Quand l’infiniment petit rime avec nos choix de développement

I. Ecloserie de homards : « Les pêcheurs m’ont offert les moyens de les aider ‘

En 1972 quand des marins pêcheurs m’ont demandé de travailler avec eux dans la gestion de la ressource pour comprendre un peu ce qui se passait dans la disparition de certaines espèces et la diminution des stocks, je leur ai expliqué qu’il fallait monter un laboratoire dans lequel on produirait du plancton végétal, puis du plancton animal, ensuite on déciderait ensemble des espèces à  repeupler à‡a a été un beau parcours où les pêcheurs ont construit une écloserie, un laboratoire à  l’île de Houat, en face de Quiberon.

Construction de l'écloserie de Houat avec les pêcheurs- Photo UNICOMA

Déjà  à  cette époque, leur volonté était de réensemencer la mer pour éviter la disparition de la petite pêche artisanale. Ils pratiquaient une pêche côtière à  la journée avec des casiers, des lignes, le bao (palangre), et le filet pour quelques-uns. Il y avait 80 pêcheurs sur une île de 350 habitants ! C’est pas mal

Ils étaient organisés en coopérative à  l’époque. Celle-ci regroupait plusieurs centaines de marins pêcheurs sur le littoral, du Croisic à  Lorient. Avec mon collègue Jean Le Dorven, nous étions rémunérés par la coopérative en tant que biologistes de service. On essayait d’apporter des réponses à  leur question sur la ressource, la biologie, l’écologie, l’aquaculture Nous, une aquaculture sans les pêcheurs ne nous intéressait pas, c’était eux qui devaient décider quelle sorte d’aquaculture l’on pourrait développer sur le littoral.

L’écloserie s’est arrêtée en 1990, elle a été rachetée par une grande firme de cosmétiques, intéressée par le plancton. Au départ, il était prévu que l’on continue à  faire du homard mais le bâtiment et les bassins ont été détruits pour faire place à  un laboratoire sophistiqué avec une vitrine à  l’entrée C’est devenu un outil moderne, ça c’est sà’r, mais qui ne fait plus de bébés homards.

Des années après nos repeuplements, les pêcheurs de Houat reconnaissent que le stock de homards n’a pas diminué. Non seulement, on n’a pas fait que stagner mais les captures sont passées de 2000 t à  3000 t en France ! Et ce n’est pas comme au Canada où les homards canadiens vivent enfouis dans la vase comme les langoustines.

II. Etang de Thau : « La crevette, on l’élèvera dans son milieu, il suffit de mettre quelques enclos ‘

J’ai démarré la crevette dans l’étang de Palavas et dans l’étang de Thau avec les prud’hommes. C’était super, c’est un bonheur avec eux. L’idée était de voir comment on pouvait élever de la crevette pénéide, mais de façon extensive, sans apport de nourriture. On avait réussi ! On faisait des enclos sur les tocs de l’étang de Thau, du côté de Sète. Tu as de l’eau peu profonde, tu as des grandes surfaces avec une productivité de plancton incroyable Les tocs, on peut dire que ce sont de « petits ‘ plateaux continentaux avec une forte diversité de plancton animal et végétal qui permet d’alimenter l’étang de Thau. A la différence du bouquet des côtes atlantiques qui est détritivore, qui mange des cadavres de poissons, etc. les pénéides sont des gros consommateurs de zooplancton ; dans les zones tropicales elles sont très grandes. La pénéide, c’est du haut de gamme dans la chaîne alimentaire ! On s’est dit : « à‡a doit pousser tout seul ‘. On faisait des enclos de 1000 m² et on mettait des crevettes : dix-mille, pas beaucoup ; on les suivait et on avait de belles croissances, sans apport de nourriture. On a fait ça pendant deux, trois ans mais il y avait de grands projets immobiliers entre Sète et le Cap d’Agde. Sur le cordon lunaire de 17 km, des promoteurs voulaient bétonner. On parlait de dizaines de milliers de lits On a monté une association à  l’époque pour dénoncer cela. C’était impossible c’était dans les années 1980-85. Avec les pêcheurs, on a montré que c’était des zones à  préserver pour la nature, et aussi que l’aquaculture n’était pas incompatible avec le respect de l’environnement. Au lien de bétonner le cordon lunaire, les marais salants, nous on disait : « La crevette, on l’élèvera dans son milieu, il suffit de mettre quelques enclos ‘. Bien-sà’r, ça n’a pas plu à  tout le monde, et à  chaque fois, trois semaines à  un mois avant la pêche, t’avais des commandos qui arrivaient et qui déchiraient tout. Ils détruisaient tous les parcs On voyait bien de quel bord ils venaient. A la fin, les derniers enclos, on avait mis des miradors. On avait une cabane et un pêcheur avec un fusil et un projeteur : l’horreur C’était pas possible de faire cette aquaculture comme ça, On a arrêté. C’était pas dans la philosophie des pêcheurs de faire des choses pareilles Bien sà’r que les pêcheurs, par la couleur, par l’odeur de l’eau, par tous les indices qu’ils remarquent peuvent apporter des informations formidables.

Alevin de homardJ’ai bossé au Japon pendant 3 mois, au début des années 70. Là -bas, y avait des écloseries où ils mettaient des centaines de millions de poissons-larves à  l’eau, et ils les récupéraient

III. Bétonnage littoral : « Plus y a de flamands roses, plus le milieu est pauvre ‘

Y avait une publicité à  côté de Carnon qui disait en gros : « Nos constructions sont compatibles avec l’écologie puisque les flamands roses prolifèrent ‘. Plus les constructions de la Grande Motte, Carnon, Palavas se développaient, plus les flamands roses venaient ! Je me dis : « Si les flamands roses deviennent des auxiliaires du bétonnage du littoral ‘. Je vais voir un pêcheur et j’lui dis : « Les flamands roses, ils sont en train de nous mettre la pagaille ! ‘ Il m’a raconté : « Je vais t’expliquer : avant, quand y avait pas de bétonnage, quand l’eau circulait bien, quand les eaux douces rentraient dans l’Etang de l’Or ou de Carnon, y avait des échanges avec la mer, c’était formidable. D’abord on avait 1m50 de hauteur d’eau, c’était super, on avait du plancton, des crabes, des coquillages, des poissons une diversité incroyable ! Et quand ils se sont mis à  bétonner, au début, y avait pas de flamands parce qu’à  1m50, ils se mouillent le ventre ! Il leur faut de l’eau jusqu’aux genoux, il ne faut pas que ça dépasse. Depuis qu’ils ont bétonné, ils ont fermé des vannes, éviter des changements d’eau entre la lagune et les eaux douces. Les niveaux ont diminué, on est arrivé à  50 cm d’eau. Aujourd’hui les crabes, les coquillages, les poissons ont disparu, il n’a survécu que le plancton animal et le plancton végétal, et ça tombe bien parce que les flamands roses, c’est ça qu’ils veulent ‘. Il était fou le pêcheur C’est une catastrophe les flamands roses ! Ils sont un indicateur de déséquilibre du milieu.

