Une banque mondiale pour les savoirs traditionnels

Aux portes de la cité des Médicis, dans les vertes collines de cyprès et d’oliviers striées d’une ligne mordorée par les eaux de l’Arno, se découpent deux tours crénelées, aux murs de pierre bistre. Gualchiere di Remole, bourg médiéval fortifié a été occupé, au XIVe siècle, par une riche famille florentine, les Albizzi, membre de l’Arte della lana (art de la laine), une des puissantes corporations d’arts et métiers de la ville.

C’est là  que va s’installer l’Institut international des savoirs traditionnels (International Traditional Knowledge Institute, ITKI). Une initiative unique en son genre, soutenue par l’Unesco. Pour l’heure, les 2 000 m2 de bâtiments sont en ruine, les 10 hectares de terrain en friche, les habitations attenantes à  l’abandon. Mais le lieu, propriété de la commune de Florence, n’a pas été choisi au hasard. Il incarne, mieux qu’un fastueux palais, l’esprit qui anime le nouvel institut.

Au Moyen Age, le site était un centre actif du travail de la laine, auquel la cité toscane devait une partie de sa prospérité. Une prise d’eau en amont sur l’Arno, qui dessine à  cet endroit une anse, actionnait des moulins à  foulon battant l’étoffe. Les grandes roues hydrauliques ont ensuite été remplacées par d’autres, plus petites, entraînant des moulins à  blé. « Ce que nous voulons, c’est reprendre le fil de la tradition, explique Pietro Laureano, président de l’ITKI. Le patrimoine culturel ne se trouve pas seulement dans les monuments ou les galeries. Il est inscrit dans le territoire, les ouvrages et les paysages façonnés par l’homme. »

De Gualchiere di Remole, il veut faire un centre emblématique de « transmission de la mémoire ». Les roues hydrauliques, restaurées, seront exposées au public au sein d’un musée des sciences. Une tour hébergera une reconstitution du laboratoire de Léonard de Vinci, dont le Codice Atlantico comprend plusieurs planches de dessins annotés sur les techniques hydrauliques utilisées ici. L’autre abritera un centre de recherche. Des ateliers textiles artisanaux et des boutiques de mode ouvriront.

Au bord du fleuve sera aménagé un espace de loisirs. Mieux, des bateaux électriques remonteront l’Arno depuis le Ponte Vecchio, une quinzaine de kilomètres plus à  l’ouest, et se rechargeront sur place grâce à  des microturbines. « Autrefois, le fleuve était navigable, précise M. Laureano. Ce que les anciens faisaient, nous pouvons le faire. »

Il faudra trois ou quatre ans pour mener à  bien ce projet, financé par les collectivités et plusieurs fondations. Mais ce n’est que la partie visible d’un travail, souterrain et de longue haleine, d’inventaire, de conservation et de diffusion des savoir-faire du monde entier.

La tâche est immense. Elle a déjà  commencé, à  travers une Banque mondiale des savoirs traditionnels. Une référence volontairement provocatrice à  l’institution financière des Nations unies. « Le modèle économique actuel est fondé sur la destruction des ressources de la planète, accuse le président de l’ITKI. L’innovation technologique, contrôlée par de grands groupes, devient un adversaire de l’homme. Notre démarche est l’exact contraire. Les innovations, anciennes ou à  venir, doivent être au service d’un monde durable. »

Une collecte permanente d’informations, relayée par des dizaines d’experts, va permettre d’enrichir une banque en ligne des techniques anciennes, mais aussi des réalisations modernes : ressources en eau, protection des sols et de l’environnement, énergies renouvelables, habitat, urbanisme, agriculture, sylviculture, artisanat, organisation sociale…

De ses huit années passées dans le désert, et des projets coordonnés en Algérie, en Ethiopie, en Jordanie ou au Yémen, Pietro Laureano, architecte de formation et consultant auprès de l’Unesco pour les zones arides et les écosystèmes en danger, a rapporté une foultitude d’expériences.

Au Sahara, en Chine ou en Iran, des oasis sont aujourd’hui irriguées, comme elles l’étaient voilà  3 000 ans, par des galeries drainantes souterraines (« foggara » en arabe ou « qanat » en persan) diffusant les eaux d’infiltration. Une solution préférable au creusement de puits qui risque d’assécher les nappes profondes et de provoquer une salinisation des sols.

