Réforme de la Politique Commune des Pêches: un choix de société

Un choix crucial pour les pêcheurs artisans mais aussi pour les citoyens puisqu’il s’agit de savoir quel mode de développement sera érigé en «système’. A partir de l’analyse des Prud’homies de pêche et de leur histoire récente, trois orientations se dessinent :

1°) En continuité avec une dynamique productiviste et expansionniste, l’Union Européenne peut être tentée de privilégier les unités les plus performantes à  l’échelle européenne (des entreprises de dimension internationale sur des segments concentrés ou qui intègrent des opérations de transformation, de distribution et de négoce) en leur conférant la possibilité d’acheter et capitaliser des droits de pêche (quotas ou temps de pêche individuels et transmissibles) et d’exercer sur des zones extra-européennes par la négociation d’accords de pêche La ressource marine est vue comme un ensemble de « stocks ‘ à  gérer par le biais de modèles bio-économiques et de seuils de capture globale par espèce à  ne pas dépasser. Les mesures comprennent : des plans de casse de bateaux les plus anciens, une gestion globale à  partir d’un « marché ‘ de quotas, des mesures techniques généralistes

2°) Une préoccupation environnementale croissante pour le futur est portée par des partis politiques et des ONG de dimension internationale qui disposent de moyens de communication pour influencer les prises de décision politiques. Ce courant cherche à  préserver l’enchaînement complexe et diversifié des milieux naturels par la protection des espèces menacées et des habitats riches en biodiversité. Il engage des actions autour d’espèces emblématiques (dauphins, espèces des grands fonds) ou de « pourcentages ‘ de zones marines à  protégées (voire sanctuariser). En fonction des opportunités, il suscite des coalitions avec certains secteurs (pêche de loisirs), ou segments de pêche. Sous cet angle, la gestion des ressources, comme celle des espaces marins (littoraux), pourrait être confiée à  des directions européennes et nationales de l’environnement.

3°) Ce sont des régions qui vont construire la compétitivité de leurs territoires économiques, sociaux, environnementaux en les spécialisant à  l’échelle européenne. La pêche est alors intégrée dans l’économie régionale, à  charge pour l’entité régionale d’organiser l’accès aux ressources et zones marines. En Méditerranée, la qualité du littoral et des fonds marins est une richesse fondatrice d’une spécialisation orientée vers des fonctions touristiques et résidentielles. La pêche comme les cultures marines prennent leur place au sein de ce patrimoine maritime et les professionnels participent à  sa gestion. Sur les côtes rocheuses ou lagunaires, la « mosaïque ‘ de plans de gestion prud’homaux, égrenée tout au long du rivage et complétée d’un archipel de petites aires marines protégées gérées en lien avec les prud’homies, constitue la base d’une gestion régionale de la ressource et des territoires littoraux.

Chacun des modes de développement porte en lui-même ses « effets pervers’:

– La dimension « internationale ‘ des entreprises dans le premier cas, et notamment leur financement international, pourrait conduire à  une fuite des ressources et richesses européennes vers des pays extra-européens.

– La priorité accordée à  un groupe d’acteurs comme celui de courants environnementalistes, sans considération des cohérences économiques, sociales et environnementales de terrain, pourra aboutir à  des résultats contre-productifs. Ainsi, le bilan environnemental de l’impact de l’interdiction de la thonaille méditerranéenne au titre des filets dérivants pourrait bien être négatif du fait du report des captures sur les espèces littorales.

– Des spécialisations régionales très abouties pourraient à  terme se passer d’une cohérence européenne mais ce risque est encore loin devant nous !

Des dynamiques exclusives et porteuses de choix de société

– Ouvrir le secteur de la pêche à  un développement capitalistique qui n’a pas de limites territoriales reviendra, dans un contexte de raréfaction de la ressource et de demande croissante, à  marginaliser grandement le segment artisanal. Par ailleurs, l’appréhension du domaine maritime, sous l’angle du plancton et des interactions entre les espèces, montre qu’une segmentation spatiale entre « grands ‘ et « petits ‘ métiers n’a pas de réel fondement écologique tant les espèces du large sont dépendantes de la gestion côtière, et les espèces benthiques dépendantes des espèces fourrages constituées par les petits pélagiques.