IV. L’incidence dramatique d’un projet touristique pharaonique

  1. une eutrophisation à  50 m de profondeur

« Pierrot viens-voir au large de Belle-Ile, on comprend pas, l’eau elle est noire ; quand on relève les filets, les poissons, ça sent l’œuf pourri ‘. C’est le barrage d’Arzal sur la Vilaine qui avait été ouvert 3 semaines auparavant, provoquant un apport de nutriments excessifs. Avant le barrage, la mer, elle gérait tout cela en 12 mois, là  on lui demande de gérer tout cela en 15 jours. Face à  une pollution organique en grande quantité, elle répond par un développement anarchique très mono-spécifique de plancton qui occupe tout le terrain, s’écroule sur le fond, et accélère le développement bactérien. Au fond, il. y a donc une couche de boues planctoniques qui sont digérées par des bactéries fortement consommatrices d’oxygène. Alors les vers, les fouisseurs, les coquillages disparaissent On trouvait les coquillages pincés sur les filets, ils cherchaient à  sortir de là , c’était une stratégie, un réflexe. Ils s’accrochent à  ce qu’ils trouvent, une épave, une algue, un filet C’est un indicateur d’eutrophisation sur le fond. Au microscope, on voyait que la boue au fond était composée de millions de diatomées en décomposition et à  l’intérieur des espèces comme des dinoflagellés qui, elles, peuvent résister aux déséquilibres du milieu.

Quand je suis revenu à  Beg meil, j’ai raconté cela aux pêcheurs. Ils m’ont dit : « T’avais pas besoin d’aller à  Belle-àŽle, on a la même chose aux Glénan ‘ A cause du barrage toujours.

Dinoflagellé Dinophysis - Photo Maurice LoirOn a eu l’expérience des marées noires en Bretagne qui sont violentes car elles polluent d’un seul coup, et 10 à  15 ans après, c’est étonnant comme la nature a repris le dessus. Le problème, c’est la pollution diffuse  » 20 fois le prestige chaque année avec les dégazages, rejets licites ou illicites – qui peut avoir un impact à  long terme et qui est assez inaperçue.

2°) Un projet de marina, les pieds dans l’eau dans les marais de Guérande

Marais salant de Guérande Le barrage avait été fait dans les années 70, pour réguler la montée des eaux des grandes marées dans le pays de Redon qui avait les pieds dans l’eau une fois par siècle environ. Au départ, le barrage était là  pour n’être fermé qu’aux grandes marées problématiques, ce qui est très rare. Mais on a bloqué les vannes. Conclusion : la marée s’est retirée et l’eau douce est restée derrière le barrage, faisant un grand lac. A partir de ce lac, a été montée une station de traitement des eaux pour alimenter la presqu’île guérandaise. On ne pouvait pas développer du tourisme industriel à  La Baule s’il n’y avait pas d’eau douce au robinet On a fait croire à  tout le monde que c’était pour le pays de Redon mais c’était en fait pour développer un tourisme industriel à  La Baule. Derrière ça, étaient programmées la destruction de tous les marais salants de Guérande et la construction du plus grand port européen de plaisance On s’est battu : « Guichard, t’auras pas nos marais ! ‘ On a gagné, le projet de marina, les pieds dans l’eau dans les marais de Guérande, a été abandonné. On l’a échappé belle, toutes les autoroutes avaient été programmées. C’était le même type d’aménagement qu’à  la Grande Motte, on gardait un ou deux paludiers pour les cartes postales. A l’époque, 50% des marais étaient à  l’abandon, on en comptait 180 à  200. Aujourd’hui une grande partie a été remise en état, on en dénombre 280 à  300. A un moment donné, le barrage il faut bien faire une chasse d’eau mais tu ne sais pas si l’année va être sèche ou pas, alors tu attends le dernier moment aux mois d’avril-mai, au printemps. Tu lâches un peu car, s’il pleut, tu vas avoir des problèmes ; c’est juste l’époque où il ne faudrait pas car la productivité primaire est en train de se réveiller. Tu balances dans la mer des milliers de tonnes d’eau chargée en matière organique et tu déséquilibres tout l’écosystème.

3°) Depuis 30 ans on a perdu tous les sprats, anchois, sardines dans la baie de la Vilaine

Ce n’est pas un hasard si la Turballe était un port sardinier, c’est que la Vilaine apportait tous les nutriments qui permettaient au phytoplancton de se développer, aux copépodes et aux sardines de venir. La Turballe a été développée pour la pêche de ces poissons et, depuis le jour où il y a eu un déséquilibre de cet écosystème, 30 ans en arrière, il n’y a toujours plus de sardines, d’anchois. Et en 30 ans, il y a eu 4 m de bouchon vaseux à  l’estuaire, ça a été la disparition des 2000 t de moules produites à  Tréhiguier. C’était un des grands centres producteurs de moules. Les pieux ont disparu en-dessous, parfois tu vois des têtes de pieux qui dépassent

V. « Paludier  » parqueur  » pêcheur ‘ ou comment vivre en lien avec la chaîne alimentaire ?

Rien ne sert de développer certains secteurs de l’aquaculture industrielle pour produire du poisson très cher et en trop faible quantité alors que la mer bien gérée est une source inépuisable et à  bon marché. Tel en témoigne l’exemplarité de la Presqu’île Guérandaise. Au départ, il y a les marais salants qui, malgré leur apparence, ne sont pas des « bacs à  sel’ ; le plancton végétal s’y développe grâce à  l’entretien, par les paludiers, du réseau hydraulique. Ce plancton nourrit les parcs conchylicoles qui alimentent à  leur tour, par les millions de larves pondues (plancton animal), poissons et crustacés du littoral au bénéfice des pêcheurs. L’implication de ces derniers dans la préservation de leur environnement est régulièrement relatée dans cette revue : engins sélectifs, rotation des espèces ciblées, cantonnements, actions contre la dégradation du milieu marin

VI. La conchyliculture, une activité d’intérêt général

La conchyliculture, c’est une activité qui mérite d’être protégée. Non seulement, elle participe à  l’enrichissement planctonique mais c’est aussi un super indicateur de la qualité des eaux. Le coquillage se nourrit de ce qu’il y a dans l’eau, et il est bon ou pas bon. Aujourd’hui, des entrepreneurs ferment à  cause de la mauvaise qualité des eaux. Ils paient très cher, ils font faillite parfois, et ils n’y sont pour rien. C’est injuste ! Sachant que les normes européennes sont strictes (1), quand les conchyliculteurs ne pourront plus élever les coquillages, ce sont les plages qui seront interdites à  la baignade

Collecteur d'huîtres - Photo Pierre Mollo

VII. Associer les gens du littoral aux nouveaux projets

Il va y avoir une expérience à  Lorient, pour 3 ans, sur des carrières de kaolin. Quand on arrête l’exploitation, l’eau qui stagne devient très verte et ces algues seraient intéressantes pour les agro-carburants. Comme ces carrières, on ne sait pas trop quoi en faire, l’idée serait de booster un peu. Les éléments minéraux sont là  et il suffirait juste de contrôler un peu la production de phytoplancton. Si ça ne pose pas de préjudices à  l’environnement, pourquoi pas ? D’autant plus que ces agro-carburants ne rentrent pas en concurrence avec l’alimentation comme dans le cas des végétaux. Je souhaiterais que les gens du littoral soient associés à  ce projet, plutôt que des multinationales. Ce sont des territoires qui nous concernent, ça crée des emplois, on peut faire des coopératives, les pêcheurs ont su faire du phytoplancton

(1) : Pour une bonne qualité des eaux, la norme est passée de 2000 à  500 coliformes fécaux par 100ml d’eau

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Pierre Mollo - Photo Katell MolloA la croisée du plancton et des artisans de la mer

Pierre Mollo a commencé sa carrière « plantonique ‘ par la construction d’une écloserie de homards avec les pêcheurs de Houat (150.000 juvéniles par an) et la mise au point de la reproduction d’huîtres plates. Avec les paludiers de Guérande, il a montré l’interdépendance « planctonique ‘ entre paludiers, conchyliculteurs et pêcheurs, et la nécessité de préserver ces métiers. Peaufiner et transmettre savoir-faire et connaissances dans les lycées agricoles, aquacoles et de la mer, auprès des professionnels et du public, assurer le suivi d’expérimentations dans d’autres pays (coopération internationale), constituent le troisième axe d’un parcours original. Et pour témoigner de ces aventures collectives, Pierre a réalisé 25 films et vidéos.