Après un test à  petite échelle, l’Algérie vient de lancer un programme de 5 millions d’euros pour la réhabilitation de telles galeries, dans l’oasis d’Adrar. Encore faut-il s’inspirer des acquis passés : dans le sultanat d’Oman, l’enfouissement de canalisations en dur a eu l’effet inverse du résultat escompté, le béton faisant obstacle à  la diffusion de l’eau au lieu de la collecter.

Autre exemple, les « bisses », ou biefs, étroits canaux à  faible pente qui, dans le Valais suisse, permettent de recueillir, par gravité, les eaux de fonte des glaciers, et d’irriguer ainsi les zones d’altitude. Le procédé est aujourd’hui repris au Tibet, avec des améliorations. Pour préserver les ressources en eau menacées par le recul des glaciers, sont construits de petits barrages en pierre, qui forment des lacs réservoirs.

Souvent, les méthodes les mieux éprouvées sont aussi les plus simples. Sur des îles de la mer Rouge, des bergers érythréens dressent, près du rivage, des murets sur lesquels l’eau évaporée se condense et ruisselle, ce qui suffit à  entretenir une mince bande de pâturage. Un bon usage, aisément reproductible, des lois élémentaires de la physique, qui explique la présence, dans certaines oasis, de constructions en pierre faisant office de capteurs d’eau. Et donne, peut-être, une nouvelle signification aux alignements de mégalithes, tels que les « pierres debout » de Stonehenge, en Angleterre.

D’autres sont plus sophistiquées. En Ligurie, les cultures en terrasse, autrefois de mise dans le bassin méditerranéen, ont pu être conservées, malgré la mécanisation, grâce à  l’installation de funiculaires, que pourraient remplacer des monorails.

L’histoire étant une perpétuelle réinvention, l’agriculture raisonnée ou l’habitat économe modernes remettent au goà’t du jour des pratiques ancestrales. Les jardins suspendus de Babylone – même si leur réalité historique est douteuse – renaissent dans la couverture végétale des immeubles à  énergie positive.

Des façons de faire précieuses se sont pourtant perdues ou sont menacées de disparition, regrette M. Laureano. A ses yeux, il revient aux pays développés de montrer que leur sauvegarde n’est pas une utopie. A Matera, dans le sud de l’Italie, il a ouvert la voie en réaménageant, avec des techniques et des matériaux traditionnels, l’une des grottes (les « sassi ») dont les habitants ont été évacués dans les années 1950, pour cause d’insalubrité. Aujourd’hui, 5 000 personnes vivent dans cet habitat troglodytique.
La banque en ligne des techniques anciennes : www.tkwb.org

Sur le Web
Pierre Le Hir

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L’Encre de mer n° 26-27

Le nouvel Encre de mer vient de sortir avec des informations sur les espèces invasives de la Mer Rouge (dont une à  toxine mortelle), et sur les gestes qui peuvent sauver en cas de chute dans l’eau froide.

A l’occasion du festival de films « Pêcheurs du monde » à  Lorient, Emmanuel Audrain raconte le tournage de son dernier film « Attention hypothermie ». Plusieurs dessins tirés du film illustrent cet article.
Des enseignants témoignent de leur profession dans l’enseignement maritime. Victor Caci vous emmène pêcher la seiche dans la baie de Sanary sur mer avant de vous donner quelques recettes. Daniel Pauly, rodé à  estimer les quantités de poissons de nos mers et océans, montrent que nous consommons globalement trop de poissons, particulièrement en provenance des pays du sud…

Vous pouvez commander ce numéro (3 € frais d’expédition inclus), ou vous abonner pour un an à  l’Encre de mer (10 €).

Au sommaire :

Pêcheurs du monde, festival de films à  Lorient
Attention hypothermie : rencontre avec le réalisateur
Des espèces de la Mer Rouge sur nos rivages
Saison des seiches au trémail
Le petit port de Saint-Elme
IPFM : apprendre un métier, valider des savoirs
IPFM : transmettre des valeurs, un métier
Le poisson n’est pas un produit de masse…


Pour ceux qui restent sensibles à  l’aspect visuel (photos, dessins, peintures, maquette…), se reporter à  la revue

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Réflexions sur la gestion des biens communs : « Le prix Nobel de l’Economie à  Elinor Ostrom : une bonne nouvelle pour la théorie des biens communs »

Ci-après : une approche qui fonde réellement les principes des gestions collectives telles qu’elles sont expérimentées dans la pêche (cf. notamment les Prud’homies méditerranéennes de pêche) et qui, au passage remet en cause « la théorie des communs » de Harding fortement utilisée pour imposer la privatisation de droits de pêche monnayables et capitalisables.

