de films à  Lorient


Cry seaFilm de Cafi Mohamud et Luca Cusani

Les premiers plans nous emmènent au plus près des gestes des pêcheurs qui travaillent sur les pirogues. D’emblée, nous sommes avec eux. Mais en plusieurs séquences dynamiques, le message devient plus global. C’est le même élan qui conduit à  développer la technologie à  l’extrême, concentrer les armements pour traquer les moindres bancs et être compétitifs sur l’ensemble des marchés, négocier des accords sur les zones de pêche jusqu’à  ce qu’elles se vident comme peau de chagrin…

Au Sénégal, les pêcheurs sont confrontés à  la rareté, la pauvreté, l’exil parfois. Au Nord, les ports se vident, les pêcheurs désertent le secteur. L’équation est faussée : la spirale productiviste se déconnecte peu à  peu du rythme de renouvellement des ressources. Dans ce film, Nord et Sud sont réunis autour d’un même constat : il faut amorcer une autre forme de développement. Si le raisonnement prévaut, les images restent humaines et belles, c’est la vie et l’espoir qui palpitent sous l’œil du réalisateur.

Kayar l'enfance prise aux filets (photo Zideo prod.2009)
Kayar, l’enfance prise aux filets
Film de Thomas Grand

Dans ce port de pêche du Sénégal où 25.000 pêcheurs tentent de survivre, les enfants sont embarqués très jeunes. « C’est un schéma unique, les pères dès l’âge de 45 ans prennent leur retraite. La pêche est la seule activité envisagée, elle doit rapporter immédiatement et c’est aux enfants, dès l’âge de 12 ans, à  prendre la relève ‘ Une situation d’autant plus difficile que les eaux largement surexploitées par les grandes flottilles internationales (600 bateaux au large de l’Afrique et une centaine environ au large de l’Espagne) rapportent peu, et que la commune manque cruellement de moyens et d’infrastructures en matière d’éducation, de sports, de santé, de culture

Lamine Niasse, membre du jury (photo de Sophie H. Marty)
« Le film pose la question de l’accumulation de la vie et des premières années. Si on s’intéressait à  une nouvelle génération d’enfants pour un mieux-être et une meilleure éducation. Prendre les moyens que les enfants de pêcheurs puissent sortir de la plage et choisir leur métier, Leur laisser un bon socle d’éducation Ce film, pour avoir mis le doigt sur ces réalités, a reçu un accueil extraordinaire des Sénégalais : 10.000 personnes l’ont vu sur un grand écran gonflable en plein air ». Etait-ce le passé colonial ou la peur de perdre nos richesses matérielles ? A Lorient aussi, le film dérange Et c’est Lamine Niasse qui nous réconcilie avec nous-mêmes : « Il faut faire confiance aux gens qui vivent au Sénégal. Nous ne sommes pas restés les bras croisés, nous donnons la main à  tous ceux qui se battent dans le monde, au niveau de chaque peuple pour se libérer ‘


Le jour de la méduse
Film de François Reinhardt

« Dans cette pêche, le danger on s’en fiche dans cette pêche c’est chacun pour soi ‘ Pendant quelques jours, la ville se transforme en camps retranché, c’est très difficile. « Personne ne peut charger les filets avant le coup d’envoi, ça ne dure qu’une journée mais on peut se faire un paquet de fric ‘ Le port est fermé depuis 8 à  10 jours, les bateaux sont coincés à  quai « on fait que se mettre la pression, la rumeur dit 3h ou 5h PM dans les ports du nord 4 bateaux auraient coulé, y aurait des morts mais tout le monde s’en fout Il faut faire très attention tant qu’on n’est pas sorti du port ‘ Plus de 800 bateaux sortent « Au fur et à  mesure qu’on avance le bateau fait remonter les méduses, faut pas se précipiter ‘ C’est comme trouver une aiguille dans une botte de foin. Sous la coque peut-être une fortune, tout dépend du nez du patron. « C’est un boulot dur mais on est très unis et comme je leur donne un bon salaire, ils reviendront chaque année ‘

Brigitte Peignard, réalisatrice de Niodor (photo Sophie H. Marty)Niodiorfilm de Brigitte Peignard

En 1987, sur cette île du Siné Saloum au Sénégal, une pointe s’est cassée. Les terres de culture et la mangrove sont salinisées. Avec la pression des ONG, les femmes se sentent responsables, elles avaient l’habitude de couper les branches pour pêcher les huîtres.
« Quand elles sont réunies, ces femmes, qu’elles chantent, c’est le cœur pour moi qui bat et qui exprime leur tristesse. Je suis touchée par la façon dont les femmes prennent leur vie en mains ‘

Alain Le Sann, Président du Festival

Festival « Pêcheurs du monde ‘

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Zones humides : leur préservation se justifie économiquement

… Véritables zones de transition entre le milieu terrestre et le milieu aquatique, les zones humides jouent un rôle important dans la régulation des débits des cours d’eau et l’épuration des eaux. Elles abritent par ailleurs une faune et une flore spécifiques notamment de nombreuses espèces rares ou menacées. Cependant, l’extraction de matériaux, le drainage agricole ou encore l’urbanisation en auraient détruit les deux tiers en 30 ans en France…

Dans le cadre du Grenelle de l’environnement, l’Etat s’est donc engagé à  en acquérir 20.000 hectares via le Conservatoire du littoral et les Agences de l’eau…. L’acquisition et l’entretien de ces superficies coà’teront entre 200 et 300 millions d’euros sur les 50 prochaines années (…) mais les bénéfices correspondants, actualisés sur 50 ans, s’élèveraient entre 400 et 1.400 millions d’euros…

Un hectare de zone humide permettrait d’économiser entre 37 et 617 euro par an au titre de la lutte contre les inondations, entre 45 et 150 euro/an pour le soutien des débits d’étiage dans les cours d’eau en été et entre 15 et 11.3001euros/an pour l’épuration de l’eau… Il faut ajouter les bénéfices liés à  la pêche (80 à  120 €/an), la chasse (230 à  330 €/an), la navigation/plaisance (15 €/an), le canoê/kayak (28 €/an) et surtout la valeur sociale (usages récréatifs, biodiversité) attribuée à  ces zones humides (de 200 à  1.600 €/an)… Dans le cas des tourbières, la valeur du stockage de carbone est estimée à  1.728€/ha/an… Pour une zone humide quelconque une étude réalisée en 1999 a estimé cette valeur à  150 €/ha/an par an…

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