« Aujourd’hui la concertation entre les gens de la terre et de la mer pour la reconquête de la qualité des eaux et la pérennisation de nos métiers occupe tout mon temps. ‘

C’est-à -dire en pratique :
– participation à  des films (non des moindres !) : « L’océan ‘ de Jacques Perrin (sortie prévue en octobre 09) et « Planète plancton ‘, 2 films 52mn de Jean-Yves Collet pour ARTE (automne 2009)
– Création du site de plancton du monde
– rédaction d’un livre : « L’enjeu plancton ‘ avec Maêlle Thomas-Bourgneuf. Edition : Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme (sortie prévue oct. 2009)
– des conférences sur demande : pierre.mollo@sfr.fr

NB : Le centre « Cempama ‘ sur le site de Beg Meil où Pierre Mollo a été enseignant-chercheur se nomme aujourd’hui « Agrocampus ‘. Celui-ci démarre avec l’Université de Bretagne Sud, en septembre 2009, une licence professionnelle : « Coordination Interprofessionnelle des zones côtières ‘.
Informations sur les sites de l’université ou de agrocampus

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Pour en savoir plus sur le plancton :
Site de plancton du monde
Site de l’observatoire du plancton
La mer, ce n’est pas que de la surface, elle respire

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L’encre de mer n° 22-23

Et vous, comment voyez-vous la pêche en 2020 ?

– Faut-il poursuivre la concentration du secteur et favoriser de grandes entreprises dont la logique financière et productive est fondée sur la mobilité (des capitaux, des facteurs de production, des marché) avec les conséquences de mondialisation, délocalisation et surcapacité des flottilles que nous connaissons ?

– Faut-il privilégier systématiquement des communautés pléthoriques de pêcheurs pour le poids économique et social qu’elles représentent dans leurs pays ?

– Ou faut-il construire des espaces régionaux spécialisés dans l’Europe,
au sein desquels les pêcheurs jouent des rôles spécifiques : partenaires d’une spécialisation touristique et résidentielle sur nos côtes méditerranéennes, acteurs d’un secteur économique diversifié de dimension régionale sur les côtes bretonnes ?

Au sommaire de ce numéro :

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A qui appartiennent la ressource marine et les zones de pêches ? – Que peut-on attendre d’une recherche renouvelée ?

A qui appartiennent la ressource marine et les zones de pêches ?

Le Livre Vert sur la pêche pose la question des « quotas individuels transférables », un outil de « privatisation » de la ressource marine avant sa capture, soit encore une forme de privatisation du vivant. A qui appartiennent la ressource marine, et les zones de pêche, si ce n’est aux contribuables ?

– Fut un temps où ces deux composantes étaient dédiées aux communautés de pêcheurs pour leur permettre de vivre tout en approvisionnant nos marchés. En Méditerranée, cette forme-là  s’est imposée jusque dans les années soixante. Les Prud’homies de pêche étant chargées d’organiser la répartition des droits d’usage entre les membres de la communauté de manière à  éviter les conflits et permettre à  chacun de vivre de son métier tout en en laissant pour ses enfants… Soit un développement « durable » avant la lettre.

– Vint le temps du productivisme où ressource marine et zones de pêche furent attribuées aux unités les plus modernes ? La gestion d’une répartition de l’effort de pêche entre équipements relativement équivalents fit place à  une gestion de la compétitivité fondée sur l’innovation technologique. Avec pour corolaire, à  propos d’une ressource limitée, la surcapacité des flottilles.

– Aujourd’hui, ressource marine et zones de pêche doivent être protégées pour les générations futures, et partagées entre de multiples acteurs. La question de leur allocation se pose à  nouveau. Doit-on les privatiser ? Et si oui, de quelle manière ? Par des outils financiers accessibles aux grands armements, avec le risque que ces propriétés passent aux mains de sociétés internationales, voire extra-européennes ? Quel intérêt pour les contribuables régionaux, français, européens de voir leurs richesses s’envoler ?

Que peut-on attendre d’une recherche « renouvelée » ?

Lors de la réunion de Rochefort, les chercheurs ont souligné la nécessité de renouveler leur activité pour considérer :
– relations entre espèces
– relations espèces – environnement et climat
– des modèles écosystémiques
– l’état de santé des écosystèmes (définition de critères)
– des analyses à  grande échelle et sur longue durée

A propos d’une démarche écosystémique, ils expliquent qu’elle doit s’appuyer sur l’environnement dans son ensemble : les relations proies-prédateurs, les impacts (destruction des frayères, extraction de granulat, pollutions, changements climatiques), ainsi que les différents usages des écosystèmes maritimes (conservation de la biodiversité, rôle de régulation par rapport au climat, épuration des eaux, tourisme, pêche).

Et ils en tirent la conclusion immédiate que l’intégration de ces nouvelles variables dans leurs modèles se traduira nécessairement par de nouvelles règles pour minimiser l’impact de la pêche sur les écosystèmes, soit ipso facto une réduction de l’effort de pêche par la casse de nouveaux bateaux, ou la répartition de l’effort de pêche au sein des flottilles existantes…

Sur le plan environnemental, l’on aimerait voir appréhender :
– l’impact des pollutions marines sur la chaîne alimentaire dont 80% viennent de la terre, et les moyens d’y remédier,
– l’impact des pollutions et autres actions sur le plancton qui est à  la base de la chaîne alimentaire. Sachant qu’un relâcher intempestif de barrage peut éradiquer sprats, sardines et anchois à  l’échelle du Golfe du Morbihan depuis 30 ans, l’on peut se rendre compte de l’importance de cette question…
– l’impact du prélèvement massif des espèces fourrages sur la chaîne alimentaire sachant qu’il représente 1/3 des captures mondiales et 1/5ème des captures européennes
– l’évaluation des captures massives de la pêche industrielle et leur impact en termes de rejets, rythme de captures…
– les moyens d’accroitre la richesse biologique marine : gestions littorales, cultures marines, opérations de repeuplements, implantations de récifs…

Aux niveaux économique, social, culturel, environnemental, l’on aimerait voir discuter du choix de mode de développement. Continue t-on à  partir d’une situation héritée d’un développement productiviste à  privilégier implicitement les unités les plus modernes, et les grands armements, ou cherche t-on à  construire la compétitivité de territoires régionaux avec des spécialisations multisectorielles ? Dans ce dernier cas, la question est-elle toujours d’évaluer le « maximum de captures » pour assurer le renouvellement de la ressource et des écosystèmes ou d’apprécier l’apport des différentes flottilles à  la spécialisation régionale, leur cohérence régionale, les moyens de les adapter, les conditions de leur pérennité ? Y aurait-il un objectif « neutre » qui consisterait à  observer de grandes pêcheries par zones géographiques et à  raisonner par « quantités globales » (effort de pêche global, hectares de zones protégées, tonnages débarqués, chiffre d’affaire global ?…) ou faut-il construire de nouveaux indicateurs relativement à  des économies régionales spécifiques ?