« L’économie n’est plus cette théorie univoque qui servirait de hochet aux politiciens en mal d’instruments de pression sur les peuples…

Les décisions des humains de construire ensemble leur mode de production et de trouver des règles qui ne ressemblent pas à  l’imagerie du marché afin d’autogérer leur actions communes pourraient revenir au centre de la réflexion…

L’extension du travail immatériel et du numérique à  l’échelle du monde et dans toutes les activités humaines souligne l’émergence centrale d’un nouveau type de bien commun, articulé autour de la connaissance et de l’information, et des règles collectives de fonctionnement en réseau…

Dans son modèle abstrait, Hardin considérait l’usage abusif de paturages communs par des bergers, chacun cherchant à  y nourrir le plus grand nombre d’animaux… au point de réduire la quantité d’herbe disponible. Ce modèle du « passager clandestin ‘, qui profite d’un bien disponible sans s’acquiter de devoirs envers la communauté, reste le modèle abstrait de référence ; un modèle simpliste qui colle parfaitement avec l’idéologie libérale. Avec de telles prémisses, la conclusion de Hardin s’imposait : « Le libre usage des communs conduit à  la ruine de tous. ‘ Or Elinor Ostrom et Charlotte Hess, dans leur ouvrage majeur Understanding knowledge as a commonsn, réduisent en poudre ce modèle qui a pourtant fait couler tant d’encre. Pour elles, le modèle de Hardin ne ressemble aucunement aux communs réels, tels qu’ils sont gérés collectivement depuis des millénaires, à  l’image des réseaux d’irrigation ou des pêcheries. Pour Hardin, les communs sont uniquement des ressources disponibles, alors qu’en réalité ils sont avant tout des lieux de négociations (il n’y a pas de communs sans communauté), gérés par des individus qui communiquent, et parmi lesquels une partie au moins n’est pas guidée par un intérêt immédiat, mais par un sens collectif…

Le grand apport d’Elinor Ostrom est dans cette distinction entre les « communs considérés comme des ressources ‘ et les « communs considérés comme une forme spécifique de propriété ‘. Cette conception prend de plus en plus d’importance avec l’intégration des préoccupations écologiques dans l’économie. La notion de communs devient attachée à  une forme de « gouvernance ‘ particulière : il s’agit pour la communauté concernée de les créer, de les maintenir, les préserver, assurer leur renouvellement, non dans un musée de la nature, mais bien comme des ressources qui doivent rester disponibles, qu’il faut éviter d’épuiser. Il n’y a de communs qu’avec les communautés qui les gèrent, qu’elles soient locales, auto-organisées ou ayant des règles collectives fortes, y compris des lois et des décisions de justice. Les communs sont des lieux d’expression de la société et, à  ce titre, des lieux de résolution de conflits…

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Le développement de l’énergie hydroélectrique continue de faire polémique

Bien que renouvelable, l’hydroélectricité impacte les milieux aquatiques. Face à  la nécessité de produire plus d’EnR, le Ministère en charge de l’écologie propose une convention pour une hydroélectricité durable qui ne fait toutefois pas l’unanimité…

France Nature Environnement (FNE), un des acteurs du Grenelle de l’environnement, a indiqué qu’elle ne signerait pas cette convention, estimant que pratiquement tous les fleuves et toutes les rivières étaient déjà  fortement équipés et que la limite avait été atteinte.  »Signer, c’est s’engager à  accepter la destruction à  terme des derniers tronçons de rivières vivantes du pays, et notamment des petits cours d’eau, souvent de très bonne qualité… Signer c’est accepter l’installation de 500 à  1.000 microcentrales qui viendraient s’ajouter aux 1.500 ouvrages qui, déjà , barrent, détournent et modulent le débit des cours d’eau », précise la fédération qui estime que ce ne sont pas  »500 ou 1.000 microcentrales supplémentaires qui vont changer le bilan carbone du pays ni sauver le monde d’effets climatiques désastreux »…