– Le courant environnementaliste, en s’attaquant à  des cibles successives, sape les conditions même de la rentabilité des pêches artisanales polyvalentes fondées sur la diversité des espèces et des produits commercialisés. Ce mode de développement subordonnera le segment artisanal qui devra essayer de « négocier ‘ pas à  pas les conditions de sa survie.

– Le développement de régions maritimes spécialisées dans l’Europe devrait pouvoir intégrer une bonne part des pêches artisanales associées à  leurs formes de gestion collective (comme celle des prud’homies).

Parce qu’il se fonde sur le tissu social, sur les organisations professionnelles, sur les associations citoyennes qui composent son territoire, en les mobilisant autour d’un objectif commun en lien avec les spécificités environnementales, ce mode de développement régional est celui qui est le plus proche des hommes, de leur ancrage économique, social, environnemental et politique.

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Aperçu planctonique d’une goutte d’eau prolifique

« A première vue, ça grouille. Il y a des formes noires fixes, d’autres bizarres qui traversent l’écran, parfois avec des cils, cela ressemble vaguement à  des coléoptères qui auraient des cils à  la place des pattes. D’autres semblent géométriques, plus petites parfois ; leur transparence laisse deviner des éclats, des reflets métalliques proches des œuvres de joailliers. Ils se détendent comme des ressorts, découvrent des spirales qui, selon la prise de vue, se transforment en cercles concentriques. D’autres formes plus inégales rappellent vaguement les « paramécies » des lointaines leçons lycéennes.

De l’infiniment petit surgit la vie déjà  diversifiée,
en voie de multiplication ou de simplification,
un tapis roulant où se découvrent
les innombrables imbrications
de la chaîne alimentaire…

Diatomée

Photo Pierre Mollo


– L’une des très nombreuses espèces de diatomée dont la présence est souvent associée à  une bonne qualité du milieu. Rien de
tel pour la biodiversité !

Copépode

Photo Pierre Mollo


– Plus du 80% du plancton animal (zooplancton) est constitué des crustacés copépodes

– Larves d’oursins : beaucoup serviront à  nourrir les poissons d’autant plus qu’elles n’ont pas encore d’épines !

Diatomée

Photo Pierre Mollo

– Une diatomée qui ne manque pas d’air puisqu’à  l’origine de l’oxygène

– A peine 10 mois de vie planctonique avant que cette larve de langouste ne se transforme en bébé langouste

larve de langouste

Photo Pierre Mollo

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L’encre de mer n°24-25

Au sommaire de ce numéro :

Les côtes nord de l’Espagne : un peuple de pêcheurs

Aperçu planctonique d’une goutte d’eau prolifique

Réforme de la Politique Commune des Pêches : un choix de société

Méditerranée : intégrer pêches et cultures marines à  la spécialisation touristique et résidentielle

Bretagne : entre production alimentaire et environnement

Pêche artisanale et développement régional
Gérer la mer au cas par cas

Carnet de voyage

Collectif Pêche et Développement et la pêche artisanale sénégalaise

37ème festival mondial de l’image sous-marine à  Marseille

Recettes de sabre

Supplément :

Les poissons font-ils l’amour ?

Ce que la Prud’homie de pêcheurs nous apprend

Quelle leçon tirer de 50 ans de productivisme ?

A propos des règlements prud’homaux de St Raphaêl

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La Prud’homie de Martigues réglemente les sennes

En Janvier 2010, 3 senneurs auraient pris en une nuit de 20 à  30 t de loups en train de frayer, à  proximité de la réserve du Cap Couronne. Cette réserve située dans le périmètre du Parc Marin de la Côte Bleue a été créée à  la demande de la Prud’homie de Martigues. L’information a circulé sur les quais provençaux et alerté le Conseil des Prud’hommes de Martigues sur la redoutable efficacité de cette technique de plus en plus « technologique ». Par mesure de précaution pour préserver la ressource dans le ressort de la Prud’homie et prévenir les conflits inter-métiers, les Prud’hommes ont décidé d’interdire la pratique de ce métier dans la bordure littorale.