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NB : Lors de cette journée, des exposés intéressants ont permis de mieux comprendre le contexte dans lequel s’inscrit la réforme de la PCP : « La PCP est incluse dans une « Politique Maritime Intégrée ‘ et une « Stratégie pour le milieu marin ‘ qui comprend la pêche, le transport, la protection de biodiversité, la condition des marins, la pollution Cela suppose également la mise en place et la participation de l’UE dans les organisations internationales des pêches. Le Traité de Lisbonne introduit un changement dans les processus décisionnels puisque le Parlement est associé au Conseil pour les décisions… »

Ci-après, un compte-rendu de la réunion qui s’inspire en partie du compte-rendu rédigé par le Comité local des pêches du Guilvinec, et qui n’est ni exhaustif, ni officiel.

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Débats sur le thon rouge : quel impact pour la petite pêche ?

 » L’exécutif européen soutient une proposition de Monaco visant à  inscrire le thon rouge, pêché surtout en Méditerranée, sur l’Annexe I de la Convention de l’ONU sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES)…

L’enjeu pour le Japon est énorme: environ 80% des captures de thon rouge en Méditerranée sont exportées vers le Japon, ce qui représentait en 2007 quelque 30.000 tonnes…

Par ailleurs, le gouvernement français milite pour une inscription à  l’Annexe II de la CITES, beaucoup moins restrictive, mais dans le même temps est favorable à  ce que l’Europe envisage un moratoire sur la pêche pendant deux ans… »

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Réforme de la Politique Commune des Pêches : quel choix de développement ?

1°) Ressources marines et zones de pêche acquièrent une « valeur »

Raréfiées, convoitées pour de multiples usages actuels ou à -venir, ressources marines et zones de pêche changent de statut et prennent de la « valeur ‘. Les récifs coralliens et zones littorales sont « évalués », les stocks de ressource marine sont en voie d’être monnayés par le jeu de quotas individuels transmissibles, et d’accords de pêche, les zones marines à  « geler » en aires marines protégées donnent lieu à  des calculs de proportionnalité…

Il y a tout juste 50 ans, ces composantes naturelles étaient dédiées aux communautés de pêcheurs qui en vivaient; elles devinrent ensuite des facteurs de production à  disposition des unités les plus modernes dans une logique productiviste. Maintenant qu’elles inaugurent un statut qui dépasse les communautés de pêcheurs qui ont résisté, et un secteur de production devenu très capitalistique selon les régions ou les ports, se pose la question de la mise en place d’une nouvelle politique des pêches et de l’orientation à  prendre pour nos structures de production, soit encore la question de notre choix de développement.

2°) Quel choix de développement

– Doit-on conserver les segments industriels qui résultent de la dernière période et leur allouer une part de la valeur « ressources et zones de pêche ‘ (par quota individuel transférable, accords de pêche entre pays et autres) ?

– Doit-on privilégier certaines communautés pléthoriques de pêcheurs pour leur poids économique et social qu’elles représentent dans leurs régions, en leur réservant prioritairement des ressources et des zones de pêche déterminées ?

– Doit-on construire des spécialisations multisectorielles régionales au sein d’un marché européen, en examinant la contribution des acteurs de la pêche à  ces spécialisations ?

3°) Un développement « territorialisé ‘ au sein de l’Europe et ses implications

Si la troisième voie paraît la plus avantageuse pour la collectivité sur les plans économiques, sociaux et environnementaux, comment faire évoluer notre structure productive halieutique conformément à  cette dynamique ?

– La première question qui s’impose est d’ apprécier l’espace économique , social, culturel, environnemental et financier dans lequel les communautés de pêcheurs s’insèrent, et ce à  l’échelle de l’Europe : est-ce l’entité régionale administrative, ou un groupement régional ? Quelle est sa spécialisation ? Quelles sont ses relations avec les autres espaces européens ? A première vue, si le littoral méditerranéen est fortement spécialisé dans des fonctions résidentielles et touristiques, le littoral atlantique, que ce soit en Bretagne ou en Galice, affirme une forte vocation halieutique.

– Partout, les pêcheurs doivent devenir des « agents d’exploitation naturelle ‘ conscients de leur empreinte écologique et partenaires des gestions halieutiques et environnementales. D’un côté, les pêcheurs méditerranéens devront montrer comment ils s’insèrent dans la spécialisation de leur littoral . De l’autre, les pêcheurs atlantiques devront construire une structure productive cohérente à  l’échelle de la région, et compatible avec les nouvelles donnes environnementales.

– Ce raisonnement par territoire ou par région implique qu’il n’y ait pas de critères « universels » pour définir, à  l’échelle européenne, a fortiori mondiale, pêche industrielle et pêche artisanale, ou encore pour différencier les « bonnes ‘ des mauvaises techniques, les « bonnes ‘ espèces cibles des espèces à  protéger Chaque région allie territoire terrestre et maritime et affirme sa propre spécialisation, le rôle des agents de la pêche dans cette spécialisation, les conditions de maintien et d’évolution des communautés de pêcheurs et la cohérence sectorielle régionale (infrastructures, réseaux commerciaux, répartition spatiale et temporelle de l’effort de pêche…). Dans chacun des cas, les techniques sont appréciées, certes en fonction de leur impact sur l’environnement, mais également en fonction de tous ces critères.

4°) Les conséquences d’un autre choix

Ne pas entamer une telle démarche risque d’être préjudiciable aux communautés artisanales de pêcheurs mais également à  la collectivité dans son ensemble car ces artisans jouent un rôle important dans la gestion environnementale et ils ont tous les atouts pour s’adapter aux contraintes environnementales, bref d’être « durables ‘ selon le terme consacré.

Avec le Livre vert, la Politique Commune des Pêches semble vouloir prolonger une politique productiviste qui s’avère de plus en plus risquée dans notre environnement, notamment en scindant pêche industrielle et pêche artisanale, c’est-à -dire en réaffirmant un secteur industriel et en lui allouant une part de la ressource par le jeu des quotas individuels transférables et des accords de pêche.

Sur le plan environnemental, économique et social se posent diverses questions : Peut-on poursuivre une politique productiviste avec des pêcheries industrielles ? Qui sont les bénéficiaires ? De grands groupes financiers ? Qui prélève quelle part des ressources et qui monopolise quels espaces ? Avec quel impact sur les chaînes alimentaires et sur les ressources et zones dédiées aux autres acteurs (pêcheurs artisans, pêcheurs de loisirs, conchyliculteurs). Si par exemple l’on affirme une distinction zonale entre le « large ‘ dédié aux pêcheries industrielles et le « littoral ‘ dédié notamment aux pêcheurs artisans, s’agit-il de stocks distincts, ou des mêmes stocks ? Et dans ce dernier cas, comment apprécier leur impact respectif ? Au niveau planctonique, la ressource présente au large dépend étroitement des gestions littorales effectuées notamment par les pêcheurs artisans. Quel retour des pêcheries industrielles sur la gestion artisanale ? N’est-il pas temps de raccorder nos structures de pêche aux terres qui les enfantent et les nourrissent ?