La Convention prévoit notamment un effort sur la recherche relative à  la connaissance des espèces (anguilles notamment)…

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Pollution en Méditerranée : vers le retrait de substances chimiques dangereuses d’ici à  2019

21 pays riverains du bassin méditerranéen ont adopté le 16 juin le retrait  »progressif », d’ici à  2019, de plusieurs substances chimiques dangereuses utilisées en milieu agricole ou industriel afin de limiter tout impact sur l’environnement marin de la région. Ces mesures s’inscrivent dans le cadre de la Convention de Barcelone adoptée en 1976 par les 21 pays, et du Plan d’action méditerranéen du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE/PAM) visant protéger les milieux marins et côtiers de la région.

Les produits chimiques concernés comprennent ceux retrouvés dans les eaux usées, tels que les polluants organiques persistants (POP) utilisés comme pesticides, ainsi que le DDT…

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Débat public du parc éolien offshore des Deux Côtes : la Compagnie du Vent formule 12 propositions

Porté par la Compagnie du Vent, filiale de GDF Suez, le projet de parc éolien en mer des Deux Côtes, situé à  14 km au large du Tréport et du Hourdel, devrait compter 140 éoliennes de 5 mégawatts (MW) chacune et générer une puissance totale de 700 MW…

Le projet représenterait 5% du territoire de pêche des petits chalutiers du Tréport, selon la Compagnie du Vent. La filiale propose notamment de favoriser le renouvellement de la ressource de poissons par la mise en place de récifs artificiels (en plus des fondations des éoliennes). Elle propose également d’ étudier l’usage de bioénergie pour les bateaux de pêche  »afin de réduire leur facture énergétique et leurs émissions de CO2 ». Elle entend également apporter aux pêcheurs, dans le cadre de la taxe spécifique à  l’éolien,  »un revenu compensatoire pouvant aller jusqu’à  4,2 millions d’euros par an durant 30 ans, soit 125 millions d’euros au total ».

La Compagnie du Vent propose également d’établir des avant-projets d’accompagnement pour le tourisme et la plaisance.

Enfin deux autres propositions visent notamment à  compléter le programme d’études d’impact et de suivi de la faune…

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Voir aussi l’impact sur la pêche des projets d’éoliennes au large des côtes bretonnes

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« Plate forme BP en Louisiane : Barack Obama face à  l’irresponsabilité environnementale » : un article de fond à  lire !

(…) Il est temps de rendre leur vraie valeur aux écosystèmes et de promouvoir un régime de responsabilité des entreprises pétrolières qui internalise à  la source les coà’ts des risques environnementaux.

 » Si nous refusons de prendre en considération le coà’t complet de notre addiction au pétrole  » si nous n’évaluons pas la facture des coà’ts pour l’environnement, pour l’économie réelle, pour la sécurité nationale  » nous aurons raté notre meilleure chance de saisir un avenir fondé sur l’énergie propre  », déclarait Barack Obama…

 » Les conséquences de notre inaction sont patentes. Des pays comme la Chine investissent dans les métiers et les énergies propres. Nous, chaque jour, nous expédions près d’un milliard de dollars à  l’étranger pour acheter du pétrole. Et voilà  qu’aujourd’hui, dans le Golfe (du Mexique), c’est tout un mode de vie qui est menacé par une nappe de brut  »…

‘ Restent les coà’ts associés à  cette transition. Il y en a qui pensent que nous n’en avons pas les moyens en ce moment. Je dis que nous n’avons pas les moyens de ne pas changer la manière dont nous produisons et consommons de l’énergie  » parce que les coà’ts à  long terme pour notre économie, notre sécurité nationale, et notre environnement seront bien plus élevés  »…

Pour Robert Costanza, professeur d’économie de l’environnement à  l’Université du Vermont (…) et son équipe, rendus célèbres parce qu’ils ont été parmi les premiers à  évaluer les services environnementaux, la totalité des services rendus à  l’humanité par les écosystèmes de la planète rapporte quelque 33 000 milliards de dollars par an (estimation minimale). La valeur du capital naturel est supérieure au PIB mondial annuel, de l’ordre de 18 000 milliards de dollars par an (…), soit environ 5 500 dollars par personne et par an de services offerts par la nature. Cela n’est pas cher pour ces services vitaux « rendus ‘ par les écosystèmes, comme la régulation de la composition de l’atmosphère, du climat, de l’eau, la capacité de résilience, l’offre de ressources en eau, le contrôle de l’érosion, la formation des sols, le recyclage des nutriments, le traitement des déchets, la pollinisation, le contrôle biologique, l’habitat des espèces, la production de nourriture, de matériaux bruts, de ressources génétiques, de divertissement et de support de culture…