Voir règlement prud’homal

Voir courrier de la Prud’homie

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Crète (photos)

Photos d’Alain Ponchon et Philippe Joachim

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Canada (photos)

Photos d’Alain Ponchon et Philippe Joachim

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Le plancton sur Thalassa avec la participation de Pierre Mollo

Sur Thalassa le Vendredi 23 avril 2010 à  20h35, un reportage sur le plancton avec l’Observatoire du plancton, Océanopolis et Pierre Mollo.

Pierre Mollo a récemment donné 3 conférences en Méditerranée sur le plancton, au Salon Nautique de La Ciotat et à  l’IPFM (Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer de La Seyne sur mer).

Deux reportages de L’encre de mer ont été réalisés avec P. Mollo :

La mer, ce n’est pas que de la surface, elle respire… ou l’enjeu planctonique

Quand l’infiniment petit rime avec nos choix de développement

Pour en savoir plus sur le plancton :

Site internet plancton du monde

– et le livre de Maêlle Thomas-Bourgneuf et Pierre Mollo aux Editions Léopold Meyer 2009

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MEDPAN installe son secrétariat à  Hyères

Les enjeux de MEDPAN :

– Création de nouvelles AMP
Pour les habitats non représentés (haute mer, mers profondes)
Les pays du sud et de l’est devraient être mieux représentés
Dans les pays européens, renforcer le réseau Natura 2000 en mer
– Généraliser le développement de plans de gestion
– Apporter un soutien aux AMP (gouvernance, moyens financiers,
formation, appui technique et matériel)
– Renforcer le suivi de l’évolution du réseau au niveau régional
– Encourager la reconnaissance internationale des AMPs (ASPIM).
– Lancer des initiatives régionales afin de contrôler les pressions qui
s’exercent sur les AMP (espèces introduites)

Le plan d’action du réseau

1°) L’analyse du réseau des AMP :
 » Répertoire des AMP de Méditerranée
 » Rapport sur la situation des AMP de Méditerranée au regard des objectifs 2012

2°) L’appui à  la gestion des AMP :
 » Projets sur la gestion et le suivi des AMP
 » Appui aux missions d’expertise terrain

3°) Projets transnationaux

4°) L’échange d’information
 » Veille informative
 » Réunions d’échanges d’expérience

5°) La formation des gestionnaires d’AMP :
 » Service d’appui à  l’amélioration des capacités des gestionnaires
 » Outils méthodologiques pour améliorer la gestion des AMP

6°) La coordination régionale et internationale:
 » Représentation du réseau dans les différentes instances et conférences régionales et internationales

7°) La communication et l’éducation:
 » Communication sur les AMP et le réseau auprès des gestionnaires, socioprofessionnels, grand public et autorités des pays méditerranéens
 » Centre de ressources sur les AMP en Méditerranée
8°) La gouvernance du réseau :
 » Animation des organes de gouvernance de l’association
 » Développement des partenariats stratégiques

Les membres fondateurs

ï‚· Croatie : Kornati National Park
ï‚· Egypte : Egyptian Environmental Affairs Agency
ï‚· France : Fondation WWF France
ï‚· France : Parc National de Port Cros
ï‚· France : ADENA : Réserve Naturelle Nationale du Bagnas
ï‚· Grèce : Parc National de Zakynthos
ï‚· Italie : WWF Italy ONLUS – Réserve de MIRAMARE
ï‚· Slovénie : Institut de la République de Slovenia pour la tutelle de la nature
ï‚· Turquie : WWF Turquie

Les autres membres et partenaires

ï‚· Slovénie : Institut de la République de Slovenia pour la tutelle de la nature
ï‚· Croatie : Mljet National Park
ï‚· Croatie : Public Institution for Management of protected areas in ibenik-Knin County
ï‚· Croatie : Public Institute Landscape Park Strunjan
ï‚· Croatie : Association for Nature, Environment and Sustainable Development SUNCE
ï‚· Croatie : Public Institution for Management of protected areas in ZADAR
ï‚· Croatie : Blue World Institute of Marine Research and Conservation
ï‚· Espagne : DEPANA – Lliga per a la Defesa del Patrimoni Natural
ï‚· Espagne : Junta de Andalucia
ï‚· France : Office de l’Environnement de Corse
ï‚· France : Conseil Général Pyrénées Orientales – Réserve de Cerbères Banyuls
ï‚· Grèce : Management Body of the National Marine Park of Alonnisos Northern Sporades
ï‚· Italie : WWF Mediterranean Programme Office  » WWF MedPO
ï‚· Italie : Parco Nazionale de cinque Terre
ï‚· Tunisie : Centre d’Activités Régionales pour les Aires Spécialement Protégées (CAR/ASP ou RAC/SPA)