Par contre, dans un raisonnement « régionalisé ‘, il est concevable d’avoir des flottilles de pêche diversifiées avec des unités intensives (voire même industrielles bien que ces dernières soient peu « territorialisées » justement) qui vont assurer la cohérence régionale, par la part des apports sur les marchés, par la rentabilisation des infrastructures Bien entendu, l’impact écologique de ces unités sera évalué et, si nécessaire, amélioré au cours du temps.

5°) L’ouverture d’un grand chantier

– Evidemment c’est un grand chantier qui s’ouvre avec cette nouvelle dynamique territoriale car il s’agit bien de réinterpréter l’espace régional en fonction de sa productivité planctonique, biologique et des moyens de l’améliorer, en fonction aussi de la contribution des pêcheurs à  ce nouvel espace, de leurs rapports avec les autres acteurs, et des moyens de concilier usages et environnement.

– C’est ouvrir un nouveau mode réglementaire . Par exemple, l’on peut accepter localement des techniques jugées « sensibles ‘, comme les filets dérivants ou de petits arts trainants exercés sur les herbiers de posidonie, si l’on peut démontrer que ces usages sont supportables pour l’environnement (herbiers ou mammifères marins) et qu’ils participent fortement à  la cohérence de certaines pêcheries méditerranéennes en termes de marchés (qualité d’apports spécifiques, approvisionnement d’un marché de gros) ou d’effort de pêche (répartition spatiale et temporelle : pêche au large en été, allègement de l’effort de pêche sur les espèces littorales).

– C’est considérer le littoral et le rôle des pêcheurs sous un nouveau jour . Par exemple, mesurer la productivité planctonique et biologique de certaines baies, évaluer la productivité d’une complémentarité multisectorielle (paludier  » conchyliculteur – pêcheur côtier), examiner précisément comment les prud’hommes palavasiens contribuent à  la spécialisation régionale en préservant leurs étangs des projets de comblement et de construction, et en cherchant à  restaurer la circulation d’eau entre les bassins, évaluer l’apport des conchyliculteurs de Port St Louis du Rhône qui en rétablissant l’arrivée d’eau douce dans l’Anse de Carteau ont ramené la vie dans cette zone, ou encore celui de la Prud’homie de St Raphaêl qui a choisi de « geler ‘ une partie de son territoire de pêche, par la création d’un cantonnement interdit à  toute pêche professionnelle et de loisirs, pour préserver une zone de frayère et enrichir la baie A y regarder de près, pas une baie, pas un port où les pêcheurs artisans n’ont joué un rôle évident pour préserver leur territoire de pêche, au bénéfice de la collectivité.

6°) Les formes du renoncement

Ne pas se lancer dans cette démarche, c’est continuer à  arbitrer les lobbies sectoriels au gré des réussites médiatiques et des jeux politiques : interdire globalement les filets dérivants pour sauver Flipper le dauphin, arrêter les petits engins traînants quels qu’ils soient sur les herbiers au risque de condamner des métiers compatibles avec leur environnement, de provoquer le report de la capture sur des espèces et des zones déjà  fragilisées, à  terme de condamner les communautés de pêcheurs artisans dont l’apport dans la spécialisation régionale et dans la gestion littorale et environnementale est important. Plus récemment, c’est accorder un poids à  une proportion de l’espace maritime à  geler en aire marine protégée, indépendamment de tout raisonnement économique et social. C’est encore interdire la capture d’espèces des grands fonds avant même d’avoir évalué les flottilles concernées et leur rôle dans les espaces régionaux. Ce que résume simplement un pêcheur artisan méditerranéen « Espèce après espèce, ils vont nous tordre ‘. L’on pourrait ajouter métier après métier, zone après zone. En somme, celui qui crie le mieux auprès des sondages est entendu. L’on peut espérer une vision plus engageante des citoyens et de leur rôle dans l’Europe de demain

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Pour en savoir plus sur l’évaluation des écosystèmes marins :
The value of the world’s ecosystem services and natural capital

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La première éolienne flottante inaugurée en mer du Nord OSLO

La première éolienne flottante à  grande échelle au monde a été inaugurée mardi en mer du Nord au large de la Norvège, un concept qui permet d’éliminer les nuisances traditionnellement associées à  cette forme d’énergie…

Des éoliennes offshore statiques –reposant sur un support fixé aux fonds marins à  quelques dizaines de mètres sous la surface de l’eau– existent déjà  mais Hywind est le premier projet d’éolienne flottante, utilisable dans des mers de 120 à  700 mètres de profondeur.

« Cela a de gros avantages: ça ne se voit pas forcément de la côte, ça peut être implanté dans des endroits qui ne sont pas utilisés par d’autres, tels les pêcheurs ou les oiseaux, et c’est complètement écologique »…

En pratique, l’éolienne flottante, avec ses pales de 40 mètres, culmine à  100 mètres au-dessus de l’eau. Sa partie immergée consiste en un tube, également de 100 mètres de long, dans lequel ont été placés des ballasts (eau et rochers) pour stabiliser l’installation. Celle-ci est amarrée aux fonds marins par trois câbles, lâches afin de permettre à  l’éolienne de se mouvoir avec les flots…

Elle sera testée dans les conditions météorologiques difficiles de la mer du Nord pendant deux ans avant d’envisager d’autres expérimentations…

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A propos du Livre vert sur la pêche : quel choix de développement compatible avec la « valeur » de notre environnement ?

Entre rareté et convoitise, ressource marine et zones de pêche prennent de la valeur, c’est indéniable ! Le Président français accorde une valeur environnementale telle aux espèces de grands fonds qu’il en raye la capture d’un trait de plume, avant toute autre analyse économique, sociale et environnementale. Une mesure aussi lapidaire serait plutôt signe d’une valeur « médiatique » suite à  une campagne bien menée… Il n’empêche, l’Union Européenne envisage de monnayer des quotas individuels de ressource aux pêcheurs. Un « pourcentage » des zones marines devrait être gelé en aire marine protégée. Et l’on voit pointer des études sur l’évaluation du patrimoine maritime.

Rien à  redire à  cette valorisation mais à  la question corrélative – curieusement absente du Livre Vert et du Grenelle de la mer – de notre choix de développement :

– Faut-il poursuivre la concentration du secteur et favoriser de grandes entreprises dont la logique financière et productive est fondée sur la mobilité (des capitaux, des facteurs de production, des marché) avec les
conséquences de mondialisation, délocalisation et surcapacité des flottilles que nous connaissons ?

– Faut-il privilégier systématiquement des communautés pléthoriques de pêcheurs pour le poids économique et social qu’elles représentent dans leurs pays ?

– Ou faut-il construire des espaces régionaux spécialisés dans l’Europe,
au sein desquels les pêcheurs jouent des rôles spécifiques : partenaires d’une spécialisation touristique et résidentielle sur nos côtes méditerranéennes, acteurs d’un secteur économique diversifié de dimension régionale sur les côtes bretonnes ?