La marée noire a déjà  directement et indirectement affecté au moins 20 catégories des services écosystémiques de grande valeur dans le Golfe du Mexique. La pêche locale, d’une valeur marchande estimée à  2,5 milliards de dollars par an, est en faillite complète. Sans compter les pertes du secteur touristique, ou encore la régulation du climat par la séquestration du carbone dans les marais côtiers et les étendues aquatiques, la protection littorale apportée par les zones humides et les mangroves vis à  vis des ouragans, la valeur des paysages…

Selon une étude récente, la valeur totale des services écosystémiques dans le delta du Mississipi se chiffre entre 12 et 47 milliards de dollars par an. La prolongation de ces services dans l’avenir rapporterait entre 330 milliards et 1,3 trilliard de dollars, bien plus que la valeur marchande totale du groupe BP avant la marée noire (189 milliards de dollars)…

Si l’on considère que la marée noire de Louisiane va dégrader de 10 à  50% des écosystèmes du Delta, ceci revient à  une perte de valeur écosystémique comprise entre 1,2 et 23,5 milliards de dollars par an pour une durée indéterminée, jusqu’à  ce que les écosystèmes se rétablissent. Actualisées, ces sommes sont énormes : entre 34 et 670 milliards de dollars…

En regard de ces sommes, le fonds sous séquestre de 20 milliards de dollars provisionné a posteriori par BP — après en avoir été sommé par Barack Obama — pour la réparation des dommages, paraît dérisoire. On peut s’étonner que les entreprises à  haut risque comme les compagnies pétrolières ne soient pas contraintes de provisionner en amont et a priori des montants correspondant à  l’ampleur des dommages…

Pour Robert Costanza, il est temps de promouvoir un régime de responsabilité des entreprises pétrolières qui internalise à  la source les coà’ts des risques environnementaux. Il serait par exemple envisageable qu’une compagnie pétrolière soit obligée de se doter d’une garantie en responsabilité d’un minimum de 50 milliards de dollars pour ses activités d’extraction offshore (soit un quart de la valeur de BP), ce qui l’encouragerait à  investir dans des systèmes techniques de réduction du risque, ou à  faire basculer ses investissements dans des secteurs moins risqués, comme les énergies renouvelables. Ce mécanisme de garantie sous séquestre pourrait inciter à  la transition énergétique que Barack Obama a appelée de ses vœux.

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Le bilan carbone de la France plombé par ses importations

Les émissions de CO2 françaises liées aux importations font augmenter le bilan carbone de l’économie du pays, indique l’Insee dans un rapport du 17 juin…

Le volume de ces émissions françaises  »produites à  l’étranger » dépasse de 20% les émissions de l’appareil productif national !…

Selon l’Insee,  »les trois quarts de ces émissions sont induites par les dépenses de consommation des ménages, principalement sur les postes du logement, du transport et de l’alimentation… Si logement, alimentation et transport représentent 57% des dépenses des ménages, ces trois postent représentent 78% des émissions de CO2…

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NDLR : 80% de notre consommation en produits de la mer est importée. Redécouvrir les produits de nos pêcheries artisanales régionales serait une bonne idée environnementale. Il faudrait pour cela que ces produits soient identifiables sur nos lieux d’achat, ce qui n’est pas encore acquis…

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L’atlas européen des mers

Sur le site de l’Union Européenne, un atlas des mers est directement consultable.