Contact du Secrétariat Permanent MedPAN

– Marie Romani, Secrétaire Exécutif
marie.romani@medpan.org

– Magali Mabari
Responsable Communication
magali.mabari@medpan.org

– MedPAN
2, avenue Alexis Godillot
83400 Hyères
Tél : + 33 4 94 27 57 72 / Fax : +33 4 94 57 38 89
medpan@medpan.org
www.medpan.org

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Immensité et richesse de la biosphère microbienne océane insoupçonnée

La génétique a révélé un univers microbien océanique d’une immensité et d’une diversité insoupçonnées qui va permettre de mieux comprendre le rôle clé joué par ces micro-organismes dans l’écosystème terrestre…

« Le nombre total d’espèces microbiennes marines, y compris les bactéries et les archaeas (microorganismes unicellulaire sans noyau, ndlr) est probablement proche du milliard selon leurs caractéristiques moléculaires »… Le monde microbien constitue de 50 à  90% de la biomasse océane…

L’identification des espèces microbiennes, des zooplancton et larves peuplant les océans et l’estimation de leur nombre ainsi que leur rôle respectif, sont essentielles pour comprendre l’étendue et la stabilité de la chaîne alimentaire de la Terre, le cycle carbonique et d’autres fonctions planétaires fondamentales…

Comptant pour plus de 95% de la « respiration des océans », ces nombreuses différentes familles de microbes permettent de maintenir les conditions nécessaires pour que la Terre soit habitable…

Les microbes marins sont les plus petits rouages indispensables au fonctionnement de l’écosystème planétaire… Ces microbes sont de véritables usines de recyclage du CO2 absorbé par les océans qu’ils transforment en carbone retombant dans les fonds marins. Ils digèrent aussi l’azote, le soufre, le fer, le manganèse et bien d’autres composants faisant que cette faune microbienne marine régule la composition de l’atmosphère terrestre, influence le climat, recycle les nutriments et décompose les polluants.

Les chercheurs soulignent aussi la récente découverte d’un vaste tapis formé de microbes reposant sur les fonds marins au large de la côte Pacifique de l’Amérique du Sud, dont la superficie est équivalente à  celle de la Grèce. Cette vaste structure formée de microbes compte parmi l’une des plus grandes masses vivantes de la planète.

Outre les microbes et bactéries des océans, il y a ceux vivant en symbiose dans les centaines de milliers d’animaux marins tous dotés d’une flore microbienne dans leurs intestins.

Cela pourrait représenter des centaines de millions d’espèces microbiennes de plus et représente « un énorme champ de recherche pour la prochaine décennie » tout comme le monde des virus marins…

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Les piroguiers des enfers

Ils sont charpentiers, pêcheurs. Ils construisent des embarcations ou servent de passeurs à  leurs compatriotes sénégalais volontaires pour une migration clandestine vers l’Occident. Un business de rêve, et de mort.

Massamba Diop revient de loin. Ce pêcheur sénégalais de 38 ans a survécu à  l’un des périlleux voyages en pirogue qui mènent les candidats à  l’émigration clandestine aux îles Canaries. Un trajet de 1700 kilomètres vers l’archipel espagnol, qui est l’une des portes d’entrée des Africains en Europe. Quand ils arrivent, les migrants sont recueillis par la Croix-Rouge puis transférés en Espagne. Là , ils se taisent pour éviter l’expulsion. D’autres poussent jusqu’en Italie ou en Suisse, et plus rarement jusqu’en France : l’ancienne métropole coloniale est comparée par les Sénégalais à  un «fond de marmite brà’lé’. A Paris ou Marseille, il n’y a plus rien à  gratter.

Au Sénégal non plus. Les chalutiers étrangers, qui sillonnent les côtes depuis des décennies, ont épuisé la mer.

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