Si la troisième solution paraît la plus avantageuse pour la collectivité sur les plans économiques, sociaux et environnementaux, ce n’est pas forcément la solution proposée par l’Union Européenne qui semble vouloir prolonger une politique productiviste en scindant pêche industrielle et pêche artisanale. Ce faisant, elle réaffirme un secteur industriel en lui allouant une part de la ressource par le jeu des quotas individuels transférables. Peut-on réellement poursuivre une politique productiviste avec des pêcheries industrielles ? Qui en sera bénéficiaires ? Est-ce de grands groupes financiers ? Qui prélève quelle part des ressources et qui monopolise quels espaces ? Avec quel impact sur les chaînes alimentaires et sur les ressources et zones dédiées aux autres acteurs : pêcheurs artisans, pêcheurs de loisirs, conchyliculteurs Et si par exemple l’on affirme une distinction zonale entre le « large ‘ dédié aux pêcheries industrielles et le « littoral ‘ dédié notamment aux pêcheurs artisans, s’agit-il de stocks distincts, ou des mêmes stocks ? Dans ce dernier cas, comment apprécier leur impact respectif ? Au niveau planctonique, la ressource présente au large dépend étroitement des gestions littorales effectuées notamment par les pêcheurs artisans. Quel retour des pêcheries industrielles sur la gestion artisanale ? Finalement n’est-il pas temps de raccorder nos structures de pêche aux terres qui les enfantent et les nourrissent ?

Un nouveau statut pour les pêcheurs et de nouveaux modes de gestion des pêches

Ce raisonnement par territoire ou par région implique qu’il n’y ait pas de critères universels pour définir, à  l’échelle européenne, a fortiori mondiale, pêche industrielle et pêche artisanale, ou encore pour différencier les « bonnes ‘ des mauvaises techniques, les « bonnes ‘ espèces cibles des espèces à  protéger Chaque région allie territoire terrestre et maritime et affirme sa propre spécialisation, le rôle des agents de la pêche dans cette spécialisation, les conditions de maintien et d’évolution des communautés de pêcheurs et la cohérence sectorielle régionale (infrastructures, réseaux commerciaux, répartition spatiale et temporelle de l’effort de pêche…). Dans chacun des cas, les techniques sont appréciées, certes en fonction de leur impact sur l’environnement, mais également en fonction de tous ces critères.

Ressources marines et zones de pêche : des objets de valeur

En 5 décennies, la viision de la ressource marine et des zones telle qu’elle transparait des mesures d’administration des pêches et de l’environnement a très fortement évolué. D’objets d’exploitation pour des communautés pérennes de pêcheurs, ces ressources et ces zones sont devenues, pour les Etats, des sources de richesse à  conquérir, par des pêches intensives, dans une dynamique productiviste. Mais aujourd’hui, cet élan est freiné par des contraintes environnementales et une compétition tout azimut. La ressource marine et les biotopes marins deviennent d’un côté des objets de richesse pour différents secteurs (tourisme, loisirs nautiques…), et d’un autre côté, des composantes de notre patrimoine environnemental à  préserver, soit in fine des objets de valeur et donc susceptibles d’être évalués, voire monnayés et transmis (cf. notamment les licences et quotas de pêche monnayables, officiellement cessibles ou non, ou encore les accords de pêche entre Etats).

Le changement de statut des pêcheurs

Dans un premier temps, les mesures réglementaires visaient à  préserver l’exploitation des communautés de pêcheurs. Vint le temps de la modernisation des pêcheries où les plus entreprenants étaient soutenus dans leurs investissements pour « produire plus à  moindres coà’ts ». Aujourd’hui, le pêcheur est en passe de devenir « agent d’exploitation naturelle, responsable de son « empreinte écologique » et si possible « partenaire de la gestion de la ressource et des territoires ».

Un grand virage que bon nombre de nos communautés de pêcheurs amorcent avec détermination : un peu partout en France, les pêcheurs s’impliquent dans la création ou la gestion des Aires Marines Protégées, la mise en place des sites Natura 2000 en mer, l’amélioration de la sélectivité des engins, l’observation des changements dans les écosystèmes, la protection des territoires de pêche (pollutions, risques de comblement des étangs, circulation de l’eau dans les étangs, amenée d’eau douce dans les anses, gestion des mouillages, conciliation des usages maritimes…)

Quel choix de développement pour l’Europe ?

Mais pour être pleinement abordé, ce virage nécessite que l’on se pose la question de notre choix de développement, une question que ne semble pas aborder le Livre Vert pour la révision de la Politique Commune des Pêches (PCP).

En scindant pêche industrielle et pêche artisanale, c’est-à -dire en réaffirmant un secteur industriel et en lui allouant une part de la ressource par le jeu des quotas individuels transférables, la PCP pourrait vouloir prolonger une politique productiviste qui s’avère de plus en plus risquée aux niveaux environnemental, économique et social. Plus précisément peut-on poursuivre une politique productiviste avec des pêcheries industrielles ? Qui en sont les bénéficiaires ? Est-ce de grands groupes financiers ? Qui prélève quelle part des ressources et qui monopolise quels espaces ? Avec quel impact sur les chaînes alimentaires et sur les ressources et zones dédiées aux autres acteurs : pêcheurs artisans, pêcheurs de loisirs, conchyliculteurs Si par exemple l’on affirme une distinction zonale entre le « large ‘ dédié aux pêcheries industrielles et le « littoral ‘ dédié notamment aux pêcheurs artisans, s’agit-il de stocks distincts, ou des mêmes stocks ? Et dans ce dernier cas, comment apprécier leur impact respectif ? Au niveau planctonique, c’est la terre qui nourrit la mer, ce qui signifie que la ressource présente au large dépend étroitement des gestions littorales effectuées notamment par les pêcheurs artisans. Quel retour des pêcheries industrielles sur la gestion artisanale ? N’est-il pas temps de raccorder nos structures de pêche aux terres qui les enfantent et les nourrissent ?

Un développement « territorialisé ‘ au sein de l’Europe et ses implications

Plutôt que de promouvoir la concentration du secteur et de favoriser de grandes entreprises (firmes multinationales…) dont la logique financière et productive est fondée sur la mobilité (des capitaux, celle des facteurs de production, des marché…) avec les conséquences de « mondialisation » et de délocalisation que nous connaissons, plutôt que de privilégier systématiquement des communautés pléthoriques de pêcheurs pour le poids économique et social qu’elles représentent dans leurs pays, une autre forme de développement s’offre à  nous, avec des bénéfices collectifs bien supérieurs. Il s’agit en l’occurrence de construire des spécialisations multisectorielles régionales au sein du marché européen, soit encore de raisonner en termes de territoires (régions ou association de régions). Les acteurs de la pêche ne sont plus évalués par leur chiffre d’affaire ou leur nombre mais à  partir de leur contribution à  la spécialisation régionale.

Si la troisième voie paraît la plus efficace économiquement et la plus efficiente socialement, comment faire évoluer notre structure productive halieutique conformément à  cette dynamique ?