La Méditerranée compte :
– 150 millions d’habitants sur ses côtes, avec des villes de plus d’un million d’habitants (Athènes, Rome, Alger, Barcelone, Marseille, Beyrouth, Tunis, Tel-Aviv, Jaffa…) et Le caire qui dépasse 15 millions d’hab.
– 250.000 pêcheurs, essentiellement artisans, pour un million de tonnes d’apports déclarés en 2007
– 275.000 t de produits d’aquaculture marine en 2007
– un début d’exploitation de pétrole offshore, en Adriatique, et au large de la Tunisie, de la Lybie et de l’Egypte,
– 30% du trafic maritime mondial, 25% du transport pétrolier et 450 ports et terminaux (Marseille est le 4ème port européen)
– un fort trafic pour le transport de passagers avec Le Pirée (11,5 millions de passagers par an vers les îles grecques), Reggio di Calabre (10,5 m. de passagers vers la Sicile), et Barcelone et Alicante (5 m. de passagers vers les Baléares)
– 30% du tourisme mondial (250 millions de touristes en 2005), et la deuxième destination mondiale pour les croisières (1 m. de passagers)
– 0,7% de la surface maritime mondiale mais 9% de la biodiversité marine
– 2,5 millions de km² en superficie, soit l’une des plus grandes mer bordant l’Europe,
– 1500 m de profondeur en moyenne avec des zones à  3000m, voire 5000m…
– 2 organisations de gestion des pêches : (ICCAT commission internationale pour la conservation du thon atlantique, et CGPM commission générale des pêches pour la Méditerranée)
– 2 conventions sur l’environnement marin : Convention de Barcelone (ou Convention pour la protection de l’environnement marin et des régions côtières de Méditerranée, avec le Plan d’Action Méditerranéen MAP) et l’accord sur la conservation des cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et des zones atlantiques contigà¼es.

Voir les poissons de Méditerranée et Mer Noire et leurs noms dans les différentes langues :

Voir un poster des poissons de Méditerranée

Voir un poster des espèces d’aquaculture

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Plancton végétal : les fermes selon Mollo

L’enseignant-chercheur Pierre Mollo embarque demain pour le Lac Victoria, en Afrique. Là -bas, comme en Bretagne, il ambitionne de favoriser l’implantation de fermes aquacoles durables dédiées à  la culture du plancton végétal. Il s’agit de mieux nourrir l’humanité…

On peut imaginer, à  proximité de la mer, de petites fermes de production de phytoplancton, de quelques kilos à  10-15kg par jour, des entreprises qui ressemblent à  la conchyliculture, de bio proximité. Après, il faut mettre en place une structure de transformation pour rendre le plancton accessible aux consommateurs. Ce n’est pas un acte compliqué. On le fait en Inde, en Afrique…

Des coopératives, un peu comme les paludiers de Guérande. Chacun fait son sel dans son oeillet. La production est vendue à  la Scop de Guérande, qui s’occupe ensuite de la commercialisation et de la communication avec «Terre de sel’. Et qui va même aussi voir si on ne peut pas cultiver le sel en Afrique, avec l’association Univers-Sel…

Ces productions peuvent être proches des professions ostréicoles et pêche. Dans la pêche ou dans l’ostréiculture, il y a des hauts et des bas et ça peut être une alternative. On peut imaginer un pêcheur en difficulté, deux ou trois mois à  terre. On pourrait l’accueillir dans nos fermes et l’accompagner. L’ostréiculteur, qui est au bord de l’eau, pourrait imaginer dans ses installations un espace qui viendrait en complémentarité de son activité…

Voilà , il y a le côté environnemental avec le plancton indicateur de la bonne santé des milieux. C’est ce que l’on fait depuis longtemps à  Beg-Meil et sur l’Odet, etc. Il y a le côté économique, car on peut produire un produit innovant pour l’alimentation humaine. Et puis social, car ça peut-être une soupape économique…

La structure est très simple, avec une serre, un séchoir. C’est très proche de l’horticulture traditionnelle… C’est peu polluant, ça ne demande pas une machinerie comme pour l’élevage, mais de l’eau de mer filtrée plus de la lumière la plus naturelle possible. On peut compléter par de la lumière artificielle. Avec des éoliennes, des hydroliennes, du photovoltaïque, on peut produire du plancton avec zéro bilan électricité. Ce qui n’était pas le cas il y a 20 ans..

Pour nourrir le phytoplancton, on va capter dans la mer des nutriments, des oligo-éléments… Il y a quarante ans avec les Japonais, on allait chez des agriculteurs chercher de la terre… Quand on avait la garantie d’une terre saine, on extrayait un jus du terreau. On le filtrait, on le faisait bouillir pour chasser les bactéries indésirables et on prenait cette eau pour enrichir nos cultures de phytoplancton! La terre a toutes les qualités… On fait le lien entre la terre et la mer.

Plancton

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