La première question qui s’impose est d’apprécier l’espace économique, social, culturel, environnemental et financier dans lequel les communautés de pêcheurs s’insèrent, et ce à  l’échelle de l’Europe : est-ce l’entité régionale administrative, ou un groupement régional ? Quelle est sa spécialisation ? Quelles sont ses relations avec les autres espaces européens ? A première vue, si le littoral méditerranéen est fortement spécialisé dans des fonctions résidentielles et touristiques, le littoral atlantique, que ce soit en Bretagne ou en Gallice, affirme une forte vocation halieutique.

Partout, les pêcheurs doivent devenir des « agents d’exploitation naturelle ‘ conscients de leur empreinte écologique et partenaires des gestions halieutiques et environnementales. D’un côté, les pêcheurs méditerranéens devront montrer comment ils s’insèrent dans la spécialisation de leur littoral . De l’autre, les pêcheurs atlantiques devront construire une structure productive cohérente à  l’échelle de la région, et compatible avec les nouvelles donnes environnementales.

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L’Irak accuse l’Iran de causer une crise écologique dans le Chatt al-Arab BASSORAH,

L’Irak reproche à  l’Iran de provoquer une catastrophe écologique dans le Chatt al-Arab, région où selon la légende locale se situait le Jardin d’Eden, avec le détournement total cette année d’un affluent vital pour le bras d’eau qui sépare les deux pays.

L’obstruction du Karoun, un fleuve de 890 km de long ayant un débit de 1.200 à  1.800 m3 par seconde a aujourd’hui des conséquences dramatiques pour les habitants de la région de Bassorah.

« Depuis 2002, les barrages iraniens avaient réduit le débit du Karoun, mais cette année plus une goutte n’arrive chez nous », explique Oun Dhiab, directeur du Centre national irakien des ressources hydrauliques.

« Notre voisin a complètement obstrué le Karoun qui se jetait dans le Chatt al-Arab et l’a détourné vers son affluent le Bahman Chir, un autre fleuve iranien », a-t-il ajouté.

Long de 200 km entre l’Iran et l’Irak, ce bras d’eau stratégique qui débouche sur le Golfe, reçoit sur sa rive gauche le fleuve Karoun qui descend des montagnes d’Iran.

« Si l’on ajoute, à  cause de barrages turcs, la baisse du débit du Tigre et de l’Euphrate, principaux pourvoyeurs d’eau du Chatt al-Arab, cela aboutit à  une baisse de son niveau et un fort degré de salinité. Ces ouvrages entraînent une énorme crise environnementale », a-t-il ajouté.

« Auparavant, les rejets de la raffinerie d’Abadan n’affectaient ni la qualité de l’eau, ni l’environnement du Chatt al-Arab car le Karoun les poussait vers la mer. Avec le détournement du fleuve, le niveau du Chatt al-Arab baisse et les déchets s’y accumulent », explique pour sa part Naama Ghadban Mansour, le maire d’arrondissement du quartier portuaire de Siba, à  Bassorah.

Les premières victimes sont les pêcheurs. Assis sur la jetée du port de Fao, dans l’extrême sud de l’Irak, Fakhir Abdel Imam, jure qu’il est devenu impossible de pêcher cette année dans le Chatt al-Arab, l’estuaire commun du Tigre et de l’Euphrate.

« La plupart des poissons sont morts et ceux qui ont survécu sentent le pétrole », affirme ce pêcheur de 45 ans, dans son bleu de travail.

Pour ce père de cinq enfants qui pêche depuis plus de vingt ans sur son bateau « al-Safa », la situation s’est aggravée depuis quelques mois, l’obligeant à  s’aventurer dans les eaux profondes du Golfe.

Dans ce port transformé en champ de bataille durant la guerre avec l’Iran (1980-1988), la majorité des 10.000 pêcheurs partagent ses soucis.

« Il n’est plus possible de pêcher dans le Chatt al-Arab, à  cause de son degré de salinité et du pétrole rejeté par la raffinerie iranienne. Nous sommes obligé d’aller dans le Golfe et la concurrence y est très vive », assure Imad Sadeq, 35 ans.

Le revenu de ces pêcheurs qui fournissent le pays en poissons de mer, est en chute libre. « Auparavant, nous rapportions quotidiennement plus dix tonnes de poisson mais aujourd’hui, c’est à  peine si nous en avons la moitié », confie Adnane Ali Qassim, 38 ans, père de huit enfants. Selon lui, la pêche ne lui procure plus que 300 dollars par mois contre le triple auparavant.

Autre conséquence dramatique pour l’agriculture irakienne, l’eau salée du Chatt al-Arab a remplacé l’eau douce du fleuve Karoun du côté irakien après la clôture du fleuve en Iran.

« Nous assistons à  un début de migration de la population. Des habitants quittent leurs maisons car l’eau est devenue trop salée pour leurs animaux et pour l’agriculture », assure M. Mansour qui indique avoir demandé l’aide du gouvernorat.

Le conseiller pour l’agriculture du gouverneur de Bassorah dresse un sombre tableau. « La détérioration depuis près d’un an du niveau d’eau potable et pour l’irrigation endommage l’agriculture, tue les poissons du Chatt al-Arab, provoque le décès ou la cécité de nombreux animaux », exlique Mohsen Abdel Haï.

Et selon lui, « trente fermes piscicoles ont dà’ fermer ».

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Mystérieuse disparition de millions de saumons rouges dans l’ouest du Canada

Près de neuf millions de saumons rouges, ou saumons sockeye, auraient disparu lors de leur migration d’été, selon le ministère canadien des pêches et des océans. Depuis leur publication, mi-aoà’t, le débat fait rage sur les causes de cette disparition aux conséquences dramatiques pour l’économie et l’environnement.

Le ministère avait prédit, début 2009, qu’environ 10,6 à  13 millions de ces poissons remonteraient cet été la rivière Fraser, le plus long cours d’eau de Colombie-Britannique. Or seulement 1,7 million d’individus étaient au rendez-vous. En juillet, le ministère notait pourtant, dans son plan de gestion des pêches, qu’il y aurait « certaines difficultés durant la saison de pêche », notamment pour les saumons quinnat, mais que « des stocks plus abondants dans le fleuve Fraser devraient offrir des possibilités pour la pêche, contrairement aux années précédentes ».

Il ajoutait que « les saumons rouges du Fraser entrent dans le premier de deux cycles de grande abondance », ce qui augurait bien pour la pêche locale, réservée aux tribus indiennes. Mais les saumons rouges, l’une des cinq espèces de saumon du Pacifique, ont déserté leur frayère natale, ce qui met en danger toute la pêche commerciale dans le Pacifique, tant au Canada qu’aux Etats-Unis, les stocks de la rivière Fraser étant les plus importants au monde.

Tout récemment, un député néodémocrate local, Peter Julian, estimait que « la baisse des stocks de saumon en Colombie-Britannique est de même ampleur que celle qu’a connue la morue au large de Terre-Neuve ».

Les avis divergent sur les raisons de cette disparition. Pour Barry Rosenberger, porte-parole du ministère des pêches, les poissons sont sans doute morts au cours de leur migration en mer. Certains accusent les fermes d’élevage de saumons, au sein desquelles un parasite se serait développé, avant d’attaquer les jeunes spécimens en migration dans le détroit de Georgia, bras de mer séparant l’île de Vancouver du continent.

Brian Riddell, président de la Fondation du saumon du Pacifique, une organisation non gouvernementale, n’y croit pas : ces parasites peuvent certes affaiblir les poissons, concède-t-il, mais « ne peuvent être l’unique cause de leur disparition massive ».

Stress physiologique

Le réchauffement climatique, avec la hausse des températures en rivière et en mer, pourrait être le principal coupable. La Commission américano-canadienne du saumon du Pacifique relève que la température de l’eau a atteint, le 4 aoà’t, un record de 21 °C – soit 2,5° au-dessus de la normale – dans le canyon de la rivière Fraser. Or, selon les spécialistes, le sockeye nage moins bien à  partir de 18 °C, présente des signes de stress physiologique et de difficultés migratoires au-dessus de 19 °C, puis les premiers signes de maladie et de mortalité à  partir de 20 °C.

On imagine l’hécatombe dans une population de jeunes poissons déjà  affaiblis par un manque de nourriture dans le Pacifique, pour cause de hausse des températures en mer…

Pour expliquer l’énorme différence entre prévisions et évaluation réelle par le ministère, Craig Orr, directeur du Watershed Watch Salmon Society, avance que les modèles mathématiques utilisés par le gouvernement ne sont « pas du tout fiables ». Il cite les travaux de Randall Peterman, chercheur de l’université de Colombie-Britannique, qui avait démontré, en 2007, que les treize modèles utilisés dans le passé pour prédire le flux migratoire des saumons donnaient des résultats erronés. A l’époque, ce spécialiste de la pêche prédisait une aggravation de la situation due au changement climatique.

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Au Chili, deuxième producteur mondial de saumon, l' »or rose » se tarit

A 1 000 km au sud de Santiago du Chili, Quellon, dans l’archipel de Chiloé, est devenu une ville fantôme. Les rues sont vides, sauf pour quelques pêcheurs désoeuvrés. « Nous sommes durement touchés par la fermeture de nombreuses fermes aquacoles, car l’industrie salmonicole faisait vivre une grande partie de la population », se lamente le maire, Ivan Haro. Ce port était l’épicentre de la ruée vers « l’or rose », dès les années 1980. Aujourd’hui, 60 % des habitants sont au chômage, et il est au bord de l’explosion sociale.

Production mondiale En 2007, l’aquaculture mondiale a produit 1,4 million de tonnes de saumon atlantique, un marché de 7,6 milliards de dollars (5,3 milliards d’euros), selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Chili deuxième En 2007, avant l’apparition du virus, le Chili était sur le point de rattraper le niveau de production de la Norvège. En 2008, ce pays dominait le marché avec 620 000 tonnes, devant le Chili (386 000), le Royaume-Uni (132 000), le Canada (101 000).

La France a produit 1 410 tonnes en 2006.

Deuxième producteur mondial de saumon, le Chili doit abandonner son ambition de détrôner la Norvège. Une épidémie du virus AIS (anémie infectieuse du saumon), apparue en juillet 2007, ne cesse de s’étendre, faisant des ravages. Ce virus, détecté à  l’origine en Norvège dès 1984, entraîne une forte mortalité dans les élevages.

La production est en chute libre selon le n° 1 mondial, le groupe norvégien Marine Harvest, qui domine le secteur au Chili. Elle s’est réduite de moitié en 2009. Le virus se propage vite. Cinq sites étaient infectés en juillet 2007, et 74 un an plus tard. L’épidémie oblige à  massacrer les poissons malades et à  fermer les sites contaminés.

Les compagnies chiliennes accumulent les pertes et doivent licencier. Multiexport Food, la plus grande compagnie chilienne, a perdu près de 49 millions de dollars depuis juin. Marine Harvest a licencié 15 000 employés depuis 2008, selon les syndicats. Au total, le nombre de chômeurs pourrait atteindre 40 000 fin 2009. Ceux qui ont encore du travail doivent accepter des réductions de salaire. Le maire de Quellon se remémore l’époque du « miracle du saumon ». Les gains avaient grimpé au Chili de 159 millions de dollars en 1991 à  2,5 milliards de dollars en 2006. A Quellon, le coup de grâce a été « la marée rouge », une bactérie qui rend les fruits de mer impropre à  la consommation. Les pêcheurs artisanaux, sans travail, accusent la salmoniculture d’avoir pollué les fjords.

Il y a 550 « fermes à  saumons » au Chili, dont 40 % sont entre les mains de multinationales. Le filon le plus exploité est l’archipel de Chiloé, composé d’une quarantaine d’îles, riches en baies protégées, fjords, lacs et fleuves profonds, ce qui lui a valu le surnom de « Salmon Valley ».

L’épidémie dévoile les abus de l’élevage intensif et le manque de régulation de la part du gouvernement. « C’est un nouveau Far West, mais sans shérif », lance Juan Carlos Cardenas, directeur du Centre pour le développement durable (Ecoceanos). Cette ONG dénonce les méfaits irréparables sur l’environnement, en raison notamment des déchets organiques rejetés par les saumons. « L’aquaculture est une industrie très polluante, explique M. Cardenas, car elle utilise beaucoup de produits chimiques et d’antibiotiques. »

Au mois de juillet, l’ONG Oceana a contraint le gouvernement chilien à  révéler que la salmoniculture avait utilisé 385 tonnes d’antibiotiques en 2007, soit 600 fois plus que la Norvège, pour une production quasiment identique cette année-là . « Nous ne sommes pas opposés à  l’activité même, mais à  la façon dont elle se déroule », précise M. Cardenas. Il réclame un meilleur contrôle des conditions sanitaires. Il est convaincu que le virus AIS a été introduit dans des algues importées de Norvège.

DURES CONDITIONS DE TRAVAIL

Au Chili, les multinationales ne respectent pas toujours les normes qui ont cours dans leurs pays. Marine Harvest a été plusieurs fois condamnée pour infractions à  la réglementation du travail. Il y a eu 42 décès entre 2005 et 2007, en particulier parmi les plongeurs chargés d’inspecter les cages sous l’eau. Les conditions de travail sont dures, les salaires sont bas, ce qui explique que le saumon chilien soit meilleur marché que ses concurrents norvégien, écossais ou canadien. La salmoniculture employait jusqu’à  présent quelque 50 000 personnes, dont plus de 80 % sont des femmes qui travaillent dans des usines, de 10 à  12 heures par jour, debout, dans le froid et l’humidité.

Après le vin, le Chili s’était lancé dans l’aquaculture dans les années 1980, sous la dictature militaire du général Augusto Pinochet. Le « miracle de l’or rose » était censé sortir l’économie de sa dépendance au cuivre, « l’or rouge », dont le Chili est le premier producteur et exportateur mondial. En 2007, avant l’arrivée du virus, le Chili était près de rattraper le niveau de production de la Norvège, avec 650 000 tonnes de saumon, soit 22 fois plus qu’il y a vingt ans.

Aujourd’hui, la crise permet à  la Norvège d’accroître encore sa part de marché, notamment aux Etats-Unis, qui étaient jusqu’à  présent la chasse gardée des fournisseurs chiliens. La chute de la production chilienne contribue à  réduire l’offre de saumon d’élevage et à  faire grimper les prix mondiaux.

A Santiago, un projet de loi sur un « plan financier de sauvetage » de l’industrie salmonicole est à  l’étude au Parlement. Il permettrait notamment aux multinationales de partir à  la conquête de nouveaux sites, plus au sud, vers le détroit de Magellan.

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